En ville

Camps de Roms : Paillard, au nom de la loi

Le maire de Saint-Denis engage des procédures à l’encontre des propriétaires qui ne sécurisent pas des terrains où s’installent des bidonvilles, au nom de la « mise en danger de la vie d’autrui ».
À la Porte de Paris, des baraques de fortune ont été érigées entre les bretelles de l'autoroute
À la Porte de Paris, des baraques de fortune ont été érigées entre les bretelles de l'autoroute


« C’est insupportable ! Il y a actuellement onze bidonvilles recensés à Saint-Denis ! » Depuis plusieurs mois, Didier Paillard évoque fréquemment la situation des populations roms. Le maire en a assez de l’attitude de l’État dans la gestion du dossier et il fait entendre sa voix. Sa protestation a pris la forme d’une tribune envoyée au journal Le Monde, publiée dans son édition du 15 décembre (1).


« Nous sommes à la veille d’un drame. Il est de ma responsabilité de dénoncer le danger mortel qu’entraîne la passivité des propriétaires, tous publics, de terrains laissés à l’abandon », écrit le premier magistrat de la ville. Pas question pour lui de fermer les yeux sur les dangers encourus par des populations qui survivent dans des baraquements de fortune au prix de leur santé, voire de leurs vies.


L’accident qui a tué un enfant à Noisy-le-Sec fin octobre a profondément marqué l’édile. Cette mort a été déclencheuse d’une nouvelle étape dans sa détermination à lutter pour que la situation des populations roms soit enfin prise à bras le corps par les institutions de la région et de la nation.


Didier Paillard a beau jeu de rappeler que Saint-Denis ne fuit pas ses responsabilités solidaires. Depuis dix ans, la Ville et Plaine commune participent au financement des villages d’insertion. Récemment, au Pont Voltaire, des préfabriqués ont été installés pour accueillir dans des conditions moins déplorables des familles présentes sur le territoire depuis plus de cinq ans. Tous ces efforts ne sont pas payés en retour.


Au contraire, les collectivités territoriales qui jouent le jeu subissent une inertie étatique qui ne les protège pas : « Élus et habitants ressentent une situation d’abandon et de révolte devant ces bidonvilles qui stigmatisent encore davantage des territoires populaires déjà lourdement frappés par les inégalités sociales et les discriminations. »


Comme la situation empire, à l’image du paysage qu’offre la Porte de Paris en pleine restructuration, M. Paillard ne se contente pas de pédagogie pour plaider sa cause. Il saisit la loi, il engage « des procédures contentieuses » à l’encontre des propriétaires des terrains où s’installent des bidonvilles (ministère des transports, Plaine de France, Réseau ferré de France, Canaux de Paris) pour exiger leur sécurisation. Il engage aussi une procédure pour « mise en danger de la vie d’autrui ».


La demande explicite d’évacuation des bidonvilles va de paire avec la mise en œuvre d’une « politique régionale des mesures d’urgence d’hébergement par réquisition de terrains ou dans le patrimoine immobilier de l’État, pour garantir la sécurité physique et sanitaire des personnes ».


L’Île-de-France recense environ 10000 Roms dans les bidonvilles, dont 7000 pour le seul département de la Seine-Saint-Denis. L’État, s’il pourfendait les égoïsmes locaux, comme il tente de le faire avec la loi SRU pour les HLM, pourrait régler une question qui fait couler beaucoup d’encre, exacerbe les passions mais ne concerne pourtant que 0,1% de la population francilienne.

Dominique Sanchez


(1) Le maire a également écrit au préfet et au délégué interministériel pour l’hébergement et l’accès au logement, le 11 décembre.