Portrait

Mathieu Barbances / Plus d’une corde à sa contrebasse

Musicien, chanteur, parolier, comédien, danseur… Et diplômé en lutherie, cet artiste complet est arrivé à Saint-Denis par le biais de la compagnie Jolie Môme.
MATHIEU BARBANCES
MATHIEU BARBANCES


« Je suis né sous Giscard ! », lance Mathieu Barbances pour dire sa quarantaine juvénile. Aussitôt, il embraye sur son enfance, dont il ne semble pas être tout à fait sorti. Est-ce son sourire qui semble tout droit issu des années 70, son regard pétillant, sa silhouette aussi affinée que sa contrebasse est ronde ? Toujours est-il qu’il revendique son héritage. « Je suis fils de cocos, comme je le dis dans une de mes chansons, et j'ai grandi à Champigny-sur-Marne. Toute ma famille, grands-parents compris, était communiste. C’est quelque chose qui construit », affirme-t-il. Écoles municipales de danse, de théâtre, de musique, il fréquente assidument ce qui caractérisait alors les villes de la ceinture rouge. Avec un grand-père accordéoniste qui jouait aux guinguettes, un père guitariste fan de rock et des Beatles, « on a toujours chanté à la maison », se souvient-il.


« Mais ce qui m’attirait le plus c’était le spectacle »

Mathieu débute le violon à 7 ans et entre en 6e en classe musicale. Manuel et musicien, il intègre à 15 ans l’école de luthiers de Mirecourt (Vosges). « On était huit par classe. Ce fut pour moi un apprentissage de la vie. On faisait de la musique, du théâtre… J’y suis resté cinq ans et je ne me suis pas ennuyé une seconde ! » C’est là aussi qu’il découvre la contrebasse. À 20 ans il a donc un DMA (diplôme des métiers d’art) en lutherie en poche, un métier dans les mains. « Mais ce qui m’attirait le plus c’était le spectacle. »


Il prend des cours de théâtre et assez vite trouve des petits engagements de comédien musicien. Un jour, en 1996, il tombe sur une petite annonce de la compagnie Jolie Môme qui cherche des comédiens permanents pour sa troupe. « Je les avais vus lors des manifs de 95 et j’avais flashé sur eux ! » Il est embauché (avec sa contrebasse) et restera treize ans dans la compagnie, participant à de nombreux spectacles et albums, et y trouvant aussi sa compagne, la comédienne Lorène Dubreuil, et sa ville, Saint-Denis. Dionysien, donc, depuis 2004, année où Jolie Môme est arrivée au théâtre de la Belle Étoile, Mathieu vit à deux pas du TGP avec Lorène et leurs deux filles, Célestine, 8 ans (qui fait partie de la troupe de Tamèrantong !), et Mélie, 6 ans. « Dans la rue, on croise tout le temps quelqu’un qu’on connaît », apprécie-t-il.


« Ma contrebasse fait la moitié du travail »

Aujourd’hui, il travaille avec une compagnie pour les tout petits, le théâtre Buissonnier, avec un orchestre, le Bringuebal, un quartet de tango, le Tangoléon et… en solo avec sa grand-mère, comprenez sa contrebasse. C’est avec elle qu’il a découvert le bonheur de faire des concerts d’appartements. « C’est super ! On vient gratuitement, il y a une vingtaine ou une trentaine de personnes, le concert dure une heure et on fait passer le chapeau. Ensuite, on partage ce que les gens ont apporté. En fait on reproduit la veillée ancestrale… »


Mathieu écrit de plus en plus et se dit qu’il a trouvé sa voie. « J’ai toujours été à la marge et le fait d’écrire m’a fait grandir. Et puis, ma contrebasse fait la moitié du travail », sourit-il. Il faut dire qu’elle est belle, d’autant qu’elle a été fabriquée au début du siècle précédent à… Mirecourt. Il repart avec elle, lui tout fin, elle gironde et bien à l’abri dans son étui à roulette. Sacrée grand-mère !


Benoît Lagarrigue



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Djamel Khames, habitant de Saint-Denis, a assisté le 26 mars au concert de Mathieu Barbances à Folies d'encre, lequel lui a inspiré le texte publié ci-dessous.



Mathieu Barbances, un artiste sincère

Sans tambour ni trompette. Mathieu Barbances – compositeur, parolier et interprète – s'est produit le 26 mars dernier avec une contrebasse pour seule compagne, en un lieu, Folies d'encre, plutôt habitué à donner à lire. Une première réussie, à renouveler.


Le public, une quarantaine, peut-être une cinquantaine de personnes, du plus jeune âge au plus avancé, est au rendez-vous. Ce soir, Mathieu livre son premier concert solo dans un cadre, une librairie, parfaitement adapté aux connotations littéraires des chansons.


Sa contrebasse ? Il la pince des doigts, la caresse à l'aide d'un archet ou, parfois, la tambourine des mains… À l'évidence, elle tient un rôle de premier plan. De son instrument, que l'embonpoint rend très présent mais avec lequel Mathieu vit une relation charnelle, sort des mélodies et des rythmes qui donnent parfois envie de bouger. « Moi et ma contrebasse » nous rappelle l'univers esthétique de Nougaro. L'artiste dionysien dévoile évidemment une inspiration plus riche, allant d'Aristide Bruant et d'Yvette Guilbert, initiateurs des textes chantés dans les cabarets, à Brassens et consorts. Chaque chanson, petite ou grande, raconte un fragment de vie, toujours empreint d'autodérision. Jamais de colère. Mathieu est la démonstration vivante que la banlieue populaire ne produit pas rap et slam exclusivement, eussent-ils leur mérite aussi.


L'envie de créer une œuvre personnelle à 40 ans lui démangeait l'esprit et les doigts. Le résultat, testé place du Caquet, est heureux. La salle applaudit longuement chacune des prestations, quand elle ne reprend pas en chœur certains refrains. L'expérience du spectacle acquise auprès des compagnies Jolie Môme ou Tangoleon, auxquelles il collabore, montre son utilité car chanter et jouer d'un instrument ne suffit pas. En effet, il faut aussi communier avec la salle. Et là, Mathieu a fait mouche malgré la simplicité des gestes et une économie de moyens. C'est la marque de la sincérité.


Djamel Khames

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