Portrait

Zoé Roussineau
/ L’ange gardien des rugbymen

Ostéopathe du club de rugby, elle endosse aussi le rôle de « Covid manager ». Une nouvelle casquette que cette femme attentive à la santé d’autrui ne regrette pas. Malgré le cluster qui s’est formé au sein de l’équipe première.
© Yann Mambert
© Yann Mambert

« Le rugby, quand on y a goûté, c’est un peu compliqué de s’arrêter ! (rire) » Zoé Roussineau, fille de rugbyman, est tombée dedans toute petite : « Le sport en lui-même me plaît beaucoup. Et toute l’atmosphère autour. Je suis arrivée, nana, jeune stagiaire, pourtant j’ai tout de suite été intégrée à l’équipe. »Après une pause de trois ans, celle qui est ostéopathe du Sdus rugby depuis 2009 n’a pu s’empêcher de revenir au club en décembre 2019. « Un de mes profs était ostéo ici. Il fallait queje fasse un stage. Très vite, il n’a plus eu le temps. Il m’a dit : “Vas-y, c’est comme ça que tu te formeras !” J’y suis donc restée toutes ces années et je suis revenue en fin d’année dernière après ma pause. La saison a été très courte puisqu’on s’est arrêté en mars », raconte-t-elle.

Si la jeune femme de 34 ans n’exerce pas au club bénévolement, ce n’est pas le défraiement en compensation de son travail qui la motive. « Ce n’est pas ce qui fait que je gagne ma vie, explique Zoé. C’est vraiment par envie. On ne peut pas compter ses heures dans le milieu du rugby. » Elle ne compte pas ses heures tout court du lundi au dimanche, entre son cabinet, son rôle de prof dans une école d’ostéopathie et son engagement au Sdus.

« À la base, je me suis dit que ça allait être cool ! »

Pour elle, « l’ostéopathie est une médecine à part entière ». « Notre seul instrument de travail ce sont nos mains. On a les techniques qui sont connues par tout le monde, celles qui font craquer. Mais il n’y a vraiment pas que ça, on peut travailler sur tout le système musculaire, tissulaire, viscéral, crânien, facial, etc. On essaye avec nos mains de pouvoir balayer toutes les structures du corps. » Au sein d’un staff médical restreint propre à la pratique amateur, Zoé Roussineau se doit d’être polyvalente. Les joueurs sollicitent la « bobologue » pour des étirements ou des straps avant les matches. Pendant,  elle accourt sur la pelouse au moindre blessé avec son masque et ses lunettes.

Depuis juin, voilà l’ange gardien auréolé d’une nouvelle fonction : Covid manager. « La Fédération française de rugby (FFR) a mis en place un protocole nécessaire pour la reprise. Il faut dans chaque club un Covid manager, qui est en relation avec celui de la Ligue, lui-même en relation avec la FFR. Je me suis proposée », retrace-t-elle. Et, fidèle à son minois jovial, de s’esclaffer : « À la base, je me suis dit que ça allait être cool ! » Avant de reprendre son sérieux dès que le sujet touche à la santé : « J’ai eu le coronavirus en mars, je savais ce que c’était. Mais j’avoue qu’en juin j’étais peut-être un peu trop optimiste en me disant que l’épidémie était derrière nous. » Zoé fait depuis lors appliquer le protocole d’entraînement de la FFR à la lettre, liste les présents et envoie ses données au Covid manager de la Ligue.

« Je me suis demandé où est-ce qu’on allait »

Des précautions qui n’ont pas suffi : « Un joueur m’appelle un vendredi en me disant être positif. Pour la FFR, quand tu as moins de quatre cas dans une équipe, il n’y a pas de report de match. Il faut isoler le joueur. Ce qu’on a fait. Le dimanche, il y a eu match (contre Boulogne le 20 septembre). Le lendemain, tout s’est multiplié. Plein de joueurs devenaient symptomatiques. Rien de grave mais des pertes de goût et d’odorat. Quand on a vu l’ampleur que ça prenait, il a fallu gérer avec l’Agence régionale de santé et la FFR. On est arrivé, joueurs et dirigeants compris, à 27 cas positifs. On a arrêté les entraînements pendant deux semaines, au-delà des recommandations de sept jours. » 

Zoé Roussineau affirme cependant n’avoir jamais paniqué. « Je les interrogeais sur les symptômes. Certains avaient des petites gênes à la respiration. Il y a eu des examens pulmonaires qui ont été faits. Je me suis demandé où est ce qu’on allait. » En aucun cas la responsabilité du Covid manager n’est engagée : « Mon rôle est de centraliser, transmettre les informations, refaire un rappel sur les choses à faire. Ce n’est pas de ma faute s’il y en a un qui se contamine car on ne sait pas comment et où la contamination a eu lieu. » Après coup,elle se refuse de critiquer le protocole FFR et la tenue du match. « Forcément, on n’arrête pas tout pour un seul cas. Sinon il n’y a plus de match qui se joue. Cela aurait été une erreur de jouer le match d’après (contre Sarcelles, reporté au 20 décembre), ça c’est sûr. »

Si tout le monde se porte bien et qu’aucun joueur ou dirigeant n’a contaminé son entourage, les formalités administratives n’ont pas été de tout repos. « Pour la reprise, la FFR nous demandait des tests négatifs, des certificats médicaux… C’était compliqué. On a réussi à tous les avoir, le dernier la veille du match contre Pontault-Combault. C’était du boulot pendant quinze jours, j’ai passé pas mal de temps au téléphone. » Au final, personne n’est resté sur la touche et le Sdus a retrouvé un semblant de normalité. Zoé conclut : « On a tous appris de ça. Les gestes barrières sont encore plus appliqués. J’espère qu’il y aura un peu d’immunité collective. Mais après ce qu’on a vécu, on ne peut pas dire que c’est complètement derrière nous. »

Adrien Verrecchia

Réactions

Bravo Zoé pour ton engagement. Ta compétence et ton fighting spirit vont aider tes amis rugbymen, en ces temps incertains et difficiles. Je t embrasse. Léon-Maurice de Belgique ( plutôt pays de foot et de cyclisme) un ami de ton Papa, célèbre rugbyman

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