En ville

Un contrôle citoyen efficace

Rentrée des classes : le nouveau dispositif de lanceurs d’alerte permet d’observer de grandes tendances, globalement positives, fruits de la mobilisation des profs, des parents et des élus.
Les équipes de lanceurs d'alerte à l'œuvre mardi matin
Les équipes de lanceurs d'alerte à l'œuvre mardi matin


À voir tant d’enfants dans les rues de la ville, et qui semblent tous aller dans la même direction, on se prend à craindre qu’ils ne suivent quelque joueur de flûte. Mais non, les parents sont bien là, qui les mènent par la main, jusqu'aux portes des écoles. On est mardi 1er septembre, c'est la rentrée des classes. 

L’an dernier, 500 de ces écoliers avaient dû rebrousser chemin illico, tirant derrière eux leur petit cartable, faute d'enseignants en nombre suffisant. Cette année, pour leur éviter de revivre cette traumatisante expérience, un dispositif de « contrôle citoyen » s’est déployé dans chaque école de la ville. Munies d’un questionnaire, les équipes de lanceurs d’alerte (élu, parent d’élève, enseignant) ont réuni des informations sur les effectifs et les moyens, afin de connaître précisément la situation dès les premières heures. Malgré quelques réticences – l’inspection avait tenu, la veille, à rappeler au « devoir de réserve » ses directeurs d’école – à midi, les données d'une soixantaine écoles sur les 67 que compte Saint-Denis, étaient remontées à la mairie où, dans un bureau du cinquième étage, des « Bonnets d’âne » et des élus s’affairaient à compiler les renseignements collectés sur le terrain.


En fin d'après-midi, on disposait, sinon encore de statistiques détaillées, déjà de grandes tendances. La longue mobilisation a porté ses fruits : un enseignant se trouvait bien dans chaque classe. Mais les effectifs de remplaçants ont été utilisés pour cela. D’autre part, seul un tiers des maîtres supplémentaires promis par la réforme de l’éducation prioritaire ont été nommés. Les Rased sont toujours fort dégarnis, et les auxiliaires de vie scolaire manquent trop souvent. Les enseignants stagiaires, c’est-à-dire dans leur première année d’exercice, sont très nombreux dans les écoles de la ville, même si leur répartition semble plutôt équilibrée. Chaque établissement dispose d’un directeur. Enfin, les seuils d’effectifs ont été globalement respectés, mais quelques cas aigus de dépassement ont été identifiés. Par rapport à l’année précédente, la situation est meilleure. Ce progrès reste fragile et incomplet, mais le système de contrôle et d’alerte a montré son efficacité. 


Mardi soir, une réunion de bilan s'est tenue dans la salle de la Résistance de l'hôtel de ville. Les enseignants, qui s'étaient réunis un peu plus tôt en assemblée générale, se sont réjouis de ce que la rentrée s'est déroulée dans des conditions « ordinaires ». Cependant, d'ores et déjà inquiets à la perspective des problèmes de remplacement qui ne manqueront pas de se faire connaître, leurs représentants syndicaux (SUD et SNUipp) ont appelé l'Éducation nationale à ouvrir plus largement la liste complémentaire plutôt que de faire appel à des contractuels. Pour l'instant, il y en a neuf qui ont été nommés sur des postes à Saint-Denis, mais d'autres risquent d'être appelés à pallier les absences (maladie, maternité...) au fil de l'année. 


Tous les participants – parents, enseignants et élus – ont souligné le caractère de victoire que revêt le déroulement « normal » de cette rentrée : le souvenir de la précédente est encore cuisant. Il contient d'ailleurs la promesse des efforts qui restent à fournir pour que la réalité de l'éducation prioritaire à Saint-Denis corresponde aux promesses de l'égalité républicaine. Pour cela, il a été convenu de se revoir très vite pour faire de ce réseau de lanceurs d'alerte un « comité de vigilance ». Et une première mobilisation aura lieu, dès vendredi 4 septembre midi, devant l'école Sémard (2, rue Eugène-Hénaff), un établissement qui cumule déjà plusieurs difficultés, dont des effectifs élevés et un nombre important d'enseignants stagiaires. C'est l'occasion de signaler à la direction départementale de l'Éducation nationale, qui tiendra ce jour-là, à Bobigny, son Comité technique de rentrée, que la communauté scolaire de Saint-Denis est prête à maintenir une attentive surveillance. 


Sébastien Banse