Vieillesse et gueule : bien vieillir avec optimisme
Vieillir, c'est souvent se retrouver face à un paradoxe : être content de sa gueule alors que la société, elle, ne l'est plus pour vous. Le blog L'âge, la vie le dit autrement, mais l'idée est là. Vieillir avec optimisme ne signifie pas fermer les yeux sur ce qui dysfonctionne autour de nous.
Ce que notre rapport à la vieillesse dit de nous
Christian Gallopin pointe quelque chose d'essentiel : notre époque a du mal à penser la vieillesse autrement qu'en hyperbolique. "C'est trop", dit-on, et hop, le sujet devient inaccessible, comparable à l'infini ou à la mort. Cette fermeture de la réflexion n'est pas anodine. Elle trahit une société qui préfère la mise en scène au débat.
Exemple concret : le 9 octobre 2017, un plateau-repas-débat réunit 12 intervenants pour traiter 13 sujets complexes en deux fois 45 minutes. Au programme, rien de moins que la psychologie des individus face à la mort, le vieillissement, l'Alzheimer dans toutes ses déclinaisons, les directives anticipées, la loi Léonetti-Claeys, la sédation terminale et l'euthanasie. Étaient présentes des associations comme France-Alzheimer et l'ADMD. Résultat prévisible : zéro argument développé, une salle clairsemée, et aucun échange authentique.
C'est précisément ce "trop" qui nuit. Quand on noie la vieillesse sous un flot de sujets impossibles à traiter, on ne pense plus, on joue. La quantité tue la qualité du débat, et les personnes âgées en font les frais.
| Date | Événement | Enjeu soulevé |
|---|---|---|
| 9 octobre 2017 | Plateau-repas-débat sur la fin de vie | Impossibilité de débattre sérieusement |
| 11 novembre 2017 | Ordre présidentiel contre le "conservatisme" | Stigmatisation des opposants |
| 13 janvier 2017 | Discours à Nœux-les-Mines | Mépris de classe assumé |
| 18 janvier 2017 | Article d'Alain Jean | Déni de responsabilité sur les décès au froid |
Vieillir sans dignité : quand le système abandonne les plus fragiles
L'article d'Alain Jean publié le 18 janvier 2017, intitulé "Événement indésirable (suite)", frappe fort. Il y dénonce la dramatisation météorologique orchestrée autour du gel, alors que des températures légèrement en dessous de zéro en janvier n'ont rien d'extraordinaire. L'écart de 10 degrés entre température réelle et température "ressentie" est présenté comme de la propagande pure, destinée à culpabiliser les individus tout en dédouanant l'État.
Derrière la météo, il y a une réalité brutale : des personnes âgées meurent de froid, des SDF aussi. Et aux urgences, l'attente dépasse régulièrement dix à douze heures, sur des brancards dans les couloirs. Un urgentiste d'un hôpital du Nord-Est de Paris a témoigné que l'hôpital public n'était même plus capable de gérer une épidémie de grippe. Une jeune interne a relaté avoir contacté onze hôpitaux sans trouver un lit pour son patient.
Jean paraphrase Karl Marx en évoquant "les eaux froides du calcul égoïste" : ce n'est pas le froid climatique qui tue, c'est l'indifférence calculée. Les riches se soignent, les pauvres attendent. Les vieux, les SDF, les réfugiés, comme l'illustre l'expression tristement célèbre sur les "sans dents", ne comptent pas dans cette équation.
Pour vieillir avec sa gueule et sa fierté, voici ce que le débat public devrait impérativement intégrer :
- Reconnaître la responsabilité de l'État face aux décès évitables chez les personnes âgées et précaires
- Refuser le discours de "bientraitance" qui masque la réalité des conditions d'accueil hospitalier
- Confirmer une prise en charge digne dans les EHPAD et les services d'urgence
- Traiter la fin de vie comme un enjeu éthique sérieux, pas comme un sujet de plateau télévisé
Décrypter nos manières contemporaines de vieillir, comprendre ce qu'elles disent de nous
Emmanuel Macron, selon Gallopin, incarne une vision du monde qui oppose systématiquement les "dynamiques" aux "passéistes". Le 17 septembre 2014 sur Europe 1, puis à Nœux-les-Mines le 13 janvier 2017, les vitupérations présidentielles visaient "l'alcoolisme et le tabagisme du bassin minier" ou "l'illettrisme des ouvrières bretonnes". Ce discours, prolongé par un article aux Echos du 7 janvier 2015 promouvant une classe de jeunes Français aspirant à devenir milliardaires, construit une hiérarchie : lettrés contre illettrés, nomades contre sédentaires, jeunes contre vieux.
Gallopin compare cette philosophie à l'ordre oligarchique platonicien, dans lequel Platon imaginait une classe supérieure dirigeant sans partage. Son mentor Jacques Attali partage, selon lui, cette vision. Pourtant, Macron se réclame de Paul Ricœur et John Rawls. Henri Peña-Ruiz l'a analysé dans Le Monde du 26 septembre 2017 : la tension entre ces références et la pratique réelle est réelle et documentée.
Les contributeurs du blog L'âge, la vie, comme MF Bonicel, Danielle Rapoport, Sophie de Heaulme (psychologue) ou José-Marie Polard, examinent ces fractures avec une authenticité relationnelle que le faux self, ce mécanisme psychique de façade, empêche souvent de trouver. Vieillir content de sa gueule, c'est aussi résister aux injonctions de performance et aux classifications qui marginalisent. Franchement, la question n'est pas de savoir si l'on vieillit bien ou mal. Elle est de savoir si la société dans laquelle on vieillit permet encore d'exister pleinement, avec ses rides, ses lenteurs et sa singularité.
L'auteur
Rédaction de Le JSD.
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