Lundi 10 août 2026

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Molière : biographie du maître du théâtre français

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Par Cécile
8 min de lecture
Molière : biographie du maître du théâtre français

Baptisé le 15 janvier 1622 à l'église Saint-Eustache de Paris, Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, est mort le 17 février 1673 dans son appartement de la rue de Richelieu. Issu d'une famille de marchands parisiens cultivés, descendants de libraires imprimeurs et de musiciens, il a composé une trentaine de comédies en vers ou en prose qui constituent l'un des piliers de l'enseignement littéraire français. Son lien avec Louis XIV fut déterminant : cette protection royale lui permit d'imposer un théâtre audacieux, critique et populaire, dont l'influence ne s'est jamais démentie.

La vie et le parcours de Molière

À 21 ans, Molière rompt avec le milieu marchand et fonde, avec une dizaine de camarades dont plusieurs membres de la famille Béjart, l'Illustre Théâtre. La troupe échoue à s'implanter durablement à Paris. À Pâques 1646, elle rejoint une compagnie entretenue par le duc d'Épernon, gouverneur de Guyenne, et parcourt pendant douze ans les provinces méridionales : Guyenne, Languedoc, Dauphiné, vallée du Rhône, Bourgogne, avec des séjours réguliers à Lyon.

Le retour à Paris est triomphal. Le 24 octobre 1658, la troupe se produit au Louvre devant Louis XIV, Anne d'Autriche et le cardinal Mazarin. On joue Nicomède de Corneille, puis une farce, Le Docteur amoureux. La salle du Petit-Bourbon est mise à disposition pour deux ans.

Sur le plan personnel, Molière signe un contrat de mariage avec Armande Béjart le 23 janvier 1662 et l'épouse religieusement le 20 février. Le couple aura quatre enfants : Louis, baptisé le 24 février 1664 avec Louis XIV pour parrain, mort à huit mois et demi ; Esprit-Madeleine, baptisée le 4 août 1665, décédée en 1723 à 57 ans ; Marie et Pierre, tous deux morts en bas âge. Molière disparaît le soir même de la quatrième représentation du Malade imaginaire, le 17 février 1673.

Homme écrivant à la plume, femme élégante l'observant dans un salon baroque

L'œuvre théâtrale et les grandes pièces de Molière

La production dramatique de Molière couvre une trentaine de comédies, allant de la farce la plus franche à la grande comédie en cinq actes, sans oublier la comédie-ballet qu'il invente avec Jean-Baptiste Lully et le danseur Pierre Beauchamp.

Pièce Date de création Genre
Les Précieuses ridicules1659Comédie satirique
L'École des femmes1662Grande comédie
Le Tartuffe1664/1669Grande comédie
Dom Juan (Festin de Pierre)1665Comédie
Le Misanthrope1666Grande comédie
L'Avare1668Comédie en prose
Le Bourgeois gentilhomme1670Comédie-ballet
Les Fourberies de Scapin1671Farce
Les Femmes savantes1672Grande comédie
Le Malade imaginaire1673Comédie-ballet

Ces personnages sont devenus des archétypes universels. Tartuffe incarne l'hypocrisie, Harpagon personnifie l'avarice, Argan est le malade imaginaire par excellence, Monsieur Jourdain représente la vanité bourgeoise. L'ensemble de ses pièces compte environ 150 personnages, et la troupe donna 2 421 représentations publiques ou privées entre 1659 et 1673.

Scène théâtrale baroque avec médecin, roi et courtisans en costume d'époque.

Les ressorts du comique chez Molière

Un refus de toute hiérarchie comique

Pour Molière, la farce vaut autant que la grande comédie. Il refuse toute discrimination entre comique dit bas et comique dit haut. Cette conviction explique qu'il passe sans complexe du Médecin volant au Misanthrope, convoquant aussi bien les procédés de la commedia dell'arte que les joutes oratoires les plus élaborées.

