En ville

Les Médiateurs de nuit sont désormais sur le terrain

Depuis le mercredi 1er juin, deux groupes de quatre médiateurs, supervisé chacun par un chef d’équipe, arpentent les rues de 18h à minuit. Leur rôle n’est pas de remplacer la police ou les services sociaux, mais de favoriser l’échange et le dialogue entre usagers de l’espace public. Reportage.
C\'est parti, les médiateurs de nuit sont désormais sur le terrain. Première nuit en leur compagnie
C\'est parti, les médiateurs de nuit sont désormais sur le terrain. Première nuit en leur compagnie


La veille, ils étaient déjà dans les rues du centre-ville pour distribuer des flyers annonçant leur présence prochaine. Ce mercredi 1er juin, c’est le grand soir pour les médiateurs de nuit. Répartis en deux groupes de quatre, chacun augmenté d’un chef d’équipe, ils vont arpenter les rues du centre et du quartier de la gare, lors de deux maraudes, entre 18 h et minuit. Dans leur local du chemin des Poulies, on se passe les dernières consignes, avec beaucoup d’enthousiasme et un peu d’appréhension.


Ce soir, pas d’intervention. Il s’agit plutôt d’une mission de visibilité : il faut se présenter, faire connaître sa présence, mais également se familiariser avec une ville dont aucun des médiateurs n’a une expérience personnelle. Si certains d’entre eux ont déjà, par leur parcours professionnel, des affinités avec le travail de médiation, leur seule expérience concrète reste un stage d’observation effectué, deux nuits durant, au cours de leur formation initiale d’un mois, auprès des leurs homologues parisiens, les correspondants de nuit, en place depuis 2003.


Vers 18h30, un groupe part pour sa toute première maraude, qui débute par le dédale de l’îlot Basilique avant de redescendre vers la galerie commerciale. C’est l’occasion des premiers contacts, des premiers échanges. Quelques jeunes trouvent que leur service s’arrête trop tôt : « Vers 2, 3h du matin, il y en a encore qui font n’importe quoi dehors. » Un homme signale des nuisances quelques rues derrière le commissariat. En dehors du périmètre des médiateurs.

Premier rôle: assurer une présence humaine

Peu importe, l’information est notée, et elle sera transmise, comme toute information pertinente portée à l’intention des médiateurs. Pas question cependant de se transformer en indicateurs ou en policiers. Leur rôle, expliqué aux passants, n’est pas de remplacer les acteurs de la sécurité publique, mais d’assurer une présence humaine à un moment où elle est rare, et de favoriser l’échange et le dialogue entre usagers de l’espace public.


Place Jean-Jaurès, une jeune femme loue l’initiative, mais se demande pourquoi elle n’a pas lieu à la Plaine, où elle réside. Les médiateurs expliquent en quelques mots la genèse du projet, son fonctionnement, et ses perspectives d’expansion à d’autres quartiers. Si certaines zones identifiées ont été délibérément laissées de côté pour ces premiers jours, leur parcours leur permet néanmoins de découvrir la diversité de leur champ d’action : la rue de Strasbourg, la cour de l’Alouette, la place du Soleil-Levant, le boulevard de la Commune-de-Paris, avant de revenir au bercail.


Une première sortie soumise à un débriefing serré : « On n’est pas là pour vendre quelque chose, on ne s’arrête pas deux heures à chaque fois pour lire aux gens ce qui est écrit sur les flyers », rappelle l’un des chefs d’équipe. D’ailleurs, la première sortie est bonne : l’accueil réservé aux médiateurs est au moins curieux, au mieux enthousiaste.


Une heure et demie plus tard, pour la deuxième sortie, aux alentours de la gare, l’ambiance a changé : le brassage aux abords du métro et de la basilique a cédé la place à des rues désertes. Les médiateurs se rendent au square qui borde l’école Brise-Échalas, prennent la rue Saint-Clément. Trois jeunes hommes les dépassent, saluent, s’arrêtent une minute. Les médiateurs leur expliquent : lien social, aider les gens en détresse…


« Là, vous avez du travail », sourit l’un d’entre eux. Sur le chemin du retour, un SDF, hagard. Les médiateurs s’enquièrent de ce dont il pourrait avoir besoin. L’homme fait un geste, murmure qu’il ne veut rien. Minuit n’est plus loin, il est temps de rentrer.


