En ville

Le Monde diplo en débat post-attentats

À l’initiative de la Dionyversité, la Belle Étoile accueille les Amis du Monde diplomatique de Saint-Denis. Pour cette première, Benoît Bréville, rédacteur en chef adjoint et auteur de l’article à la base du débat, sera présent.
L’article du Monde diplomatique de février 2015 signé Benoît Bréville sur lequel s’appuiera le débat
L’article du Monde diplomatique de février 2015 signé Benoît Bréville sur lequel s’appuiera le débat


Mardi 10 mars, la Belle Étoile accueillera la première rencontre des Amis du Monde diplomatique de Saint-Denis. À cette occasion, Benoît Bréville, rédacteur en chef adjoint, viendra débattre du dossier "Attentats de Paris, l’onde de choc", que le mensuel a publié en février, et particulièrement de son propre article "Islamophobie ou prolophobie".


Son texte est particulièrement intéressant en ce qu’il délaisse l’approche ethnoculturelle, qui définit les groupes sociaux selon leurs origines ou leurs religions, au profit d’une lecture essentiellement sociale. Bréville, en traçant une brève histoire de l’immigration en France, souligne que c’est la condition sociale qui « détermine puissamment la perception des migrants comme celle de leurs descendants, par le truchement du bouclier institutionnel qu’elle procure aux uns et dont elle prive les autres ».


À partir de la crise économique en 1975, « des événements qu’on analysait autrefois de manière sociale sont désormais abordés selon un biais ethnique ». Après l’élection de Mitterrand, le « filon national-sécuritaire » (G. Noiriel) est exploité sans relâche par la presse de droite. Ce discours se teinte même d’une coloration religieuse au moment des grèves dans l’industrie automobile. 


Quant à la gauche, en reprenant, de manière inversée, le discours culturaliste de la droite, elle contribue à déplacer le regard de la lutte pour l’égalité à celle contre les discriminations et vide ainsi le débat de son contenu social. « Or, le sentiment d’appartenance à une “communauté” arabe ou musulmane n’est pas une donnée naturelle », note Bréville. « Il se construit au fil des politiques publiques. »


« Si les Noirs et les Arabes sont discriminés, est-ce essentiellement en fonction de leur couleur de peau ou bien en tant que pauvres ? »


Cette idée que les populations arabe et noire posent un problème inédit dans l’histoire de l’immigration a progressivement gagné l’ensemble du spectre politique et divise même la gauche radicale. Pourtant, « si les Noirs et les Arabes sont discriminés, est-ce essentiellement en fonction de leur couleur de peau ou bien en tant que pauvres ? » Prenant la précaution de rappeler que « la frontière entre ces variables n’est pas étanche » et que « les discriminations raciales s’ajoutent aux inégalités sociales pour les renforcer, rendant ces deux problèmes indissociables », Benoît Bréville conclut que « le choix d’insister sur tel ou tel critère – la couleur de la peau ou l’appartenance aux classes populaires – est à la fois politique et stratégique » et « participe de la définition des fractures de la société française ».


C’est à l’initiative de l’université populaire de la Dionyversité que s’est formée l’amicale dionysienne des Amis du « Diplo » où se retrouvent des militants associatifs de Saint-Denis. La Compagnie Jolie Môme, qui a déjà collaboré avec le Monde Diplo dans le cadre de son spectacle sur la Première Guerre mondiale, accueille dans son théâtre de la Plaine cette soirée de lancement. Pour Benoît Bréville, historien de formation, ce sera l’occasion de retrouver l’un de ses terrains de recherche : en 2011, sa thèse comparait la politique de la ville à Hochelaga-Maisonneuve (Canada) et à Saint-Denis.


Sébastien Banse


Mardi 10 mars de 19 h à 22 h, à la Belle Étoile (14, rue Saint-Just).