En ville

Le projet de métropole du Grand Paris particulièrement contesté (actualisé)

La toute nouvelle proposition défendue par les députés socialistes d’une intercommunalité géante entrainant la disparition des agglomérations existantes sur un territoire englobant Paris et les trois départements de la petite couronne est dénoncée par de nombreux élus qui mettent en avant le manque de démocratie et le dessaisissement des villes et des acteurs de terrain. Plaine commune tient un conseil public extraordinaire le 10 juillet.
Michel Teulet, Jean-Marc Nicolle, Patrick Braouezec, Pierre Mansat, Paola Vigano et Christian de Portzemparc urbanistes jeudi soir au 104 à Paris
Michel Teulet, Jean-Marc Nicolle, Patrick Braouezec, Pierre Mansat, Paola Vigano et Christian de Portzemparc urbanistes jeudi soir au 104 à Paris


La commission des lois de l’Assemblée nationale le 3 juillet a-t-elle voulu jouer aux apprentis sorciers ? En tout cas, « C'est vraiment un putsch parlementaire », s’est réjoui le député socialiste Jean-Marie Le Guen. Et le président de la Région, le socialiste Jean-Paul Huchon, dans un communiqué presque aussi joyeux estime qu’avec cette métropole annoncée « la petite couronne va bénéficier d’un nouvel outil opérationnel susceptible d’intervenir efficacement dans le domaine de l’aménagement, de l’environnement et du logement ». A partir du 16 juillet l'Assemblée doit débattre de cette hypothèse de métropole géante, dirigée par un conseil de 240 membres où siègeront les maires (par exemple 4 représentants et pas plus pour Saint-Denis).


Pas du tout d’accord, réplique le président de l’agglomération Plaine commune (410 000 habitants) Patrick Braouezec (Front de gauche), qui voit là « un projet de rencentralisation » Pour lui, les « communes sont les plus visées car une grande partie des décisions stratégiques va leur échapper ». A droite on ne rit pas non plus, et pour le sénateur des Hauts de Seine Roger Karoutchi, « ce texte est une usine à gaz » dans laquelle les villes se verront retirer « une grande partie de leurs pouvoirs en matière de logement, aménagement, hébergement d'urgence, transition énergétique… » et il parle de futures «maires potiches».


La volonté de création d’agglomérations n’est pas toute nouvelle, et sur le principe tout le monde peu ou pro s’accordait. Mais le gouvernement a appuyé sur l’accélérateur ces dernières semaines, ce qui se traduit par exemple en Provence par la création de « Marseille métropole » qui va regrouper 116 localités alors que 109 maires, de toutes sensibilités politiques, sont signataires de textes qui s’opposent à un tel regroupement.


En Île-de-France, la première mouture du texte concerne 124 communes et les quatre départements centraux d’Île-de-France, Paris, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne, Hauts-de-Seine. Toutes les agglomérations actuelles seraient gommées et remplacées par des « conseils de territoire » sans identité juridique, donc sans compétences réelles, saufs celles délégués par la métropole. Et les départements pourraient aussi à terme être vidés de toute substance.


Et pour Patrick Braouezec, « c’est nier tout le travail fait depuis trois ans à Paris métropole (qui regroupe plus de 200 collectivités franciliennes) et aussi le travail des agglomérations. Il est vrai que l’on avait du retard sur la question des l’intercommunalités dans notre région, mais on avançait sur ce projet, dans le respect de chacun, sur de vraies dynamiques de développement, des cohérences, des mutualisations de services, des solidarités entre territoires… Nous avons là devant nous un vrai schéma de recentralisation. Les communes auront des pouvoir réduits, et c’est tout sauf démocratique ».


« De plus, peste Patrick Braouezec, cette métropole, nous dit-on, devrait être créée au 1er janvier 2015. Je ne sais pas comment on va faire d’ici là pour détricoter ce que l’on a construit en 15 ans. Et les questions sont multiples. Quel est par exemple le sens des CDT (contrats de développement territorial) que les agglomérations signent avec l’État si demain ces agglomérations n’existent plus ? Dans ces CDT il y a un engagement fort pour la construction de milliers de logements… Franchement, on ne comprend pas ».


Cette tonalité s’est aussi fait entendre jeudi soir (le 4 juillet) lors d’un débat de Paris Métropole au 104. Plusieurs centaines de personnes étaient présentes dans ce beau lieu des anciennes pompes funèbres municipales de la capitale pour débattre à l’origine sur le thème « demain quel Grand Paris Métropole», dans le cadre de l’exposition en cours signée par l’Atelier international du Grand Paris. Si Jean-Marc Nicolle délégué (PS) du conseil régional a tenté de convaincre en parlant de « la nécessité de construire un système efficace », Michel Teullet conseiller général (droite) de Seine-Saint-Denis et président de l’association des maires d’Île-de-France, a souligné «le rôle essentiel des maires, élus de proximité, alors que cette métropole sera quelque chose de lointain».


Quant à Pierre Mansat (Front de gauche), adjoint au maire de Paris, il s’est aussi interrogé : « que deviennent ceux qui ont construit des projets pendant des années » ? Plusieurs urbanistes et architectes présents ont aussi dit leur pessimisme, comme Christian de Portzamparc : « on perd là l’intelligence du local».


« Comment poursuivre le travail engagé » demande Patrick Braouezec. Vendredi matin, il a précisé : «en créant un monstre technocratique (…) les premières victimes en seront les couches populaires. La métropole du Grand Paris n’est pas polycentrique, elle impose une vision unique de la métropole en rendant invisible la diversité des expériences, des richesses et des souffrances que vivent ces territoires au quotidien. Cette loi les rend passifs en les dessaisissant de leur pouvoir d’agir. C’est la banlieue populaire, ses conquêtes pour le droit à la ville que l’on veut étouffer pour faire taire sa revendication à une métropole solidaire où chacun a droit à la centralité ».

Gérald Rossi


Conseil communautaire extraordinaire

A la suite des annonces du projet de disparition des agglomérations et de la création d'une grande métropole, Plaine commune organise une séance publique extraordinaire du conseil communautaire, mercredi 10 juillet à 19h à l’auditorium du Stade de France sur le thème de  « l’avenir de plaine commune dans la  métropole du Grand Paris ».


Bertrand Delanoë : garder les intercommunalités

Pour le maire de paris, selon Sibylle Vincendon de Libération, il serait très dommageable de supprimer les intercommunalités dans la petite couronne. Dans une adresse à ses camarades socialistes, Bertrand Delanoë qui confirme qu'en mars 2014 il ne "sera plus élu local", explique: "attention, regardez bien. Les intercos ça marche bien et le temps est court".