Portrait

Claire Kito, traces de vie

Elle enseigne son art à l’académie de peinture orientale de Paris, sur lequel elle vient de coécrire un ouvrage ; et elle possède un atelier à Saint-Denis, rue de Strasbourg.
CLAIRE KITO
CLAIRE KITO


Dialogues de l’encre et du pinceau. C’est le titre du livre qu’elle vient de coécrire (1) et ce pourrait être sa devise. « Ce livre retrace l’histoire de l’académie de peinture orientale de Paris, fondée par le Coréen Ung-No Lee, mais il est aussi à la fois un guide d’enseignement de la calligraphie orientale et une ouverture sur les possibilités de cet art », explique-t-elle dans son atelier de la rue de Strasbourg.


Claire Kito, née à Rodez, a grandi à Paris mais fut initiée à la peinture par un oncle aquarelliste dans l’Aveyron. « Je l’ai toujours vu un carnet de croquis à la main et c’était pour moi un rêve », se souvient-elle. Dès 15 ans, elle « croque » donc la place des Vosges puis, bac scientifique en poche, refuse science et médecine pour le dessin. Elle intègre l’école supérieure d’Arts appliqués Duperré à Paris puis, après un BTS de création publicitaire, travaille dans de petites agences (« mais la pub ce n’était pas mon histoire ! ») et collabore avec plusieurs villes de banlieue pour des affiches culturelles.


Nous sommes au début des années 1980 et la période est foisonnante pour Claire : elle passe licence et maîtrise d’Arts plastiques à Paris 1, fait du théâtre au Théâtre Présent de La Villette, participe à la réalisation de la maquette du projet d’emballement du Pont-Neuf par Christo, séjourne régulièrement en Équateur où elle découvre la culture d’Amérique latine, revient en France et obtient un atelier à la Cité internationale des arts à Paris où elle développe son travail de peintre. « Tout cela m’a nourrie », dit-elle.


C’est à ce moment là qu’elle rencontre la calligraphie et la peinture à l’encre de Chine, auprès du maître coréen Ung-No Lee au musée Cernuschi. Une révélation. Elle qui n’a jamais quitté son carnet de croquis voit des portes s’ouvrir, des possibilités nouvelles pour son art. « Cette rencontre me correspondait totalement. Et ce travail m’a envoûtée. Il y a un lien étroit avec l’aquarelle : le travail à l’eau, le geste qui apparaît sur le papier blanc, qui doit être juste car il n’y a pas de retouche possible, confie-t-elle. Pour moi, la calligraphie est une approche du monde, elle a changé mon rapport à celui-ci. »


C’est en 1991 qu’elle arrive à Saint-Denis, qu’elle connaissait déjà pour avoir travaillé pour le Festival de Musique (l’affiche de 1989), le cinéma l’Écran, le musée, la médiathèque, les archives de la ville… C’est là qu’elle poursuit sa voie, participant à différentes expositions et manifestations culturelles à Saint-Denis (Corps dé-placés en 2003, Visages avec Yves Adler en 2013 notamment) mais aussi à Paris, en Corée (biennales internationales de la calligraphie), New York (Art of ink in America), Naples, Pékin… Elle enseigne aujourd’hui à l’académie de peinture orientale de Paris, « là où j’ai été formée », sourit-elle, et travaille régulièrement avec le groupe Moukki. « Cela veut dire l’esprit de l’encre en coréen. »


Mais Claire revient sans cesse vers ce qui la passionne au plus profond d’elle même : les gens. « Je continue mes croquis dans la rue, dans le métro. J’aime observer les gens qui marchent, s’arrêtent, les visages, les mouvements de la foule… Je suis fascinée par l’être humain et ses facettes innombrables. » Le dessin comme un dialogue.

Benoît Lagarrigue


(1) Dialogues de l’encre et du pinceau, la tradition, source de nouveauté, par Christine Dabadie-Fabreguettes et Claire Kito (112 pages, une centaine de reproductions d’œuvres, 25 €) aux éditions You Feng.