De Gaulle taille : 1,96 cm, un géant politique
Charles de Gaulle mesurait 1,93 m, une stature qui, en 1958, faisait déjà de lui une figure physiquement imposante dans n'importe quelle salle. Né le 22 novembre 1890 à Lille, mort le 9 novembre 1970 à Colombey-les-Deux-Églises à 79 ans d'une rupture d'anévrisme, il a traversé le XXe siècle comme peu d'hommes d'État l'ont fait : général, résistant, fondateur de la Ve République, président. Sa morphologie hors norme a souvent alimenté les métaphores journalistiques, mais elle s'inscrit aussi dans une réflexion plus originale sur la succession des présidents français. Cet article examine sa taille dans ce contexte, retrace son parcours militaire et politique, et mesure l'étendue d'un héritage qui dépasse largement le centimètre.
La taille de De Gaulle dans la succession des présidents de la Ve République : une alternance morphologique intéressante
Percy Kemp, écrivain ayant contribué à Rue89 et Libération, a formulé une théorie aussi humoristique que documentée dans une lettre satirique adressée à José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, pendant la période électorale française de 2012. La lettre, signée au nom de la Direction générale de l'imagination politique, pose une règle simple : un différentiel minimum de 7 centimètres sépare toujours un président sortant de son successeur sous la Ve République.
Les chiffres sont frappants. Voici les tailles des présidents dans l'ordre chronologique :
| Président | Taille | Différentiel avec le précédent |
|---|---|---|
| Charles de Gaulle | 1,93 m | - |
| Georges Pompidou | 1,82 m | -11 cm |
| Valéry Giscard d'Estaing | 1,89 m | +7 cm |
| François Mitterrand | 1,72 m | -17 cm |
| Jacques Chirac | 1,90 m | +18 cm |
| Nicolas Sarkozy | 1,68 m | -22 cm |
François Hollande, avec ses 1,74 m, ne présente que 6 cm d'écart avec Sarkozy, manquant d'un centimètre l'éligibilité morphologique fictive. Un détail qui a fait sourire, mais qui illustre l'ingéniosité satirique du propos.
Kemp établit un parallèle avec la Russie, où l'alternance capillaire régnerait en maître : Nicolas II chevelu, Lénine chauve, Staline chevelu, Khrouchtchev chauve, Brejnev chevelu, Andropov chauve, Tchernenko chevelu, Gorbatchev chauve, Eltsine chevelu, Poutine chauve, Medvedev chevelu, puis Poutine à nouveau chauve. La règle ne souffre aucune exception. Tout cela pour revenir au point de départ : la stature physique de De Gaulle reste le mètre-étalon d'une réflexion originale sur la morphologie du pouvoir républicain.
Un géant sur les champs de bataille : le parcours militaire de De Gaulle
De Saint-Cyr aux tranchées
Classé 119e sur 221 à son entrée à Saint-Cyr en 1909, Charles de Gaulle en ressort en 1912 à la 13e place. Une progression qui annonce l'homme. Il reçoit ses premières promotions : lieutenant le 1er octobre 1913, capitaine en février 1915.
La Grande Guerre le marque durablement. Trois blessures successives : une fracture du péroné par balles à Dinant le 15 août 1914, une blessure à la main gauche au Mesnil-lès-Hurlus le 10 mars 1915, puis un coup de baïonnette à la cuisse gauche au village de Douaumont près de Verdun le 2 mars 1916. Ce jour-là, il est aussi capturé. Suivent 32 mois de captivité en Allemagne, cinq tentatives d'évasion infructueuses, une dizaine de camps. Il est libéré après l'armistice du 11 novembre 1918, avec la croix de chevalier de la Légion d'honneur le 23 juillet 1919.
La montée en grade et les premières convictions
Chef de bataillon le 25 septembre 1927, lieutenant-colonel le 25 décembre 1933, colonel le 25 décembre 1937 : chaque promotion s'accompagne d'une pensée militaire qui se forge. Entre 1933 et 1937, il publie une cinquantaine d'articles dans L'Écho de Paris. Son livre Vers l'armée de métier paraît en 1934, quand La France et son armée suit en 1938.
