En ville

Un enfant violemment heurté par un scooter

Joseph, 8 ans, s’est fait renverser rue de la République, dans un secteur censé être protecteur. Les parents choqués et l’association Vélo à Saint-Denis veulent que ça change.


C’est un mardi. Il est 19h45. Joseph, sur son vélo, suit son père qui marche à pied. Ils empruntent la rue de la République après avoir quitté le conservatoire de musique de la rue Catulienne. Ce 26 janvier, tout va bien. Puis tout bascule. Deux scooters remontent à toute blinde l’artère piétonne et à hauteur du n°83 l’un des conducteurs perd le contrôle de l’engin, percute violemment l’enfant de 8 ans avant de chuter. Le gamin est en sang, il a la mâchoire en mille morceaux, plusieurs dents cassées, l’os du nez et le haut de la boîte crânienne fracturés, comme le diagnostiqueront les toubibs de l’hôpital Necker.


Les deux jeunes scooteristes restent un moment sur place, sont agressifs avec les passants attroupés. L’un disparaît avec le deux-roues endommagé, sans doute pour aller le cacher pense le père, et l’autre se volatilise avant l’arrivée de la police et des pompiers. Aucun des deux n’a pour le moment été identifié. « On était très choqués de voir notre fils dans ce sale état », confient des parents qui clament leur volonté « que cela ne reste pas lettre morte ».


Habitant et travaillant à Saint-Denis, le couple qui a quatre enfants est en colère et interroge : « Comment vivre en sérénité quand l’environnement est dangereux, même dans une rue piétonne ? » L’association Vélo à Saint-Denis a adressé une lettre ouverte au maire (lire ci-dessous) après ce qui aurait pu constituer un drame plus terrible encore. Elle « dénonce l’insécurité dans l’espace public et l’absence de mesures pour pacifier la ville et faire respecter la liberté et la tranquillité des plus faibles ».


Et questionne : « Jusqu’à quand acceptera-t-on que le soit disant espace piéton du centre-ville soit, en réalité, une jungle où règne la loi du plus motorisé et du plus menaçant ? »


Dominique Sanchez




Lettre ouverte de l'association Vélo à Saint-Denis
adressée au maire de Saint-Denis Didier Paillard
:


Zones piétonnes, pour la sécurité et la liberté des plus faibles

Le 26 janvier dernier, Joseph, 8 ans, a été renversé par un motard alors qu’il circulait tranquillement à vélo, à côté de son père, sur la rue de la République zone piétonnière. Une mâchoire cassée, une fissure du nez… plusieurs jours d’hospitalisation…


Jusqu’à quand acceptera-t-on que le soit-disant espace piéton du centre ville soit, en réalité, une jungle où règne la loi du plus motorisé et du plus menaçant ?


Depuis toujours et régulièrement, Vélo à Saint-Denis alerte sur la dangerosité des déplacements à vélo (mais également piétons) dans Saint-Denis et sur l’hypocrisie qui consiste à qualifier le centre ville « d’espace à priorité piéton ». Nous le constatons chaque semaine au travers des témoignages des personnes venues apprendre à faire de la bicyclette à notre vélo-école, Saint-Denis est une ville résolument hostile aux déplacements doux.


Vélo à Saint-Denis dénonce le double-discours des élus, un jour favorables aux déplacements doux quand la COP 21 est à l’honneur, et dès que la page est tournée, partisans d’un espace public « partagé » refusant - de fait - toute mesure de protection des plus faibles. Pour ces derniers : les enfants, les personnes à mobilité réduite, les personnes âgées, les piétons et les cyclistes… se déplacer dans la ville signifie courir un réel danger.


Quel parent n’a-t-il pas frémi en entendant une moto dans son dos sur un trottoir ou une rue piétonne et senti la main de son enfant se serrer de peur lorsqu’elle arrive sur eux ? Comment peut-on laisser des engins motorisés (motos, scooters, quand il ne s’agit pas de minimotos ou d’engins de moto-cross) pénétrer dans des espaces censés réservés aux piétons, comme la Rue de la République, ou la place du Caquet via le passage des Poulies ou le goulet entre les deux Mairies alors même qu’ils sont insuffisants pour la seule circulation piétonne ?


