Portrait

Jozef Dumoulin : la touche belge

Organiste et pianiste, ce grand flamand, installé à Saint-Denis depuis cinq ans, sort ce mois-ci son deuxième album de jazz.
Jozef Dumoulin, musicien de Jazz, Belge et Dionysien
Jozef Dumoulin, musicien de Jazz, Belge et Dionysien


Les yeux bleus culminent à près de deux mètres. Juste en dessous, il y a le sourire et la voix calme, égale, qui raconte, hésite parfois, puis s’affirme. Né en 1975 dans une petite ville de « la Flandre profonde », comme il dit, près de Courtrai en Belgique, Jozef Dumoulin vit à Saint-Denis depuis cinq ans et est pianiste et organiste depuis toujours, ou presque.


Son père est opticien et il grandit au sein d’une famille catholique traditionnelle. « Nous étions douze enfants, je suis le huitième, et nous jouions tous du piano et d’un autre instrument. C’était proche de la folie mais j’en garde d’excellents souvenirs. »


Jozef trouve dans la musique son jardin privé. Il passe des heures au piano, écoute de nombreux musiciens (Corea, Jarrett, Hancock…), se tourne vers le jazz.

À 20 ans, il entre au conservatoire de Bruxelles après avoir fait deux ans de psychologie à l’université de Louvain parce que, pour ses parents, « le jazz, ce n’est pas un métier ». Puis il part deux ans à la Hochschule für Musik de Cologne (Allemagne), ce qui lui fait découvrir d’autres horizons.


Il retourne à Bruxelles en 1999, poursuit son chemin musical, joue dans des petites salles, développe ses projets. « La Belgique est un pays fantastique mais petit. Je voulais bouger, aller voir ailleurs. » Ailleurs, ce sera Paris. Il y était venu jouer avec divers musiciens, dont Magic Malik ou les frères Belmondo et il décide de s’y installer. Un bassiste avec qui il avait joué lui propose un logement, à Saint-Denis.


« Je croyais que c’était un quartier de Paris, sourit-il. Depuis, je me suis rendu compte que c’est une ville à part entière. » C’était en 2006 et il est toujours là. Heureux dans la vie et dans la musique.


Le besoin d’écrire est né voici deux ans, alors qu’il joue au sein du groupe belge Octurn, dont il est co-auteur. Et, en ce mois de novembre, Jozef Dumoulin aux claviers vient de sortir un deuxième album à son nom, Rainbow Body (Bee Jazz), en trio avec Trevor Dunn à la basse et Eric Thielemans à la batterie.

Du trash et du doux

« Longtemps, j’ai eu du mal à écrire. Mais en accompagnant les autres, en voyant comment ils travaillent, comment ils improvisent, écrire ma propre musique est devenu petit à petit une nécessité, puis un plaisir. Cela vient comme cela vient, et je travaille ce qui vient… »


Sa musique est un peu à son image : ample, claire, tranquillement épanouie. Jozef Dumoulin se sent visiblement bien. Il a développé ses liens avec Saint-Denis, aime s’y promener vers la basilique ou au parc de la Légion d’honneur.


« Après une journée de travail, j’ai besoin de ça, avoue-t-il. Même s’il y a énormément de problèmes, si Saint-Denis a un côté trash, elle a aussi un aspect doux. Il y a ici une chaleur humaine, une simplicité dans les rapports quotidiens qui me parlent. »


Il évoque la Fête des tulipes comme un moment emblématique (quand il y fait soleil !), avec ses mélanges de cultures et de générations. Jozef Dumoulin est un voyageur qui poursuit son chemin intérieur et évite les barrières. Musicales et humaines.


Benoît Lagarrigue