En mai 1940, il prend le commandement effectif de la 4e DCR le 11 mai. Première attaque avec 80 chars le 17 mai : à Montcornet, 15 soldats sont tués, 10 blessés, 25 chars perdus contre 85 engagés. Deuxième offensive avec 150 chars, puis les attaques du 28 mai permettent la capture de 400 soldats allemands. Nommé général de brigade à titre temporaire le 26 mai 1940, il devient sous-secrétaire d'État à la Défense nationale le 6 juin, rencontre Churchill le 9 juin, et s'embarque pour Londres le 17 juin à bord d'un de Havilland Flamingo avec son aide de camp Geoffroy Chodron de Courcel.

De l'Appel du 18 Juin à la présidence : l'ascension politique d'un homme de vaste envergure
La résistance depuis Londres
Le 18 juin 1940, vers 18 h, il enregistre son appel dans les studios de la BBC. La diffusion a lieu en fin de soirée, la rediffusion à quatre reprises le lendemain. The Times publie le texte le 19 juin page 6, colonne 3. Churchill le reconnaît comme chef des Français libres le 27 juin 1940. L'amiral Muselier propose la croix de Lorraine comme emblème en juillet 1940. En janvier 2023, Le Monde en partenariat avec l'IRCAM a reconstitué une version sonore de ce discours grâce à l'intelligence artificielle et à l'acteur François Morel.
Le 2 août 1940, un tribunal militaire siégeant à Clermont-Ferrand le condamne à mort par contumace. Sa nationalité française lui est retirée, déchéance confirmée le 8 décembre 1940. Pendant ce temps, il fonde l'ordre de la Libération à Brazzaville en octobre 1940, stimule la résistance intérieure avec Jean Moulin, Pierre Brossolette et le colonel Passy, et tient tête à Roosevelt qui le considérait, selon ses propres mots, comme un futur tyran potentiel.
De la libération à l'Élysée
Le 14 juin 1944, il débarque à Courseulles-sur-Mer, rencontre le général Montgomery à Creully, prononce le discours de Bayeux. Paris est libéré le 25 août par la 2e division blindée du général Leclerc, qui reçoit la reddition de Von Choltitz. Le 26 août, le défilé triomphal sur les Champs-Élysées entre dans l'histoire.
Président du Gouvernement provisoire du 3 juin 1944 au 26 janvier 1946, il obtient le droit de vote des femmes, lance les nationalisations (Renault, Banque de France, Houillères du Nord) et pose les bases de la sécurité sociale. Son retour en 1958, avec l'investiture par 329 voix sur 553, débouche sur l'adoption de la Constitution le 28 septembre 1958 avec 79,2 % de oui. Il est élu président le 21 décembre 1958 avec 78,51 % des voix, prend ses fonctions le 8 janvier 1959, puis est réélu le 19 décembre 1965 avec 55,20 % face à Mitterrand (31,72 % au premier tour) et Lecanuet (15,57 %).

L'héritage colossal d'un président hors norme
Une politique étrangère de souveraineté absolue
Le 7 mars 1966, de Gaulle notifie au président Lyndon Johnson le retrait de la France du commandement intégré de l'OTAN. Décision radicale, saluée ou vilipendée selon les camps, mais parfaitement cohérente avec sa vision d'indépendance nationale. Le 27 janvier 1964, la France reconnaît la République populaire de Chine, bien avant les États-Unis. Le 1er septembre 1966 à Phnom Penh, il fustige l'attitude américaine au Viêt Nam devant un public médusé. Le 24 juillet 1967 à Montréal, son "Vive le Québec libre" devant 15 000 Québécois provoque une crise diplomatique immédiate avec Ottawa.
