En ville

L’empowerment, le pouvoir aux citoyens ?

Milan Taylor, fondateur d’une association pour impliquer les jeunes de son quartier de New York dans la vie civique, et Donovan Richards Jr., conseiller municipal du 31e district, ont tenté de définir par l’exemple ce concept.
D. Richards Jr., conseiller municipal du 31e district de New York, au micro, le vendredi 10 octobre à la bourse du travail
D. Richards Jr., conseiller municipal du 31e district de New York, au micro, le vendredi 10 octobre à la bourse du travail

C’est une langue de terre qui avance sur l’océan, parallèle au continent. Au sud de l’arrondissement du Queens, à New York, face aux pistes de l’aéroport JFK, la péninsule de Rockaway protège naturellement la Baie de Jamaïque des tempêtes de l’Atlantique. À l’ouest, les Blancs, dans les luxueux pavillons du bord de mer. À l’est, les Noirs pauvres, relégués dans les grands ensembles de ce quartier périphérique. 

« C’est un défi de grandir là, parmi les stéréotypes », raconte Milan Taylor, 25 ans. En 2011, il a fondé la Rockaway Youth Task Force (RYTF), une association pour impliquer les jeunes du quartier dans la vie civique. « On voulait faire changer les choses. À l’époque, on ne savait pas encore comment. » 

Le 28 octobre 2012, l’ouragan Sandy frappe New York. Cinq mètres d’eau submergent le front de mer. Des maisons sont emportées. La ligne de métro reliant Rockaway à Manhattan est rompue. Plusieurs jours durant, les habitants de la partie pauvre attendent les secours. Les membres de l’association organisent alors collectes et distributions de nourriture, et reconnectent, par les réseaux sociaux, la péninsule à la métropole. 

« Ils ont transformé une crise en opportunité », témoigne Donovan Richards Jr., conseiller municipal du 31e district de New York, qui connaît Milan Taylor depuis sept ans. Ce membre du Parti démocrate, élu en 2013, a décidé de laisser ses administrés décider de l’utilisation d’un million de dollars de fonds discrétionnaires. Pendant un an, les habitants se sont réunis, ont débattu, voté. Les cinq projets les plus pertinents ont été financés.

S’émanciper des institutions

Les deux New Yorkais étaient à la bourse du travail, vendredi 10 octobre, au sein d’une délégation venue des USA pour participer au forum organisé par l’association Muse D.Territoires sur « l’empowerment » (de l’anglais power, le pouvoir. Le fait d’en être investi). Rejoints au cours de la discussion par Myriam El Khomri, nouvelle secrétaire d’État à la Ville, les deux Américains ont tenté de définir par l’exemple ce concept dont François Lamy, prédécesseur de Mme El Khomri, s’était saisi. 

Aux yeux de ses détracteurs,« l’empowerment » est un moyen pour l’État de se désengager. Pour ses promoteurs, c’est une opportunité pour les citoyens de s’émanciper des institutions et d’imposer leurs priorités. Aux États-Unis, où les services publics sont historiquement plus restreints, c’est une nécessité.

Les intervenants ont souligné le rôle du rapport de forces. Ainsi, après avoir donné, la première année, ce million de dollars à la moitié la plus déshéritée de sa circonscription, Donovan Richards a décidé, l’année suivante, d’en faire bénéficier l’autre moitié, par souci d’équité. « Milan et ses amis en ont profité pour faire un peu d’agitation », s’amuse-t-il. 

Les membres de RYTF ont envahi le bureau de M. Richards et créé un blog pour dénoncer son action. Les parties ont fini par se réconcilier autour d’un compromis. Le principe de l’alternance a été conservé, mais les pétitionnaires ont obtenu un financement supplémentaire pour quelques projets qui n’avaient pas été retenus. 

« Nous arrêter à ce moment, ça aurait été comme arrêter un train en marche », se justifie Milan Taylor. « Alors on a fait du bruit. Et, tout en le faisant, on a appris à mener une mobilisation ». « - À mes dépens », sourit Donovan Richards. 

John St. Croix

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