Grève des cantines : parents excédés par la situation
À Marseille, 278 cantines scolaires sont fermées depuis une semaine. Les "tatas", ces agents de restauration que les enfants connaissent par leur prénom, ont cessé le travail pour réclamer des conditions d'emploi décentes. Résultat : des milliers de familles se retrouvent à gérer l'urgence au quotidien, sans avoir été prévenues en temps utile.
Les revendications sont claires. Les agents demandent l'attribution d'un temps complet pour les personnels à mi-temps et le déblocage des jours de récupération gelés depuis février. Force Ouvrière a quitté le mouvement, mais la CGT, l'Unsa et la FSU maintiennent la pression et souhaitent continuer jusqu'à la fin de l'année scolaire, soit encore deux semaines. La CGT des territoriaux a même annoncé le 21 décembre une reconductibilité du mouvement avec un préavis couvrant jusqu'aux vacances de février. Le bras de fer est loin d'être terminé.
Des parents pris en otage par la grève des cantines
Le mot revient dans presque toutes les bouches : "otages". Les parents d'élèves marseillais ne contestent pas le droit de grève, mais beaucoup dénoncent l'absence de préavis suffisant et l'impossibilité de s'organiser. Certains ont pris des congés en catastrophe, d'autres ont sollicité grands-parents et amis pour assurer la garde. Quelques familles ont tout simplement décidé d'avancer les vacances de leurs enfants.
Claude Ferchat, président de la PEEP13, la Fédération des parents d'élèves de l'école publique des Bouches-du-Rhône, a adressé une lettre directement à Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale. Il y réclame une médiation urgente entre la Ville de Marseille et les syndicats, avec une sortie de crise avant la rentrée du 7 janvier. Les parents portent trois exigences précises :
- La révision de la notion de "service facultatif de la cantine"
- L'instauration d'un service minimum garanti
- Des mesures de contrôle renforcées contre l'absentéisme de confort
Pour la PEEP13, ces grèves à répétition fragilisent l'école publique dans son ensemble et menacent directement le principe d'égalité des chances. C'est un argument fort, difficile à ignorer.
À Trets, la situation a dégénéré différemment. La municipalité a refusé de servir le menu du jour aux élèves non inscrits à la cantine, proposant à la place deux tartines, du fromage et une pomme. Des parents ont manifesté devant la mairie. Le maire a fini par promettre que cela ne se reproduirait pas. À Gardanne, après un mois et demi de grève du personnel périscolaire, les parents ont publié une lettre ouverte pour exiger l'intervention du maire et de la CGT afin de débloquer le conflit.
Vacances anticipées pour les enfants, galère pour les parents
Strasbourg illustre bien la mécanique infernale de ces fermetures à répétition. L'école maternelle Saint-Jean a enregistré six jours de fermeture de cantine pour la seule année scolaire 2021/2022 : les 5 octobre, 14 décembre, 13 janvier, 27 janvier, 17 mars et 31 mars. Depuis la rentrée 2019, ce sont entre 15 et 20 fermetures qui ont été comptabilisées dans cet établissement. Pour des parents qui travaillent, chaque fermeture impromptue représente une journée d'organisation à refaire de zéro.
La Ville de Strasbourg applique une règle automatique : dès que 25% du personnel est estimé en grève, la cantine ferme pour garantir un accueil sécurisé des enfants. Le 17 mars 2022, 30% des personnels de la restauration scolaire et 25% des agents périscolaires strasbourgeois étaient en grève. Le 31 mars, environ 25% du personnel périscolaire de Saint-Jean avait cessé le travail.
| Date | Taux de grévistes | Impact |
|---|---|---|
| 17 mars 2022 | 30% restauration / 25% périscolaire | Fermeture des cantines strasbourgeoises |
| 31 mars 2022 | 25% périscolaire Saint-Jean | Fermeture cantine Saint-Jean |
Gilles Dimnet, permanent à la CGT de Strasbourg-Eurométropole, conteste la lecture officielle. Pour lui, la fermeture des cantines relève d'un choix de l'employeur, pas directement de la grève. Il précise que le taux de grève dans le périscolaire n'est pas plus élevé que dans les autres services municipaux, et que le personnel a formulé des revendications précises via le collectif Strasbourg Animation en lutte, rencontrant même des élus en direct.
De son côté, Soraya Ouldji, adjointe à la mairie en charge de la compacte enfance et de la restauration scolaire, rappelle que les agents de restauration n'ont aucune obligation de déclarer leur grève 48 heures à l'avance, contrairement aux enseignants. Elle ajoute que remplacer ces agents risquerait d'entraver un droit constitutionnel. Hülliya Turan, adjointe à l'éducation et à l'enfance, affirme quant à elle que les appels à la grève se font à l'échelle nationale, sans revendications locales spécifiques. Dimnet conteste ce point directement.
Insécurité et dégradations : quand l'école devient un terrain de crise
À Marseille, la crise dépasse les seules cantines. À l'école primaire Bugeaud, dans le troisième arrondissement du quartier de la Belle de Mai, des parents ont bloqué l'établissement pour dénoncer des intrusions répétées et des problèmes d'insécurité graves. L'école primaire de La Viste, dans le 15e arrondissement, a été saccagée dans la nuit de dimanche à lundi, privant 350 élèves d'école. Les parents réclamaient une sécurisation immédiate des lieux.
Ces événements montrent qu'au-delà du conflit social autour des cantines, certains établissements marseillais cumulent les difficultés : insécurité, fermetures de services, manque de personnel. Pour beaucoup de familles, ce n'est plus un problème isolé mais une accumulation qui fragilise durablement leur confiance dans le service public scolaire.
Franchement, la vraie question que personne ne pose assez fort est celle du statut des agents périscolaires. Tant que leurs contrats resteront précaires, souvent à mi-temps subi, les conflits reviendront. Transformer ces emplois en postes stables à temps plein coûterait moins cher, socialement et politiquement, que de gérer une crise de ce type chaque trimestre.
L'auteur
Rédaction de Le JSD.
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