Portrait

Le portrait de la semaine Marianne Darmon
/ Les yeux et la voix

Lectrice. L’ancienne collaboratrice parlementaire propose un cercle de lecture à voix haute – pour des personnes malvoyantes ou qui lisent difficilement – toutes les deux semaines à la médiathèque Centre-ville.
Marianne Darmon dirige un cercle de lecture à voix haute pour un public malvoyant et pour les personnes qui n’ont pas un accès aisé à la lecture.
Marianne Darmon dirige un cercle de lecture à voix haute pour un public malvoyant et pour les personnes qui n’ont pas un accès aisé à la lecture.

C’est une parenthèse poétique au cœur de l’hiver. Deux heures de lecture comme dans un rêve. En cette veille de Saint-Valentin, la médiathèque Centre-ville accueille un public un peu particulier, non pas lecteurs, mais auditeurs, et venus écouter la lecture d’Un soir de décembre, un roman de Delphine de Vigan. Depuis début janvier, Marianne Darmon dirige un cercle de lecture à voix haute pour un public malvoyant et pour les personnes qui n’ont pas un accès aisé à la lecture. Des jolies bagues aux doigts, les cheveux méchés blonds attachés en queue-de-cheval, et la voix bien posée, Marianne nous invite à plonger dans l’histoire de Matthieu Brin, un homme de 45 ans, marié avec deux enfants, qui reçoit un jour une lettre écrite par une jeune femme qui l’a aimé par le passé…

À l’origine de ce cercle de lecture, il y a une rencontre. Celle de Marianne et de Saci Mehdi, bénévole à l’antenne dionysienne de l’association Valentin-Haüy. Cette structure a pour vocation d’aider les aveugles et les malvoyants à sortir de leur isolement. Aveugle lui-même depuis une dizaine d’années, Saci est très actif au sein de cette association : il donne des cours de lecture braille, des séances de tir pour aveugles et malvoyants. Il assiste aussi au cercle de lecture de l’antenne parisienne de l’association Valentin-Haüy. « Cela faisait longtemps que l’on voulait réaliser notre propre cercle de lecture », explique-t-il. Alors, après de nombreux échanges, Marianne s’est lancée le 16 janvier, avec Le Mystère Henri Pick, de David Foenkinos. Depuis elle a lu Inconnu à cette adresse de Kressmann Taylor et L’armée des ombres de Joseph Kessel.

Jambes croisées posées négligemment sur une chaise, la jeune femme de 30 ans est à l’aise. Ce n’est pas très étonnant quand on sait que dans une autre vie, il y a peu, elle était collaboratrice parlementaire. D’abord pour un député de gauche pendant cinq ans, puis un second élu pendant deux. Ce rôle l’aura amenée devant micros et caméras au moment de l’affaire Fillon, pour parler rémunérations de collaborateurs parlementaires : « J’ai connu des hommes et des femmes publics, j’ai appris d’eux. Lire en public ne me fait pas peur », confie celle qui n’a eu besoin d’aucune formation pour se lancer dans la lecture à voix haute.

Un grand-père qui était presque aveugle

Suite à l’arrêt précipité et douloureux de son expérience professionnelle, Marianne explique qu’elle a eu « besoin de retrouver du sens. Mon engagement dans cette association – outre mon amitié avec Saci – me permet de me sentir utile ». L’association ne fait pas qu’organiser des cercles de lecture. « On a des permanences. Je donne des coups de main pour les papiers administratifs. Certaines personnes aveugles viennent aussi car elles sont isolées et qu’elles ont besoin de parler », explique la Dionysienne qui y est bénévole depuis quelques mois. D’ailleurs, ces cercles de lecture – organisés le mercredi matin toutes les deux semaines, hors vacances scolaires – ont aussi pour objectifs d’atteindre ces personnes isolées qui ne connaîtraient pas l’existence de l’association.

Dans la bouche de Marianne, la littérature a des vertus thérapeutiques « Quand vous avez un livre, vous n’êtes jamais seul », explique-t-elle. Et pourquoi lire pour des personnes aveugles ? « Quand j’étais petite, j’avais un grand-père qui était presque aveugle. Et je me suis toujours dit que si jamais je le devenais à mon tour, une des choses qui me gênerait le plus – outre la perte d’autonomie – ce serait de ne plus pouvoir lire. » Cette passion de la lecture remonte à l’enfance : « J’ai tanné ma mère, qui était institutrice, pour qu’elle m’apprenne à lire quand j’avais à peine 5 ans », se remémore cette maman d’un petit garçon de 4 ans qui a le droit à son histoire tous les soirs ! Les cris des enfants de la cour d’école à côté de la médiathèque ramènent finalement les auditeurs très concentrés à la réalité. La lecture se termine. Le roman finit bien. On en redemande.

Arnaud Aubry

Prochaines lectures à la médiathèque Centre-ville à 10h les 27 mars, 10 avril, 22 mai, 5 et 19 juin.

Réactions

Bonjour , Je suis optométriste et m'occupe de déficients visuels âgés. J'aimerais prendre contact avec Mme Darmon par mail ou téléphone Cordialement,