En ville

Les crèches ont revu leurs conditions d’accueil

Pour accueillir une population représentative des Dionysiens, la facture a été alourdie pour les familles aux revenus les plus élevés et des dérogations sont accordées aux parents sans emploi.
Grain d'aile, dernière née des crèches dionysiennes
Grain d'aile, dernière née des crèches dionysiennes

Pour ses 6?900 bambins de moins de 3 ans, Saint-Denis ne dispose dans ses crèches municipales – ou maisons du petit enfant – que d’un millier de places, à peine. Une pour sept. Mais alors qu’en 2007, les rejetons accueillis étaient issus à 80 % de familles aux revenus modestes – moins de 3?000 euros par mois – « il n’était plus que 30 % en 2011 », rapporte Catherine Lévêque, qui a hérité du dossier l’an dernier en tant que nouvelle adjointe à la petite enfance. 

Interloqués d’un tel état des lieux, « les élus ont demandé un rapport à un sociologue sur les besoins et les offres », raconte l’élue du PSG. Appliquées depuis le 1er septembre, les nouvelles mesures « sont inspirées de l’expérience d’autres villes ».


Les attributions à partir de janvier

Pour accueillir « une population représentative » des Dionysiens, la facture a été alourdie pour les familles aux revenus les plus élevés. Et des dérogations sont accordées aux parents sans emploi jusqu’alors exclus des listes d’inscriptions. 20 % des places, dans l’ensemble des 12 crèches municipales, leur seront attribuées. La moitié revenant aux « familles les plus en difficulté, pour des enfants adoptés ou souffrant de saturnisme par exemple. Et 10 % vont être réservés aux parents en parcours d’insertion, le cas typique étant celui des femmes en formation pour le retour à l’emploi. 

Les critères en seront définis en commission avec la mission locale, le service social et les élus concernés. Les attributions se feront à partir de janvier sur les places qui se libéreront ».Pour plancher sur ces réformes, le groupe de travail constitué en février a rassemblé « élus de la majorité et de l’opposition », professionnels de crèches et de PMI. Un recrutement large, explique Mme Lévêque, pour favoriser le « consensus » surtout sur ce sujet sensible de la nouvelle politique tarifaire. 

Calculé selon le revenu, le tarif horaire augmente jusqu’à un plafond de ressources fixé par la Ville, et ne varie plus au-delà. Ce plafond était fixé depuis 2007 à 5?083 euros par mois. Il atteint à présent 7?825 euros. D’où des hausses, souvent importantes, pour 13 % des familles. Leur proportion atteignant les 70 % dans certaines crèches à la Plaine, où la pilule a du mal à passer. « Ma facture a grimpé de 400 à 600 euros par mois pour quatre jours par semaine, fulmine Solène. 

Cette ville promeut la mixité sociale. Mais quand les deux parents travaillent, elle les matraque. »Avec des tarifs à présent alignés sur celui des assistantes maternelles, soit environ 3,50 euros de l’heure, les familles aux plus hauts revenus sont incitées à recourir à ce mode de garde. « À la Plaine, elles sont au complet, objecte encore Solène. Alors on m’a dit d’aller à Franc-Moisin?! » Comme Floréal et Sémard, c’est en effet l’un des trois quartiers où les assistantes maternelles chôment le plus. 

Et l’un des plus mal desservis par les transports en commun.Autres mesures, plus consensuelles, les inscriptions sont ouvertes à partir du 6e mois de grossesse, et non plus du 3e mois. Les horaires d’accueil ont été assouplis et les formalités simplifiées. « Pour fixer le prix horaire, on travaille avec le logiciel Cafpro, détaille encore Catherine Lévêque. Les directrices de crèche n’ont plus à demander les fiches de paie aux parents. Et quand ils perdent leur emploi, on ne retire plus l’enfant de la crèche pour le mettre en halte-jeu, comme on le faisait jusqu’à présent. » L’accueil, enfin, est réservé aux seuls bambins de Saint-Denis. 

Marylène Lenfant