Cultures

Laurent Mareschal veut y voir clair

Depuis novembre, l’artiste, en résidence à Synesthésie, poursuit ses recherches sur la nuit, l’obscurité, le noir… Et a notamment entraîné des enfants de deux centres de loisirs dans sa sombre, mais ludique, quête.
Laurent Mareschal a invité les enfants à par exemple dessiner ou écrire leur nom les yeux fermés
Laurent Mareschal a invité les enfants à par exemple dessiner ou écrire leur nom les yeux fermés


Qu’est-ce qu’on voit quand on ne voit rien ? Que ressent-on dans l’obscurité ? Comment perçoit-on la nuit ? C’est à ces questions, entre autres, que veut répondre Laurent Mareschal lors de la résidence artistique que Synesthésie lui propose actuellement. Clair Obscur, c’est son nom, a démarré en novembre 2014 et doit s’achever par une restitution en mai prochain à Saint-Denis. 


« Laurent Mareschal est un artiste que je connais depuis longtemps. J’aime sa manière de donner à son travail des formes différentes en fonction de l’objet de sa recherche », témoigne Anne-Marie Morice, la directrice de Synesthésie. Et cette recherche sur la nuit lui semble digne d’intérêt ici même. « Cette idée est intéressante dans le contexte de Saint-Denis et de la Seine-Saint-Denis car d’une part la nuit est souvent associée à la peur mais aussi parce que beaucoup de gens travaillent la nuit », ajoute-t-elle.


D’où vient ce projet ? « Un photographe slovène aveugle a dit que la photo est plus une projection mentale qu’un cadrage de la réalité. C’est là mon point de départ », indique Laurent Mareschal. Dès lors, il s’est intéressé à tout ce qui a trait à l’obscurité et à la nuit, que ce soit en terme d’activités, de travail, d’expressions artistiques, « mais aussi auprès de scientifiques comme les astrophysiciens ou d’artisans comme les boulangers », précise-t-il.


« Je leur ai proposé de découvrir d’autres sens que la vue,
qui accapare en moyenne 80 % de notre espace sensoriel »

L’artiste a également mené des ateliers « Les yeux fermés » à Saint-Denis auprès des enfants des centres de loisirs Sembat et Sorano. « Je leur ai proposé de découvrir d’autres sens que la vue, qui accapare en moyenne 80 % de notre espace sensoriel », explique-t-il. Il les a fait toucher des matières les yeux fermés en leur demandant de décrire les sensations éprouvées, dessiner les yeux bandés ou encore écrire leur nom dans la même situation. 


« Ils se sont rendus compte qu’écrire leur nom était bien plus facile que dessiner car cela procède d’un certain automatisme, alors que le dessin dans ces conditions va vers une étonnante forme d’abstraction. J’essaye de les rendre sensibles aux autres sens que la vue, et de leur faire nommer les choses », poursuit-il.


Pour approfondir sa recherche, Laurent Mareschal va à la rencontre de nombreux témoins : des astrophysiciens à l’Observatoire de Haute Provence en janvier et il est actuellement au Maroc où il a rendez-vous avec un gardien du phare de Casablanca… L’obscurité n’a pas de frontière et c’est à ce prix qu’elle se dévoile.


Benoît Lagarrigue