Portrait

Le portrait de la semaine
/ Yvon Simon

Marbrier. Véritable mémoire vivante du cimetière de Saint-Denis, Yvon Simon y a exercé son métier de marbrier durant 45 ans. On le surnommait « le costaud ».
Yvon Simon, ancien marbrier au cimetière de Saint-Denis
Yvon Simon, ancien marbrier au cimetière de Saint-Denis

On ne s’attendait pas à passer un si long moment téléphonique avec Yvon Simon, ancien marbrier et véritable mémoire vivante du cimetière de Saint-Denis. « Je préfère vous prévenir, depuis qu’il est à la retraite il n’est pas très patient, et il lui faut un petit peu de temps avant de pouvoir se livrer et discuter pleinement », avertit gentiment son épouse. « Alors dites-moi, vous voulez quoi ? », questionne Yvon Simon. C’est ainsi que l’entretien commence.

À la retraite depuis onze ans, il a travaillé toute sa vie dans les cimetières. « Quand j’étais jeune, on trouvait du boulot à toutes les portes. Comme dit notre président, on traversait la rue, y’avait du travail. J’habitais rue de Strasbourg à Saint-Denis, à côté d’une marbrerie. Je ne savais pas quoi faire à cette époque, alors je me suis lancé là-dedans. C’était en 1963. » Si le début de l’échange semble timide, la suite s’annonce plus riche.
En effet, il n’en faut pas plus à Yvon pour raconter son métier. « Je préparais les caveaux et posais les monuments, il n’y a rien de particulier dans ce boulot. Mais quand on fait ce travail, il faut être discret et respecter les gens.» Respecter les gens et la mort, ce sont bien les deux règles d’or qu’Yvon défend, lorsqu’on lui demande s’il faut des compétences particulières pour exercer ce métier. « Certains pensent que quand on travaille dans un cimetière on est forcément croque-mort. Non ! Moi j’étais marbrier, je posais les monuments sur les tombes, c’est différent. »

« Je ne voulais pas raconter une vie mortuaire.»

Aujourd’hui installé près de Dieppe avec sa femme, Yvon revient une à deux fois par an au cimetière pour entretenir les tombes et déposer quelques fleurs à la Toussaint. Lorsqu’il est de passage à Saint-Denis, il passe du temps avec ses petits-enfants et en profite pour leur transmettre ce qu’il a fait. « Je les amène avec moi au cimetière et leur dis “regarde c’est papi qui l’a posée cette pierre, c’est moi qui ai fait ci ou ça”.»

Exercer le même métier toute sa vie, ça ne court plus les rues. « J’ai passé plus de temps au cimetière qu’avec ma femme », raconte-t-il avec humour. Si on considère que 45 ans c’est une vie, alors oui, Yvon a passé toute une vie au cimetière de Saint-Denis. Lorsqu’on lui demande ce que toutes ces années lui ont apporté, sa réponse est évidente : « Le travail, tout simplement. » Yvon Simon a aussi vécu de tristes heures dans ce cimetière. « J’ai perdu beaucoup de copains, et le plus dur dans tout cela c’est que c’est moi qui les enterrais.» Ce qu’il cache si bien depuis le début, cette émotion et cette sensibilité, c’est à ce moment précis de l’entretien qu’il les dévoile. Il murmure, répète que ces moments furent les plus difficiles de sa carrière.

Voilà pourquoi il ne parlait pas de son travail avec sa femme, une fois rentré chez lui. « Je ne voulais pas raconter une vie mortuaire.» Aujourd’hui Yvon est bien mieux là où il vit, à la campagne « à côté de Dieppe, à 15 minutes de la mer, on y est vraiment bien avec ma femme. C’est le repos ». Fini le cimetière, terminé la vie à Saint-Denis, qu’il s’amuse à qualifier de ville morte : « Ce n’est plus ce que c’était. » Même si au fond il garde un lien inestimable avec cette ville, il regrette de la voir vieillir ainsi. Vieillir justement, ce n’est pas à l’ordre du jour pour Yvon. « J’ai 70 ans et je suis encore bien. Pas de mal de dos, rien. Si vous voyiez mes bras encore aujourd’hui! On m’appelait le costaud ou musclor. »

Et pour cause, de 13 ans à 59 ans, Yvon a soulevé à bras nu les pierres tombales. « On n’avait pas de grue à l’époque, on faisait tout avec nos bras. Rien à voir avec aujourd’hui! » En terminant la conversation, on se dit que pour quelqu’un de « pas très bavard » ce fut plutôt un bel échange. « Je ne raconte rien en général, je suis une tombe », conclut-il en souriant.

Réactions

Réagissez à l'article

(ex. : votre.nom@fournisseur-internet.com) Cette adresse ne sera pas publiée sur le site.
Merci de prendre connaissance de la charte des commentaires ci-dessous.

Principes de modération

Les commentaires postés sur lejsd.com sont modérés avant publication par l’équipe éditoriale.
Les commentaires sont ouverts les quatre semaines suivant la mise en ligne des contenus.
Les messages sont publiés dans leur intégralité ou supprimés s’ils sont jugés non conformes à la charte.
L’internaute est responsable des commentaires qu’il poste. L’équipe du JSD se réserve le droit de retirer tout commentaire si elle l’estime nécessaire pour la bonne tenue des échanges.
La modération dans l’immédiat a lieu du lundi au vendredi, en horaires de jour.
Lorsqu’un internaute poste plusieurs fois le même commentaire, l’équipe du JSD n’en publie qu’une version.

Pseudonymes

Il n'est pas autorisé de choisir comme pseudonyme le nom d'une autre personne physique ou morale (entreprise, institution, etc.) ou d'utiliser un nom similaire à celui d'un autre internaute dans le but de créer une confusion.
Les noms contenant des allusions racistes, sexistes ou xénophobes sont proscrits.
Si un internaute utilise plusieurs pseudonymes pour commenter, le JSD se réserve le droit de supprimer ces comptes, sans préavis.

Contenus illicites et prohibés

Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Le JSD supprimera tout commentaire contrevenant à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, répété plusieurs fois ou grossier.
Sont notamment illicites les propos racistes, antisémites, sexistes, homophobes, discriminatoires, diffamatoires ou injurieux, incitant à la violence (y compris les appels à la restauration de la peine de mort) ou à la haine raciale, niant les crimes contre l’humanité et les génocides reconnus, faisant l’apologie des crimes de guerre et du terrorisme ; justifiant des actes violents et des attentats.
Sont également proscrits : les propos de nature pornographiques, pédophile ou délibérément choquants ; les atteintes à la présomption d’innocence, l’usurpation d’identité, l’incitation à la commission de crimes ou de délits, l’appel au meurtre et l’incitation au suicide et la promotion d’une organisation reconnue comme sectaire…
Il est également interdit de divulguer des informations sur la vie privée d'une personne, de reproduire des échanges privés et d’utiliser des œuvres protégées par les droits d'auteur (textes, photos, vidéos...).
Actuellement la publicité est interdite sur lejsd.com Les liens promotionnels sont proscrits mais la publication d’un lien vers un site commercial en lien direct avec le sujet dont il est question dans le programme ou le fil de commentaires peut être tolérée, si elle apporte un complément d’information utile à l’internaute.
Le JSD se réserve le droit de supprimer tout commentaire contenant des propos agressifs visant des personnes, notamment les autres commentateurs.
La suppression d’un commentaire entraîne celle des réponses qui lui ont été faites.
Pour contester une modération, merci d’écrire à info@lejsd.com.

CAPTCHA
Ce champ nous permet de vérifier que vous n'êtes pas un robot spammeur