Samedi 13 juin 2026

Actualité

Wilfried Montagne : la vie d'un boxeur thaï

C
Par Cécile
5 min de lecture
Wilfried Montagne : la vie d'un boxeur thaï

Né le 22 mai 1975, Wilfried Montagne mesure 1m75 pour 70 kg et figure parmi les rares combattants français à s'être vraiment frottés à l'élite thaïlandaise sur son propre terrain. Son palmarès parle direct : 73 combats, 54 victoires dont 25 par KO, 16 défaites et 3 nuls. Champion d'Europe et Champion de France de Muay Thai, il n'a pas construit ce bilan en salle climatisée à Paris. Il est allé le chercher à Bangkok, en s'entraînant deux fois par jour dans des camps où les sparring partners s'appellent Anuwat ou Watcharachai et accumulent des centaines de combats professionnels.

Avant la Thaïlande, Wilfried était informaticien dans la capitale française. La routine métro-boulot-dodo a fini par l'épuiser. En septembre 2006, il pose ses gants au camp Sor Vorapin 2 pour deux semaines, puis rejoint le camp Kaewsamrit à Bangkok, où il réside dans le quartier Phin Klao. À ce moment-là, il a déjà 55 combats derrière lui (43 victoires, 9 défaites, 3 nuls), combat en dessous des 67 kg et vise clairement le niveau international.

Un palmarès construit contre les meilleurs noms du Lumpinee

Regarder la liste de ses adversaires, c'est parcourir l'annuaire du Muay Thai mondial. Wilfried a battu Chalunlap, Champion de Chine et numéro 3 au Lumpinee, ainsi que Samkor, trois fois champion du Lumpinee, adversaire contre lequel il s'est d'ailleurs fracturé le bras. Il a également dominé Wannai Pongpila, Champion du Monde et champion de Thaïlande. Face à Saimai, Champion du Monde et champion du Lumpinee, le match s'est terminé nul.

Il a croisé des noms comme Mourad Sari (Champion du Monde et champion du Lumpinee), Yassine Benhadj (champion d'Europe), Sofiane Allouache (Champion du Monde) ou encore Takayuki Kohiruimaki, participant au K-1 World Grand Prix 2000. Pas un plateau de festival de quartier. Ce niveau d'adversité explique pourquoi ses séances au Kaewsamrit en 2007 ressemblaient à ceci :

  • Matin : footing, shadow avec poids au Sor Vorapine 2, sparring en anglaise avec des champions pros
  • Après-midi : footing, cinq rounds de paos de cinq minutes, sparring avec Anuwat et Watcharachai, trente minutes de corps à corps, shadow, 3x100 genoux au sac, refooting et stretching

Son combat prévu le 20 avril 2007 au Palais des Sports de Levallois contre le Japonais Sato illustre bien son positionnement franco-japonais de l'époque. Un affrontement au Radja pour un titre WBC face à Nonpadet Som avait été annulé le 8 mars. Son promoteur français Samy Kebchi gérait son agenda parisien, tandis que le promoteur thaïlandais Songchaï ouvrait des portes en Asie. Wilfried avait déjà combattu six fois en Thaïlande, dont trois fois à l'anniversaire du Roi.

L'Emerald Gym : quand un boxeur thaï français crée son camp à Krabi

Wilfried aurait pu rentrer à Paris après son année sabbatique. Il ne l'a pas fait. En novembre 2008, il ouvre l'Emerald Gym à Soi 11, Ao Nang, Krabi. Pourquoi Krabi plutôt que Phuket ou Koh Samui ? Franchement, la réponse est pragmatique : la région offre des plages paradisiaques sans être défigurée par la prostitution de masse et les complexes hôteliers géants. Peu de concurrence directe, seulement un camp au stadium d'Ao Nang et quelques structures minuscules. Un terrain vierge pour qui sait bâtir un réseau local solide.

En 2011, soit deux ans et demi après l'ouverture, le gym tourne avec une équipe d'entraîneurs sérieux. Voici un aperçu de leur profil :

Entraîneur Combats Points forts
Pakda (Wangchinchai) 200 (100 KO) Ancien boxeur d'anglaise, dernier combat à 43 ans, a formé Sakadpetch, Singthongnoi et Prompitak
Silapeth 120 A boxé à la TV7, au Radja et au Lumpinee
Prompitak Kietbanchong N/A Champion du Lumpinee et de Thaïlande, basé à Koh Phangnan

L'entraînement matinal débute à 7h avec un footing de 8 à 12 km. Suit un travail technique avec sparring ou renforcement musculaire, vingt minutes de Muay pam (corps à corps), puis la session se termine à 10h sur 500 abdos et 200 genoux. La deuxième session reprend à 16h : échauffement, rounds au sac, round intensif au pao, Muay pam, genoux, abdos, pompes. Touristes et combattants professionnels partagent le même espace. Mohamed Bouchared, champion français, Emmanuel Payet, qui a décroché un titre à l'anniversaire de la Reine, et Karl Dubus, poids lourd pratiquant aussi le Free Fight, font partie des profils étrangers ayant fréquenté le camp.

Ce que le parcours de Wilfried Montagne enseigne sur l'immersion en Muay Thai

Wilfried ne se présentait pas comme un gourou du bien-être. Il s'est cassé le bras contre Samkor, puis se l'est recassé à l'entraînement au Sor Vorapin 2. Il a combattu malade sous antibiotiques suite à une infection bactérienne contractée à Suratani, perdant aux points à l'anniversaire du Roi avec des points de sutures au visage. C'est ça, le Muay Thai professionnel de haut niveau.

La différence entre s'entraîner en France et en Thaïlande n'est pas la charge de travail. Elle tient à l'environnement mental : là-bas, pas de cours, pas de boulot parallèle, pas de distractions. Juste manger, s'entraîner, dormir. L'adaptation à la chaleur et au décalage horaire prend 2 à 3 jours, avec une hydratation constante comme condition non négociable. Sur ce point, la résistance aux conditions climatiques extrêmes, qu'elles soient liées au froid ou à la chaleur intense, modifie profondément la récupération et la performance physique.

Jean-Charles Skarbowsky a emprunté un chemin similaire, en commençant sa carrière thaïlandaise plus jeune. Wilfried, lui, a attendu ses 30 ans pour franchir le cap, sans jamais viser à vivre du sport professionnellement depuis Paris. Il avait tort ou raison de penser ainsi ? La fondation de l'Emerald Gym répond mieux que n'importe quel argument théorique : construire un camp à Krabi, former des boxeurs thaïlandais sans expérience et les initier aussi à la boxe anglaise, c'est transformer une passion en projet concret, loin du métro parisien.

L'auteur

C

Cécile

Rédaction de Le JSD.

Partager cet article