En ville

Les data centers dans le collimateur de Plaine commune (actualisé)

Le territoire communautaire compte 14 de ces centres de traitements et de stockage de données informatiques. Soucieuse de sa politique sur l’énergie et le climat, l’agglo veut entamer une concertation avec les opérateurs. La réaction du vice-président de Plaine commune, Pierre Quay Thevenon
Les data centers sont toujours installés dans d'imposants bâtiments de facture industrielle
Les data centers sont toujours installés dans d'imposants bâtiments de facture industrielle


Avec leurs façades aveugles, ils ont l’air de gros hangars. Mais n’y entre pas qui veut. Situés en retrait de la rue, dont ils sont séparés par une clôture, ils font l’objet d’une haute surveillance. Ces data centers, centres de traitement et de stockage des données informatiques, sont au nombre de 6 à Saint-Denis. Et de 14 à Plaine commune, ce qui en ferait la première concentration en France où l’on en compte environ 150. Un chiffre en constante augmentation, pour des clients tels les grandes banques et grosses entreprises, les fournisseurs d’accès et hébergeurs Internet, etc., dont ils abritent les serveurs. Plus nombreux et plus grands pour s’adapter à la multiplication des données numériques, les data centers se déploient à présent sur plus de 10 000m2. Et consomment chacun pour fonctionner une énergie électrique d’environ 30 mégawatts, l’équivalent de la consommation d’une ville de 25 000 à 50 000 habitants.


Pour les responsables de Plaine commune, cette voracité n’est pas compatible avec la politique poursuivie sur ce territoire pour l’énergie et le climat. D’où leur volonté d’une concertation avec les opérateurs. Pour en esquisser les pistes, une rencontre était organisée par l’ALEC, Agence locale pour l’énergie et le climat, le 15 novembre au Millénaire d’Aubervilliers. Comme le détaillait Pierre Cochet, chef du département réseau d’ERDF Île-de-France, les data centers sont d’autant plus une charge pour le réseau de distribution qu’ils y mobilisent une puissance deux fois supérieure à ce qu’ils consomment. Pour parer à toute baisse ou rupture d’alimentation, leur ligne principale est en effet doublée d’une ligne de secours. Laquelle, en dernier recours, viendrait suppléer aux défaillances de groupes électrogènes.


L’énergie consommée par un data center étant à 40% utilisée par la climatisation, pourquoi ne pas récupérer la chaleur produite par ces climatiseurs ? David Leicher, de l’ALEC, en citait pour exemple le chauffage de 1 000 appartements à Helsinki, ou l’expérience de Dalkia à Marne-la-Vallée pour alimenter un réseau de chauffage urbain. « La mission première d’un data center n’est pas de chauffer madame Michu mais d’assurer une continuité de service aux entreprises », répondra Fabrice Coquio, le Pdg en France de l’opérateur américain Interxion. Il invoquait les difficultés techniques dues aux écarts de températures avec un réseau de chauffage à « 60 ou 80°C ». Et préférait mettre en avant l’alternative à la climatisation que sont les « sources froides », air extérieur ou eau des nappes phréatiques.


L’attrait de Plaine commune pour les data centers « tient à deux raisons, expliquait encore M. Coquio. C’est entre Saint-Ouen et Pantin le seul territoire d’Île-de-France qui ne soit pas en zone inondable. Et le Nord de Paris est au cœur du réseau des autoroutes de l’information vers le Bénélux, l’Allemagne et la Grande-Bretagne ». D’après Bernard Dubrou, de Plaine commune, la superficie totale des data center sur ce territoire va passer de 110 000à 176 000 m2, avec les trois agréments récemment délivrés par la préfecture sur Aubervilliers, Villetaneuse et La Courneuve. Comment réglementer ces implantations peu créatrices d’emplois pour que la collectivité en retire le moins d’inconvénients possible ? Telle est la question dont on s’inquiète à Plaine commune.

Marylène Lenfant



Une réaction de Pierre Quay Thevenon, vice-président de Plaine commune

Ces quelques lignes pour réagir à chaud à l’article consacré aux data centers et signé par Marylène Lenfant dans votre édition papier du 20 novembre. Il s’agit d’abord de relever une inexactitude. Loin d’être dans le collimateur de Plaine Commune les data sont au contraire depuis quelques années l’objet de l’attention de la Communauté d’agglomération. Les premiers centres se sont installés sur un territoire certes à l’abri des inondations mais aussi et surtout bien fourni en énergie électrique et en réseau de fibres.


