En ville

La transition énergétique, ça urge, mais ça coûte !

60% des logements du territoire de Plaine commune nécessiteraient des travaux de mise aux normes environnementales, a-t-on entendu au débat qui a suivi l’inauguration de l’Agence locale de l’énergie et du climat le 18 avril à Saint-Denis.
Lors de l'inauguration du local dionysien au 8 rue des Boucheries
Lors de l'inauguration du local dionysien au 8 rue des Boucheries


Comme une trentaine de collectivités locales avant elle, Plaine commune vient d’inaugurer à Saint-Denis son Agence locale de l’énergie et du climat (ALEC). Dans le local, où ils ont emménagé voici deux mois, ses cinq salariés ont ainsi accueilli ce 18 avril les adhérents de l’Agence. Ademe, Région, Département, EDF, GDF-Suez, etc., ils sont aujourd’hui dix à la financer.


Également présents, des petits propriétaires, premiers « clients » de l’ALEC. « On est rue des Ursulines dans un immeuble de 34 appartements qui date de 1970, raconte Elisabeth. On a d’importantes factures d’énergie. On est très inquiets à cause des deux vieilles chaudières qui sont d’origine. » La copropriété vient de signer une convention avec l’ALEC, qui va la conseiller gratuitement sur une durée d’un an, pour l’établissement d’un audit, l’analyse des devis, etc., et l’étude des financements. « Mais si on n’a pas d’aide, il ne se passera pas grand-chose », s’inquiète-t-elle.


Cette question pécuniaire est d’ailleurs revenue avec force lors du débat qui a suivi, salle de la Légion d’honneur, sur « La transition énergétique à Plaine commune ». « Ceci est une déclinaison locale du débat national qui débouchera sur une loi cadre fin 2015 », précisera Michel Bourgain, vice-président de Plaine commune, chargé de l’environnement, et à ce titre président de l’ALEC.


Bernard Laponche, expert indépendant, de l’association Global Chance, démontrera l’urgence de cette transition. L’énergie consommée aujourd’hui dans le monde est produite à 87% avec des combustibles fossiles, pétrole, charbon, gaz et uranium, dont les stocks s’épuisent. Même si la consommation en est stabilisée depuis trente ans dans les pays développés, « en 2050, avec 9 milliards d’habitants, il nous faudrait quatre planètes ! ».

En France, continue-t-il, l’électricité, principale énergie, d’origine nucléaire pour l’essentiel, est utilisée à 69% pour les bâtiments, résidentiels et tertiaires. Cette consommation « dépend en grande partie de vous, particuliers et élus », conclut M. Laponche.


Michel Bourgain, comme Michel Ribay, maire adjoint à l’environnement, l’avaient signalé plus tôt dans la soirée : « Sur les 140 000 logements du territoire de Plaine commune, 60% datent d’avant 1975, et consomment 80% de l’énergie dans le parc résidentiel. Ce qui en fait une cible prioritaire. » Notamment en ligne de mire, « la précarité énergétique » se traduit pour les ménages les plus pauvres par des factures qui atteignent « 15% des ressources, contre 6% pour des ménages plus aisés ».


Réduire sa facture, contribuer à préserver la planète des risques liés au nucléaire et au réchauffement climatique : dans le public d’environ 70 personnes, tous sont d’accord. Mais à quel prix dans l’habitat ancien? José Lopez, de la SEM Energies Posit’if, avance le chiffre « d’environ 25 000 euros par ménage pour un programme global. Mais il peut être phasé, et financé par le dispositif de l’Ademe ». Les petits propriétaires présents n’en font pas moins grise mine.


Une habitante de La Courneuve laisse éclater sa colère. « Ma maison est à 10 mètres d’un Datacenter qui consomme pour 19 000 m2 Schon, l’équivalent d’une ville de 50 000 habitants ! » Entre la bonne volonté des plus modestes et la hautaine insouciance de certains acteurs économiques, le législateur aura fort à faire. Dommage, pour un sujet aussi crucial, que Plaine commune soit restée si discrète sur l’organisation d’un tel débat.

Marylène Lenfant


ALEC : 8, rue des Boucheries à Saint-Denis. Tél. : 01 48 09 40 90. Mail : contact@alec-plaineco.org