En ville

Trouver un auxiliaire de vie scolaire, quelle galère !

La Maison départementale des personnes handicapées a beau accorder aux parents l’aide d’un AVS pour leur enfant, l’Éducation nationale n’en recrute pas…
De nombreux enfants attendent l'arrivée d'une AVS pour reprendre le chemin de l'école.
De nombreux enfants attendent l'arrivée d'une AVS pour reprendre le chemin de l'école.


Elle est en colère, cette dame qui arrive au Journal en provenance directe des l’inspection de l’Éducation nationale, à l’étage d’en dessous. Elle sort à l’instant du bureau de la référente handicap, qui vient de lui annoncer qu’on n’avait pas trouvé d’AVS (auxiliaire de vie scolaire) pour son fils, 4 ans et demi. Pourtant, la dame étale la notification de la MDPH (Maison départementale des personnes handicapées), qui en accorde un à son enfant. Une semaine déjà que la rentrée a eu lieu… « L’AVS précédente était très bien, mais l’Éducation nationale ne l’a pas renouvelée. »


Selon la loi du 11 février 2005, c’est la MDPH qui statue sur les dossiers et oriente les enfants : scolarisation dans l’école de quartier, soit au sein d’une classe ordinaire soit en CLIS (Classe pour l’inclusion scolaire), ou bien dans un établissement spécialisé (Institut médico-éducatif). Dans le premier cas, si la MDPH juge qu’un enfant a besoin d’un AVS, c’est à l’Éducation nationale de le recruter. C’est là que le bât blesse.


« Le métier n’est pas valorisé du tout »

« Le métier n’est pas valorisé du tout, on n’a aucun statut », témoigne Amina, AVS depuis quatre ans dans une classe de CLIS de Saint-Denis. « En principe, ils recrutent au bac. Mais je connais des AVS qui n’ont pas de diplôme. Ce n’est qu’au bout de deux ans que j’ai reçu une formation collective, que j’ai trouvée inutile : ce qu’on nous disait n’avait rien à voir avec la réalité de notre métier. » Amina fait 18 heures par semaine, pour un salaire qui oscille entre 610 et 689 €/mois. « Ils ne veulent pas augmenter mes heures, même si les parents et les profs référents sont d’accord. C’est dommage, regrette-t-elle, mais l’Éducation nationale n’a pas les crédits. »


Elle ajoute qu’en CLIS non plus, les enseignants ne sont pas formés à la prise en charge spécifique du handicap. Il y avait bien les maîtres « E » ou « D », formés à l’aide spécialisée, mais qui sont en voie de disparition. Une réforme toute récente a créé la possibilité pour les AVS d’être recrutés en CDI – au bout de six ans de CDD ! – et de recevoir une formation. C’est un progrès certain, mais Amina n’en profitera pas. Malgré son affection pour ce métier et son expérience, elle ne rentre pas dans les critères des Contrats uniques d’insertion (CUI-CAE).


Cette précarisation du métier explique en partie les difficultés de recrutement, qui pénalisent les enfants et les parents. D’autant plus que certains enseignants, démunis face au handicap, exigent souvent un AVS pour admettre l’enfant en classe.


Et quand les enfants, passé un certain âge, son orientés vers les établissements spécialisés, le parcours du combattant s’intensifie. « Mon fils n’est pas violent, mais il est dans son monde, il ne fait pas les choses comme les autres gamins, explique la maman d’un garçon de 7 ans. On m’a conseillé de le placer dans une école spécialisée, mais c’est plein, on est sur liste d’attente. » « C’est le cas dans la plupart des établissements du département, ajoute Caroline Bonnot, chargée de mission handicap à la mairie. Dans un IME du département pour les 10-20 ans, il y a 20 places et 70 personnes en liste d’attente… »


Sébastien Banse