Portrait

Mohamed Bouhafsi
/ Joue-la comme Kylian

Journaliste sportif. En quelques années, Mohamed Bouhafsi a su s’imposer dans le paysage audiovisuel français. À 27 ans, l’enfant du Franc-Moisin est une des figures du foot sur RMC. Une trajectoire fulgurante, comme un appel en profondeur de Kylian Mbappé.
Mohamed Bouhafsi © Yann Mambert
Mohamed Bouhafsi © Yann Mambert

Tout amateur de foot qui se respecte connait Mohamed Bouhafsi. Cheveux toujours bien peignés, en costume cravate, le jeune journaliste est l’une des vedettes de RMC Sport. Âgé d’à peine 27 ans, il a déjà interviewé les plus grands joueurs de ballon rond. À son tableau de chasse, la légende Pelé, les stars Lionel Messi, Cristiano Ronaldo et Neymar ou encore le prodige Kylian Mbappé. Tout récemment, au sortir de Paris Saint Germain - Real Madrid, Mohamed Bouhafsi débriefait en direct avec Zinédine Zidane. Autrement dit, le Monsieur Mercato pèse dans le milieu du foot. Une étiquette, « vu à la télé », dont il se moque pourtant.

Avant d’être une célébrité, Mohamed Bouhafsi est d’abord un bosseur. « Je sors des infos. Je ne me trompe pas. Je suis reconnu comme l’un des journalistes les plus influents et fiables de mon sport. Tout ce que j’ai aujourd’hui, je l’ai obtenu par la force de mon travail », confie le jeune homme dans les bureaux de RMC à Paris, juste avant d’enchaîner avec son émission Breaking foot qu’il anime quotidiennement depuis la rentrée dernière sur la radio RMC, où il avait débuté en 2011, à seulement 19 ans.

« Je ne peux rien refuser à ma ville »

Quand le JSD lui a proposé un portrait dans ses pages, le journaliste n’a pas hésité une seconde. « Je ne peux rien refuser à ma ville », nous a-t-il répondu sur Twitter où le Dionysien compte plus de 300 000 abonnés. Désormais parisien, Mohamed Bouhafsi revendique ses racines dionysiennes. « Je suis fier de dire que j’ai grandi à Saint-Denis. Mais parfois, tu peux nourrir la frustration de ne pas revenir plus souvent dans ta ville, ton quartier », regrette dans le même temps la vedette de RMC. Sa famille a débarqué à la Plaine alors qu’il avait 5 ans, à quelques mois du Mondial en 1998, un événement qui le marquera à jamais.

« Je me souviens de la Coupe du monde 98, mais je n’ai aucun souvenir de l’Euro 2000. » Il a une photo de lui avec Doc Gynéco, venu voir le match Brésil-Écosse, qui avait ouvert la compétition. Dans sa mémoire, le souvenir du village Coca-Cola « en plein milieu de la Plaine » reste aussi vivace. « Avec mon grand frère et des amis, on y allait le soir discrètement. On prenait des bouteilles, des canettes. On y jouait aussi au foot, alors que c’était destiné aux touristes », sourit-il. En 1999, ses parents déménagent à Franc-Moisin, le quartier où il a habité pendant dix ans.

« J’ai grandi au B7, rue de Lorraine, en plein cœur de la cité, en face de la place Rouge », se rappelle le Dionysien avec précision. Alors qu’il a 8 ans, son père abandonne subitement sa famille. « Il a dit “je reviens, je vais acheter un paquet de cigarette”. Et il n’est plus jamais revenu. C’était le 1er avril 2001 », confie sans dramatiser le jeune homme. Les habitants de son quartier, sa cité et son bâtiment deviennent sa deuxième famille. « Quand je parle du B7, j’ai des frissons ». Mohamed connaissait tous ses voisins. Tout le monde l’appelle « Mita », un surnom hérité du doudou qu’il trimballait avec lui quand il était enfant. C’est à Franc-Moisin que « j’ai construit mon identité et ma personnalité. J’y ai appris les valeurs de solidarité », dit-il reconnaissant. Le Dionysien jouera d’ailleurs comme gardien au Cosmos jusqu’à l’âge de 18 ans.

Entre beaux quartiers et Franc-Moisin

Malgré tout, sa mère décide en 2002 que Mohamed – benjamin d’une fratrie de quatre enfants - n’ira pas à Garcia-Lorca, le collège du quartier, de peur qu’il soit rattrapé par la délinquance. Elle l’inscrit dans l’établissement privé Notre-Dame de Grâce de Passy dans le 16e arrondissement. Modeste restauratrice, elle paye entre 3 000 et 4000 € l’année. « Je le savais, c’est pour ça que je ne rigolais pas avec l’école », se souvient le journaliste. Bon élève, il ira ensuite au lycée Saint-Thomas-d’Aquin, rue de Grenelle, dans le très chic 7e arrondissement.

Le « transclasse » sait s’adapter, mais il a « toujours les fesses entre deux chaises ». « Là-bas, on me faisait comprendre que je n’étais pas totalement des leurs parce que brun et basané. Et quand je rentrais chez moi, mes amis ne me voyaient plus trop, on me disait “t’es là-bas, chez les bourgeois” », se remémore le Dionysien, prenant bus, RER et métro pour arriver en cours. Après avoir obtenu son baccalauréat ES en 2009, il intègre l’Institut européen de journalisme à Paris. Major de sa promotion en 1er et 2 année, il entre à RMC en 2011 alors qu’il est encore à l’école. Cela se passe tellement bien pour lui qu’il y travaille à plein temps, abandonne son école en 3e année. À 20 ans, il est embauché en CDI.

Le tournant de sa carrière, c’est quand il suit la consécration de la génération des Pogba-Umititi-Thauvin qui deviendra championne du monde des moins de 20 ans en 2013 en Turquie. Le jeune journaliste surfera sur cette jeune vague bleue. Après l’Euro 2016, il deviendra le patron du football à RMC. S’il a quitté Saint-Denis depuis bientôt dix ans, Mohamed Bouhafsi revient voir sa mère qui y habite toujours. Et il n’oublie pas d’où il vient. « Toutes les valeurs apprises au quartier me donnent envie de me battre et de me lever le matin. Et grâce à Dieu, je vis aujourd’hui de ma passion. Un jour, j’aimerais transmettre ces valeurs à mon tour . »

Aziz Oguz

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