| Décision de politique étrangère | Date |
|---|---|
| Retrait du commandement de l'OTAN | 7 mars 1966 |
| Reconnaissance de la Chine populaire | 27 janvier 1964 |
| Discours de Phnom Penh | 1er septembre 1966 |
| "Vive le Québec libre" à Montréal | 24 juillet 1967 |
Crises intérieures et fin de règne
L'attentat du Réduit-Clamart, le 22 août 1962, mobilise environ 150 balles. Jean Bastien-Thiry, 35 ans, est condamné à mort le 4 mars 1963 et fusillé au fort d'Ivry. Mai 1968 : grève générale, nuit des barricades du 10 au 11 mai, accord de Grenelle signé le 27 mai entre le gouvernement Pompidou, les syndicats et le patronat. Le discours du 30 mai 1968 annonce la dissolution de l'Assemblée nationale, et les élections de juin donnent 354 sièges sur 487 à la droite gaulliste.
Le référendum du 27 avril 1969 sur la régionalisation et la réforme du Sénat est rejeté à 52,41 % de non. Sa démission est annoncée le 28 avril à midi. Il meurt le 9 novembre 1970, ses obsèques réunissent 50 000 personnes à Colombey-les-Deux-Églises et 70 000 à Notre-Dame de Paris. 300 millions de téléspectateurs suivent les cérémonies en mondovision.
- Sa retraite fut refusée, aussi bien comme général que comme ancien président de la République.
- Sa veuve a obtenu la réversion de sa retraite de général de brigade à titre temporaire grâce à un décret du président Pompidou.
- La loi du 23 décembre 1970, présentée par Jacques Chirac, secrétaire d'État à l'Économie et aux Finances, a exonéré de droits de mutation la succession de Charles de Gaulle pour services remarquables rendus à la Nation.
Ce que la stature de De Gaulle révèle sur le leadership politique contemporain
La question de la taille en politique n'est pas anecdotique. Des recherches en psychologie sociale montrent que les électeurs associent la hauteur physique à des traits de leadership comme la domination ou la crédibilité. De Gaulle, avec ses 1,93 m, incarnait physiquement ce que ses discours traduisaient verbalement : une grandeur assumée, presque théâtrale.
Mais baisser De Gaulle à sa morphologie serait absurde. Ce qui mérite réflexion aujourd'hui, c'est l'architecture de son pouvoir : comment un homme condamné à mort par contumace le 2 août 1940 est devenu, vingt ans plus tard, le fondateur d'une République toujours en vigueur ? La réponse tient moins à la taille qu'à une vision cohérente de la souveraineté nationale, défendue face à Churchill, Roosevelt et l'OTAN avec la même intransigeance.
Pour comprendre les grandes distances que de Gaulle a parcourues, au sens propre comme au figuré, on peut consulter des données sur le kilométrage d'un tour du monde et les itinéraires de grande ampleur : de Gaulle fut en 2020 le seul président à avoir visité tous les départements français, hormis-mer compris, un record géographique à part entière.
| Publications majeures de De Gaulle | Année |
|---|---|
| La Discorde chez l'ennemi | 1924 |
| Le Fil de l'épée | 1932 |
| Vers l'armée de métier | 1934 |
| La France et son armée | 1938 |
Franchement, ce qui distingue De Gaulle de presque tous ses successeurs, c'est sa capacité à incarner l'État lui-même, pas seulement à le diriger. Cette distinction mérite d'être méditée par quiconque s'interroge sur ce que signifie exercer le pouvoir dans une démocratie.
- Création du Centre national d'études spatiales le 19 décembre 1961, fondation d'une ambition technologique française durable.
- Premiers essais nucléaires en 1960 avec l'explosion de Gerboise bleue, affirmation d'une souveraineté militaire face aux grandes puissances.
- Ouverture des Xe jeux olympiques d'hiver à Grenoble le 6 février 1968, seule fois dans l'histoire où un président français a lancé une cérémonie olympique.
L'auteur
Rédaction de Le JSD.
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