Clins d’œil à l’histoire de la Plaine Saint-Denis qui a vu au fil des siècles les autoroutes de l’informatique suivre les axes de circulation tracés en son cœur depuis les foires du moyen-âge reliant la Capitale à l’Europe du Nord et l’énergie électrique avoir avec le groupe EDF son centre névralgique national et européen à Pleyel. La densité des data centers sur le territoire fait de ces derniers les maillons essentiels d’une nouvelle filière industrielle qui trouve aussi sa place dans les transitions énergétiques et informatiques à venir. L’accompagnement de la Communauté d’agglomération a consisté à mieux les insérer dans l’urbanisme en mouvement de la Plaine Saint-Denis, le centre installé rue des Arts et Métiers en est un exemple et à encourager leurs initiatives en matière de recyclage de la chaleur qu’ils produisent.


D’expériences, sachant qu’il s’agit aussi un secteur livré à la concurrence internationale, Plaine Commune sait qu’elle doit veiller au respect des clauses économiques, sociales et environnementales qu’elle développe sur son territoire. En ce sens la démarche des chartes « entreprises territoire » que la Communauté d’agglomération propose aux entreprises est préférable aux postures qui mettraient des activités industrielles « dans le collimateur » Plus constructive est la démarche qui vise toujours dans cet accompagnement à réformer la fiscalité de ces data alors que le législateur les considère comme de simples entrepôts. Je pense que nous obtiendrons cette réforme fiscale plus rapidement que celle qui mettait à l’abri de la fiscalité les industries des télécommunications jusqu’aux années 90 !


Enfin la conclusion de l’article est tout aussi expéditive ! Les data sont énergivores et ne donnent pas d’emploi aux habitants du territoire ! Consommateurs d’électricité oui, ils le sont mais leurs besoins suit l’explosion des flux et des stockages informatiques que d’aucun trouve normal dans le développement de notre société. Comment penser des quartiers numériques à l’échelle de la métropole sans data centers, comment penser une intervention citoyenne de contrôle des flux « open data » sans une filière maitrisée sur le territoire? L’équivalence faite entre consommation d’un data et besoin d’une ville ne démontre rien. Cette comparaison serait pertinente si elle n’était pas isolée. La RATP aussi consomme beaucoup d’électricité pour son réseau.


Que prouverions nous en disant qu’il s’agit de l’équivalent des besoins d’une ville de 350 000 habitants ? La RATP consomme de plus en plus mais elle économise aussi de plus en plus sur sa consommation. Ainsi elle va changer complétement l’éclairage de ses stations avec une consommation divisée par 5 ! Pour les data la consommation augmente mais elle anticipe l’explosion des demandes tout en maitrisant cet essor depuis les premières installations. Concernant l’emploi, le JSD a déjà souligné dans ses colonnes le développement important à Saint-Denis des emplois créés pour le e-commerce et l’infogérance qui ne seraient rien sans les data. Si les grands groupes dionysiens comme Siemens à Pleyel possèdent leur propre data de plus en plus d’institutions, de PME, de TPE du territoire y ont recours.


Il faudrait aussi citer cette entreprise albertivillarienne qui développe en quelque sorte le data qui répond aux besoins de stockage de tout un chacun. L’emploi n’est pas dans les data mais les data soutiennent ceux nombreux d’une filière en fort développement. Ce développement économique, comme d’autres, à l’heure des transitions écologiques et énergétiques requiert l’attention critique que je me suis efforcé de lui apporter ces six dernières années.

Pierre Quay-Thevenon, vice président de Plaine Commune chargé du développement économique.


Nous prenons en considération l’argumentaire du vice-président de Plaine commune chargé du développement économique. Mais nous maintenons que la teneur de l’article n’est que le reflet d’une réunion organisée par l’ALEC…association présidée par un autre vice-président, Michel Bourgain, en charge de l’écologie et l’environnement, qui pilotait ladite réunion.

Le JSD