Ville retire son soutien au Journal de Saint-Denis
Lancé en octobre 2021, le Journal de Saint-Denis a rapidement imposé son format dans le paysage de la presse territoriale francilienne. Quinzomadaire, tiré à 18 000 exemplaires, primé dès 2022 : la publication de la ville de Saint-Denis affichait une trajectoire solide. Mais quand une municipalité retire son soutien à un tel projet, les questions sur l'avenir du titre et la légitimité de l'investissement public s'imposent d'elles-mêmes.
Un journal municipal qui s'était construit une vraie identité éditoriale
Peu de journaux territoriaux assument un ton sans langue de bois. Celui de Saint-Denis, si. Dès ses premiers numéros, la rédaction a posé une ligne claire : traiter l'actualité avec un regard direct, laisser place à la contradiction, alimenter le débat plutôt que de lisser les angles. Ce positionnement tranche avec la communication institutionnelle classique, et c'est précisément ce qui lui a valu le Prix de la presse territoriale 2022 dans la catégorie Projet éditorial.
Le format lui-même raconte quelque chose. 20 pages au format 190x270, une Une sobre valorisant un immense visuel, trois appels de titres en pied de page, et une approche graphique épurée confiée à l'agence Mediris pour la direction artistique. Les rubriques comme "C'est vous qui le dites", "Éclairage" ou "Flash'mob" structurent la navigation sans l'alourdir. Certaines n'apparaissent qu'un numéro sur deux, ce qui maintient la surprise.
La publication couvre l'ensemble des thématiques d'une ville : culture, sport, santé, jeunesse, seniors, école. Depuis le numéro 12, le portrait de fin de journal se décline même en version vidéo, accessible via QR code. Ce pont entre le papier et le numérique reflète une vraie réflexion sur les usages des lecteurs d'aujourd'hui, pas une simple case cochée.
Fiche d'identité et moyens mobilisés pour le projet éditorial
Pour comprendre les enjeux du retrait de soutien de la ville, il faut regarder les chiffres en face. Le budget global annuel s'élève à 176 580 euros TTC, calculé sur 10 mois (hors juillet et août). Ramené à la population, cela représente 8,819 euros TTC par habitant et par an. C'est un investissement réel, assumé, qui mérite d'être mis en perspective.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Tirage effectif | 18 000 exemplaires |
| Tirage "toutes boîtes" comparatif | 47 000 exemplaires |
| Budget annuel | 176 580 € TTC |
| Coût par habitant/an | 8,819 € TTC |
| Équipe interne | 4 équivalents temps plein |
| Fréquence de parution | Quinzomadaire |
L'équipe interne compte 4 équivalents temps plein. La rédaction et la photographie sont assurées en interne, tandis que la maquette et la direction artistique sont confiées à Mediris. Ce modèle hybride maintient la maîtrise éditoriale côté ville tout en garantissant un rendu graphique professionnel.
La stratégie de distribution mérite aussi attention. Plutôt qu'une diffusion toutes boîtes qui aurait nécessité 47 000 exemplaires, la ville a opté pour une diffusion ciblée à 18 000 exemplaires. Le journal atterrit dans les maisons de quartier, les médiathèques, les centres municipaux de santé, le centre administratif, et dans des commerces partenaires répartis sur les quartiers Delaunay-Belleville/Semard, Floréal/Allende/Mutuelle, Franc-Moisin/Bel-Air/Stade-de-France, Grand Centre-ville/Confluence, Joliot-Curie/Lamaze/Cosmonautes et Pleyel/La Plaine. L'impression est certifiée éco-responsable sur papier écologique. Moins de gaspillage, empreinte réduite : ce choix est cohérent avec les engagements environnementaux que la plupart des municipalités affichent aujourd'hui.
Ce que le retrait du soutien de la ville révèle sur la presse territoriale
Franchement, quand une ville coupe les vivres à son propre journal après seulement quelques années d'existence, la question qui se pose n'est pas uniquement budgétaire. Un titre comme celui-ci, distribué à Saint-Denis et à Pierrefitte-sur-Seine, ancré dans des quartiers précis, primé par ses pairs, ne disparaît pas sans laisser un vide informationnel réel dans les équipements de proximité où il était présent.
Le premier bilan de lectorat était prévu à l'automne 2022, à peine un an après le lancement du premier numéro en octobre 2021. C'est court pour mesurer l'ancrage d'un titre de presse locale. Les publications territoriales qui durent construisent leur audience sur plusieurs années, pas sur quelques mois.
Voici ce que ce projet avait réussi à mettre en place, et qui disparaît avec un retrait de soutien :
- Un espace d'information locale indépendant des logiques commerciales
- Un format accessible, rythmé, conçu pour des lecteurs non captifs
- Un lien entre le papier et le numérique via les QR codes et les réseaux sociaux
- Une couverture de tous les quartiers de la ville, sans distinction
- Un cadre éditorial reconnu au niveau national par le Prix de la presse territoriale
La vraie question que devraient se poser les élus avant de retirer leur soutien à ce type de projet : par quoi le remplace-t-on ? Un site web en cours de refonte ne remplace pas un journal dans une médiathèque de quartier. La transition numérique ne touche pas tout le monde au même rythme, et les publics seniors ou peu connectés lisent le papier. Les couper de leur source d'information locale, c'est un choix politique qui mérite d'être assumé clairement, pas noyé dans des arbitrages budgétaires.
L'auteur
Rédaction de Le JSD.
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