Saïd Karamani : leader visionnaire et influent
Trois personnalités portent le nom Karamani dans des domaines radicalement multiples, et chacune mérite qu'on s'y attarde sérieusement. Ayfer Karamani, céramiste turque dont l'œuvre a marqué l'histoire des arts plastiques en Turquie. Vedran Karamani, expert en données et intelligence artificielle au sein d'Alghanim Industries. Et puis il y a Said Rahmani, dont le parcours croise directement la thématique de ce contenu. Le Haut Conseil pour le Climat a récemment nommé Said Rahmani à son poste de Directeur exécutif, une nomination qui mérite une attention particulière tant son profil est singulier.
Said Rahmani au Haut Conseil pour le Climat : un profil taillé pour les défis climatiques
Ingénieur du Corps des Ponts, des Eaux et Forêts, Said Rahmani n'est pas un technocrate ordinaire. Son parcours combine habilement secteurs public et privé, terrain français et scène internationale. Entre 2009 et 2011, il intégrait le cabinet du Ministre d'État en charge de l'Écologie, de l'Énergie, du Développement Durable et de la Mer, participant aux négociations climatiques de la COP15 et au Grenelle de l'Environnement. Peu de gens peuvent se vanter d'avoir construit une vision aussi transversale dès leurs premières années de carrière.
De 2011 à 2017, il rejoint General Electric comme directeur de la stratégie pour la France, puis pour l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient. Il y devient directeur des opérations, puis directeur général adjoint, contribuant notamment à la diversification stratégique du groupe vers les énergies renouvelables. Ce passage dans le privé lui a forgé une rigueur opérationnelle qu'on ne trouve pas dans les seuls couloirs ministériels.
À partir de 2017, Said Rahmani représente la France auprès de l'Agence Internationale pour les Énergies Renouvelables (IRENA), depuis l'Ambassade de France à Abou Dabi. Il y renforce le partenariat stratégique franco-émirati sur des dossiers aussi divers que la transition énergétique, la biodiversité et la finance durable. Sa nomination à la tête du Haut Conseil pour le Climat s'inscrit donc dans une logique de continuité, portée par une expertise réelle et diversifiée.
| Période | Poste | Organisme |
|---|---|---|
| 2009-2011 | Collaborateur cabinet ministériel | Ministère de l'Écologie / COP15 |
| 2011-2017 | Directeur stratégie, puis DGA | General Electric |
| À partir de 2017 | Représentant France auprès d'IRENA | Ambassade de France à Abou Dabi |
| 2026 | Directeur exécutif | Haut Conseil pour le Climat |
Vedran Karamani et le défi des données : pourquoi les organisations échouent
Vedran Karamani, directeur des groupes d'analyses de données et d'IA chez Alghanim Industries, pointe un problème que beaucoup préfèrent ignorer. Les entreprises ont du mal à générer un impact commercial réel via l'IA, contrairement à des acteurs nativement numériques comme Amazon, Google ou Uber. La raison centrale ? L'incapacité à intégrer les résultats analytiques dans les opérations quotidiennes.
Le rôle de Chief Data Officer existe depuis 2002, quand Capital One devient la première entreprise à en nommer un. Aujourd'hui, ce poste est présent dans 80 % des grandes organisations mondiales. Pourtant, d'après une étude de Gartner, seulement 22 % des dirigeants des données rendent compte directement au PDG, contre plus de 40 % qui rapportent au DSI. Ce manque de positionnement hiérarchique clair affaiblit structurellement l'impact du CDO.
Fort de son expérience aux aéroports de Dubaï, Vedran Karamani identifie trois obstacles récurrents :
- La résistance culturelle : le CDO perturbe les habitudes de travail, ce qui génère des frictions avec les équipes métier.
- L'ambiguïté hiérarchique : des lignes de reporting floues brident l'autonomie décisionnelle du responsable des données.
- Les attentes mal calibrées : construire une infrastructure de données solide prend du temps, et les résultats ne sont pas immédiats.
Mohamed Abdel Hamid, directeur de l'information chez Mashreq Bank à Dubaï, insiste sur la clarté des rôles : les données sont l'affaire de tous, pas d'un seul service. Miguel Rio Tinto, directeur numérique et de l'information chez Emirates NBD, confirme que les succès reposent sur deux éléments : un centre d'excellence intégré aux équipes verticales, et un processus de priorisation transparent des projets. Des leçons concrètes, tirées du terrain.
Ayfer Karamani, céramiste : cinquante ans d'argile et de lumière
Décédée en février, Ayfer Karamani reste une figure centrale de la céramique contemporaine turque. Elle avait intégré l'Académie des Beaux-Arts d'Istanbul en 1950, à seulement 17 ans, après avoir reçu quelques leçons de calligraphie auprès d'Emin Barin pendant une semaine. Un parcours atypique, presque instinctif, ancré dans l'odeur de l'argile bien avant toute formation officielle.
Le soutien décisif de Nejat Eczacibasi permit aux étudiants de travailler à l'usine de céramique Kartal Yunus, transformant des cours théoriques en apprentissage concret. Ayfer épouse Sabit Karamani en 1955, et leur atelier commun à Moda devient un foyer artistique extraordinaire. En 1979, grâce au conseil de leur ami photographe Ersin Alok, les Karamani s'installent définitivement à Tunel, rue Kucuk Postacilar Yokusu.
Pendant 40 ans, elle transmet son savoir dans cet atelier. Deux expositions marquent particulièrement sa carrière : la rétrospective de 2007 à la galerie Is Bankasi Kibele, couvrant 50 années de travail, et l'exposition de 2010 au musée archéologique d'Istanbul, prolongée trois mois à la demande de la direction. Voir ses sculptures côtoyer des pièces antiques représentait son rêve le plus profond.
En 2015, elle remet les clés de l'atelier à sa fille Arzu Karamani Pekin. Un passage de témoin discret, mais chargé de sens. Atilla Galatali écrivait dans le magazine Sanat Cevresi que les Karamani avaient su maintenir l'art de la céramique à l'ordre du jour malgré des conditions régulièrement défavorables, aux côtés d'artistes comme Fureya Koral. Pour tous ceux qui s'intéressent aux matériaux naturels et à leur mise en œuvre, la question de l'isolation thermique rejoint d'ailleurs des préoccupations similaires : savoir résister à l'environnement extérieur, comme le montre cette analyse sur le triple vitrage face aux déperditions thermiques.
L'auteur
Rédaction de Le JSD.
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