Sports

Le sport, c’est aussi du cinoche

Pour ses 80 ans, du 9 au 14 décembre, la Fédération sportive et gymnique du travail organise des rencontres cinématographiques autour de films anciens et récents.
Lydia Martins Viana, la co-présidente de la FSGT à côté de l’affiche du Festival international du film sportif
Lydia Martins Viana, la co-présidente de la FSGT à côté de l’affiche du Festival international du film sportif


Quel sport pour quelle société ? C’est à cette question que va s’efforcer de répondre le Festival international du film sportif organisé par la FSGT. La Fédération sportive et gymnique du travail fête cette année ses 80 ans, des décennies de lutte pour le sport et par le sport. Le festival, du 9 au 14 décembre, se déroulera entre l’Écran à Saint-Denis, le cinéma Jacques-Tati à Tremblay-en-France et le Ciné 104 à Pantin et présentera le sport « dans tous ses états ». 

Une rencontre entre cet univers et le 7e art pour mieux distiller le message de la fédération : considérer l’activité physique comme une pratique culturelle à part entière.« Dans notre société, le sport est vu soit comme un spectacle soit comme un divertissement, explique Lydia Martins Viana, la co-présidente de la FSGT. Mais pour nous il peut-être synonyme d’émancipation de l’individu. Le sport, c’est un vecteur des valeurs mais dans certaines conditions. » Des conditions pas toujours réunies tant les enjeux financiers régissent le monde sportif. 

Foxcatcher, qui pointe les dérives du sport et la manipulation des athlètes

Le festival propose de sortir de ce carcan avec une sélection de films, anciens ou très récents, abordant différentes thématiques. Avec par exemple l’avant-première du bouleversant Foxcatcher, projeté mardi soir à l’Écran en ouverture du festival. Un long-métrage réalisé par Bennett Miller, récompensé pour sa mise en scène à Cannes et qui pointe les dérives du sport et la manipulation des athlètes.

Le handicap est lui aussi abordé avec De toutes nos forces de Niels Tavernier. Le film raconte l’aventure d’un père et de son fils qui concourent à l’Ironman, un triathlon aussi célèbre que difficile. Le père, interprété par Jacques Gamblin, fuit ce fils atteint d’un handicap dont la mère surprotectrice est jouée par une impeccable Alexandra Lamy, « une leçon de vie magnifique », selon Lydia. Les dérives du sport (Plus dure sera la chute, de Mark Robson), les illusions et rêves qu’il génère (Comme un lion, de Samuel Collardey), le terreau social et culturel qu’il façonne (avec le puissant My name is Joe de Ken Loach) sont autant d’éléments offrant un regard plus profond et conscient sur le sport, redéfinissant ses contours.


Le choix d’organiser ce type d’événement à Saint-Denis n’est pas anodin. Lydia Martins Viana le reconnaît, cette ville possède un lien particulier avec la fédération. « Nous souhaitions que le festival intéresse les Dionysiens, nous avons d’ailleurs travaillé étroitement avec le Sdus et l’Office des sports, précise-t-elle. Il existe un lien historique avec Saint-Denis, le secrétaire général de la FSGT était Auguste Delaune. Il y a aussi le cinéma associatif l’Écran. Puis nous nous sommes également orientés vers les cinémas de Pantin et de Tremblay-en-France dont le député-maire est directement concerné par les Olympiades oubliées (lire Éclairage) car il est fils de républicains espagnols sociétaires de la FSGT. »

De nombreux réalisateurs comme Niels Tavernier, Patricia Mazuy et Fred Poulet, des athlètes comme le footballeur Vikash Dhorasso et l’universitaire Jean Ortiz, viendront débattre après les projections afin d’alimenter une réflexion commune autour du sport. « On n’est pas non plus une association de contestation même si on dénonce les dérives. L’argent était un moyen, maintenant il est la fin, analyse Lydia, pragmatique. On dénonçait çadans les années 70 et même depuis les années 30, mais la FSGT a toujours proposé des alternatives pour aller au-delà de la critique. » 

Maxime Longuet

Éclairage

1936, les Olympiades oubliées

En réponse aux JO de Berlin de 1936 organisés par l’Allemagne nazie d’Adolf Hitler et pour symboliser le rejet de la politique raciste du dictateur, des contre-jeux devaient se tenir à Barcelone en juillet 1936. Des milliers d’athlètes venus de 23 pays auraient dû y participer. Mais l’histoire en a décidé autrement. 

« Les athlètes français et d’autres pays se sont retrouvés à Barcelone mais, au matin du coup d’envoi, le général Franco a fait son coup d’État, explique Lydia Martins Viana, la co-présidente de la FSGT. Certains sportifs français ont même décidé de prendre les armes aux côtés des républicains espagnols. » La FSGT a coordonné la participation française à ces jeux. « On critiquait les Jeux de Berlin, fascistes, mais en proposant un autre événement. C’est une histoire trop méconnue à cause de la pensée dominante. » Et d’une schizophrénie de l’État : la France avait soutenu la délégation française aux Olympiades de Barcelone mais aussi ceux de Berlin… Denis Masseglia, président du Comité national olympique et sportif français, sera présent pour la projection de ce documentaire réalisé par Ariel Camacho et Laurent Guyot. 

M.Lo