Portrait

Georgy Demurashvili / Dentiste sans frontières

Il est né en Sibérie, a obtenu son doctorat en chirurgie dentaire en Russie, est venu se perfectionner en France, a enseigné à Paris 5. Et créé le Centre médical et dentaire Elise à Saint-Denis.
GEORGY DEMURASHVILI
GEORGY DEMURASHVILI


« Je suis né en 1983 à Irkoutsk, en Sibérie, près du lac Baïkal. Mes parents étaient étudiants, ils m’ont confié à ma grand-mère, à des milliers de kilomètres de là, en Géorgie. Jusqu’à mes 5 ans, c’est elle qui m’a élevé », raconte Georgy Demurashvili. « On était à la campagne. À l’école, on pouvait toucher les vaches par la fenêtre, s’amuse-t-il. Si on m’avait dit alors que je deviendrais enseignant en chirurgie dentaire à l’université Paris Descartes… » En 1988, ses parents le ramènent en URSS avant que son père, ingénieur, ne soit envoyé à Cuba. « Je suis resté un an là-bas. À la chute de l’URSS, la Géorgie a pris son indépendance, on est restés en Russie. »


Il obtient son bac à 16 ans et intègre l’académie de médecine de Tver, près de Moscou. Après son doctorat, il veut se perfectionner à l’étranger. L’université Paris 5 l’accueille en troisième cycle. En résidence étudiante, boulevard Masséna, Georgy découvre la France, qui devient sa terre d’adoption. Il décroche trois certificats d’études supérieures, ses enseignants le repèrent. « De grands professeurs, qui ont fait beaucoup dans le domaine des prothèses dentaires : Michel Poster, Marcel Bégin, Danielle Buch… C’est Jean-Marie Rignon-Bret qui m’a proposé de passer le concours d’assistant associé », dit-il avec fierté. En 2005, à son tour, il commence à enseigner.


« Ici, j’ai senti qu’on voulait que je reste »

Avec l’équipe du Dr Mithridade Davarpanah, chef de service à l’Hôpital américain de Neuilly, il continue la recherche, contribue à élaborer de nouvelles techniques. Il publie dans l’éminente revue scientifique Clinical Implant Dentistry & Related Research.En 2012, aux côtés des Drs Davarpanah, Szmukler-Moncler et Rajzbaum, il fait partie des auteurs des 650 pages du Manuel d’implantologie clinique, référence de la discipline.


En 2012, son contrat à l’université approche du terme. Son conseiller clientèle à la banque lui parle de prêt immobilier. Une idée vient à Georgy : emprunter pour monter un centre de santé. Mais où ? Il cherche l’endroit propice à Clamart, Clichy, Villejuif… À Saint-Denis, Michèle Meloteau, de Plaine Commune Habitat, lui propose un local à deux pas du RER et du tramway. La mairie, PCH, l’ARS, la Fédération nationale des Centres de santé l’aident à monter le projet. « Ici, j’ai senti qu’on voulait que je reste. » Mais le devis des travaux dépasse le montant du crédit. Il obtient un prêt du Réseau Entreprendre 93, une subvention de la Région. 


« Les gens qui préparent les examens utilisent les livres auxquels j’ai participé »

La BNP lui fait crédit. En novembre 2014, le Centre médical et dentaire Elise ouvre ses portes. Parmi les dentistes, plusieurs de ses anciens étudiants. Seul problème : le docteur Demurashvili, malgré ses publications et presque dix ans à l’université Descartes, n’a pas le droit d’exercer en France. Une question d’équivalence, « absurde ». « Les gens qui préparent les examens utilisent les livres auxquels j’ai participé », regrette-t-il. « Je veux partager ce que j’ai appris, et former mes étudiants qui viennent travailler ici. Je ferai tout ce que je peux pour exercer, parce que j’aime mon métier. Lorsqu’on lutte pour quelque chose de juste, on y arrive. »


En 2012, Georgy a obtenu la naturalisation – là non plus, pas sans quelque tracasserie administrative. Quant à son pays d’origine, il n’y est pas retourné depuis treize ans. « L’année où ma grand-mère est morte », glisse-t-il. « Elle s’appelait Elise, c’est son nom que j’ai donné à mon centre. »


Sébastien Banse



Réactions

bonjour et bonne annee 2018 a tous se priver des competences de ce brillant docteur avec autant travaux de recherches et publications dans des revues scientifiques reconnues et contribution a l ouvrage la bible de l implotologie clinique est une absurdite absolue du chauvenisme administratif je salus le brillant docteur et son courage et sa volonte a vouloir ateindre l excellance dans ses oeuvres