L’heure n’est pas au bilan, mais aux espoirs : « On veut donner une bonne première impression. C’est capital. Si on n’y arrive pas, ça compromet tout le reste. Si on y arrive, on peut construire quelque chose là-dessus. »


Sébastien Banse


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Florence Haye : « On parie sur la présence humaine »

Le JSD a rencontré la première adjointe au maire, en charge de la tranquillité publique.


Le JSD : Pourquoi avoir choisi la forme d’un Groupement d’intérêt public ?


Florence Haye :Lorsque l’ on s’est mis à travailler à la mise en place des médiateurs de nuit – un engagement du contrat d’action communale, construit avec la population - la question du lien social, surtout la nuit, revenait beaucoup. On a commencé à travailler là-dessus, avec un comité de pilotage rassemblant des associations, les services de la ville, des élus… On s’est fait accompagner par un cabinet, Optima, qui avait mis en place des médiateurs dans d’autres villes et dont le président, Jean-Yves Gérard, avait expérimenté ce type de dispositif à Rennes, lorsqu’il en était maire adjoint.


Nous avons réalisé une étude sur le périmètre, le nombre de médiateurs, et le type de structure à adopter. Nous n’étions pas favorables à un service uniquement municipal, car l’espace public est partagé par tout le monde. Par conséquent, nous avons pensé qu’il était bon que le travail et les décisions soient partagés par les bailleurs et les autres partenaires.

De plus, le GIP assure la pérennisation du financement. L’Etat y est représenté par un commissaire du gouvernement (la sous-préfète de Saint-Denis). C’est un gage de longévité, et de responsabilité partagée entre les partenaires, même si le financement est assuré en majorité par la ville.


Le JSD : A terme, le but est-il d’étendre le dispositif à d’autres quartiers ?


Florence Haye :Le dispositif est prévu pour 5 ans, renouvelables une fois. Si ça marche - c’est notre objectif -, on verra comment étendre cette initiative, mais ce n’est pas pour tout de suite, car il faudra trouver d’autres financeurs, d’autres partenaires. Une commission des acteurs du centre-ville, pas seulement les acteurs institutionnels mais aussi les riverains, les associations, ceux qui souhaitent participer, va être mise en place pour travailler sur la question de l’évaluation et du ressenti des habitants.


Le JSD : Pourquoi avoir privilégié l’option des médiateurs, et pas un autre type d’action (renforcement de la police municipale par exemple) ?


Florence Haye :Il y a ici plusieurs problématiques de tranquillité publique qui sont d’ordre différent. Le lien social se délite, on est beaucoup sur le repli sur soi, les rapports entre les gens peuvent vite devenir compliqués. Pour les problèmes d’attroupements, de nuisances nocturnes, de tranquillité, maintenant on a besoin de gens qui puissent faire de la prévention afin d’apaiser les tensions, de réassurer les gens et de partager l’espace public au mieux. On parie sur la présence humaine et la médiation. Quand c’est mis en place avec sérieux et efficacité, on l’a vu dans d’autres villes, cela fonctionne.


On ne règle plus toutes ces questions uniquement avec la police. Il y a d’autres enjeux, des phénomènes qui se passent la nuit dont on n’est pas au courant : des situations individuelles de détresse et d’errance qu’on ne connaît pas forcément. Ces problématiques ne sont pas traitées car méconnues. Le but du jeu est de faire remonter, le jour, ce qui se passe la nuit, aux services concernés, municipaux ou autres. Les médiateurs ont des adresses, des numéros de téléphone à donner aux gens, pour les accompagner au mieux.


Propos recueillis par S.B.


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