Vélo à Saint-Denis dénonce l’insécurité dans l’espace public et l’absence de mesures pour pacifier la ville et faire respecter la liberté et la tranquillité des plus faibles. En attendant, Joseph n’est pas prêt à remonter sur son vélo pour se déplacer dans St-Denis ! Quelle leçon d’éducation civique… et du bien vivre ensemble !


Vélo à Saint-Denis, le 3 février 2016



Réponse de Didier Paillard, maire de Saint-Denis
à Vélo à Saint-Denis


Le 8 février

Mesdames, Messieurs,


Vous m'avez interpellé par courriel le 3 février dernier suite à l’accident dont a été victime le jeune Joseph alors qu'il circulait tranquillement à vélo rue de la République aux côtés de son père.


Cet acte est inacceptable et je condamne fermement le comportement de ces conducteurs de scooters, qui, en plus de circuler en infraction sur le plateau piéton, ont préféré prendre l'a fuite plutôt que de venir en aide à l'enfant grièvement blessé.


Je souhaite par ailleurs réaffirmer l engagement de la Municipalité de faciliter les déplacements des piétons et des cyclistes, en poursuivant notamment les aménagements de voirie visant à élargir les espaces piétons et développer un réseau cyclable sécurisé au détriment de l'espace dévolu à la seule automobile.


L'aménagement cyclable majeur réalisé l'année dernière sur les avenues Paul Vaillant-Couturier et Lénine a ainsi complété l'itinéraire cyclable sécurisé entre le cœur historique de Saint-Denis, le quartier du Stade de France et la Plaine. Il a permis de créer de nouvelles traversées piétonnes et des îlots à chaque carrefour, devenus la norme de nos aménagements de voirie.


En 2016, dans cet esprit, de nombreux aménagements sont d'ores et déjà prévus?: rues de Strasbourg, rue du 19 mars 1962, promenade de la Basilique. De plus, pour améliorer le confort de circulation des piétons et sécuriser l'usage du vélo, la ville a mis en place plusieurs zones 30. Celle sur le secteur Delaunay-Belleville, dont les travaux démarreront dans les prochaines semaines a fait l'objet en 2015 d'une concertation avec votre association qui a permis d'améliorer les propositions, pour aller vers des aménagements de bandes et de pistes cyclables sur les principaux axes traversant ce quartier.


Saint-Denis et Plaine Commune œuvrent à un meilleur respect des règles d'accès au plateau Priorité piétons du centre-ville. Les PV électroniques y contribuent. La mise en route de deux véhicules équipés de rampe à lecture automatisée de plaques d'immatriculation (LAPI) depuis le mois de janvier améliore déjà notre capacité de verbalisation du stationnement gênant. La circulation de véhicules non autorisés sera également ciblée à compter de mars.



Malgré ces efforts, la présence de deux-roues motorisés sur les espaces piétons du centre-ville reste une forte préoccupation de la Municipalité, mais reste un difficulté pour les forces de police du fait de la dangerosité que pourrait représenter une course-poursuite dans un milieu urbain dense comme le centre-ville.


Néanmoins, je demande au Commissaire Divisionnaire de mettre en œuvre les moyens spécifiques nécessaires pour sanctionner ce type de phénomène.

La Police Nationale mène parallèlement un travail d'enquête continue, qui a permis par exemple une saisie de plus de 60 deux-roues l'année passée.

J'appelle par ailleurs les riverains à faire preuve de civisme en communiquant à la Police tout élément permettant l'identification des lieux de stockage des deux-roues contrevenants.

Dans le centre-ville, la mise en place d'un réseau de vidéosurveillance (place du Caquet et rue de la République notamment), contribuera à compter du printemps aux investigations de la Police Nationale permettant notamment l'interpellation des auteurs de ce type de délit.


Chez les jeunes, l'éducation et la prévention restent la meilleure réponse, et la Ville est disponible pour accompagner toute action de sensibilisation à la sécurité routière.


Le défi est de taille, notre mobilisation est pleine et entière. Le cœur de ville « priorité piéton » est un atout pour Saint-Denis, la Basilique, le marché. L'espace public, pour être partagé, doit être respecté par tous.

Je n'accepte pas qu'une partie des Dionysiens s'en sentent exclus et je vous assure de notre engagement pour remédier aux comportements d'une minorité qui empoisonnent le quotidien des habitants.


Je vous prie de croire, Mesdames, considération.

Didier Paillard, maire de Saint-Denis


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