Les ressorts qu'il emploie sont multiples :

  • Le comique verbal : jeux de mots, quiproquos, répliques à double sens
  • Le comique gestuel et visuel, porté par son talent d'acteur hors pair
  • Le comique de situation, fondé sur les renversements de perspective
  • Le comique de caractère, où les travers poussés jusqu'à la caricature créent des types inoubliables
  • Le comique de répétition, exploitant les manies obsessionnelles des personnages

Molière acteur, un talent unique

Ses contemporains témoignent unanimement que d'un pas, d'un sourire ou d'un clin d'œil, il faisait concevoir plus de choses qu'un grand parleur en une heure. Son visage exprimait si bien la jalousie qu'il n'aurait pas besoin de parler. Pourtant, Molière restait médiocre dans le registre sérieux et se faisait régulièrement siffler dans des rôles tragiques.

Homme en costume baroque rouge jouant sur scène de théâtre historique

Molière, critique de la société de son temps

Ses contemporains l'avaient surnommé le peintre, y voyant un nouveau Térence. Ce n'est pas un compliment vague : Molière observe avec une précision chirurgicale les mœurs de son temps et les restitue sur scène sans ménagement.

Ses cibles sont précises. Dans L'École des femmes, il plaide pour l'éducation des femmes et raille les tyrans domestiques. Les Précieuses ridicules étrillent le snobisme des salons parisiens avec une efficacité telle que, selon le gazetier Jean Donneau de Visé, on venait de vingt lieues à la ronde pour voir la pièce. Le Misanthrope, dont Nicolas Boileau situe la conception au début de 1664, fut joué 299 fois jusqu'à la fin du règne de Louis XIV en 1715.

Le cas du Tartuffe illustre parfaitement les risques courus. Créé le 12 mai 1664 lors des fêtes des Plaisirs de l'île enchantée à Versailles, interdit dès le lendemain sur intervention de l'archevêque Hardouin de Péréfixe, la pièce n'obtint son autorisation définitive qu'en février 1669, après un an et demi de combats. Le curé Pierre Roullé avait publié un pamphlet intitulé Le Roy glorieux au monde traitant Molière de démon vêtu de chair. Résultat : 72 représentations du Tartuffe jusqu'à la fin de 1669, record absolu de recettes pour Molière.

Le Festin de Pierre connut un sort encore plus radical. Créé le 15 février 1665, donné quinze fois jusqu'au 20 mars, il ne fut pas repris après le relâche de Pâques. Il fallut attendre cent cinquante ans avant qu'il reparaisse sur une scène française.

Seigneur médiéval convoquant un spectre de chevalier armé dans un théâtre.

L'homme Molière : portrait d'un génie du théâtre

Un physique et un caractère bien documentés

Les témoignages concordent sur son apparence : taille légèrement au-dessus de la moyenne, port noble, nez gros, bouche grande, teint brun, sourcils noirs et forts, démarche grave. Son caractère mêle douceur, générosité et impatience. Chapelle lui reprochait sans cesse son humeur rêveuse ; Molière observait silencieusement les gens et notait leurs travers sur des tablettes cachées sous son manteau.

Son cercle d'amis reflète ses curiosités intellectuelles. Parmi ses fréquentations figuraient :

  1. Nicolas Boileau, qui le considérait comme un des plus le plus grands écrivain du règne de Louis XIV
  2. François Bernier, médecin, voyageur et vulgarisateur de Gassendi
  3. Les peintres Nicolas et Pierre Mignard
  4. Le philosophe François de La Mothe Le Vayer
  5. Son médecin Armand-Jean de Mauvillain

Un chef de troupe exceptionnel

Molière était un perfectionniste. Ses répétitions pouvaient durer plus de deux mois. Son autorité n'était pas celle d'un tyran mais d'un camarade estimé. La troupe atteignit une stabilité remarquable : à Pâques 1670, elle comptait encore trois acteurs de l'époque de l'Illustre Théâtre, dont Madeleine Béjart et sa sœur Geneviève. Pour la saison 1671-1672, Molière et sa femme Armande perçurent ensemble 8 466 livres de parts de comédiens.

Sa bibliothèque révèle une curiosité intellectuelle insatiable : environ 180 volumes d'histoire et de littérature, dont 40 volumes de comédies françaises, italiennes et espagnoles. Cette culture nourrissait des adaptations savantes, de Plaute à Tirso de Molina, que Molière transformait en œuvres pleinement originales. Franchement, peu d'auteurs dramatiques ont autant maîtrisé l'art de faire du neuf avec l'héritage des autres.

L'auteur

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Cécile

Rédaction de Le JSD.

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