Rencontre avec Yannick Jadot : portrait exclusif
Yannick Jadot, né le 27 juillet 1967, est l'une des figures écologistes les plus actives du paysage politique européen. Son parcours atypique, entre ONG internationales, terrains africains et hémicycle de Strasbourg, lui confère une crédibilité rare sur les questions climatiques. La rencontre organisée par Les Entreprises pour le Climat avec Charlotte Rivaton d'Exhibit Group et Loic Latour de Heineken France a permis d'visiter concrètement sa vision de la transition économique. Voici ce qu'il faut retenir de ce portrait.
Parcours et engagement : qui est vraiment Yannick Jadot ?
Formé en économie et commerce international à l'université de Paris-Dauphine, Jadot n'a pas suivi le chemin classique du politique. Plusieurs années passées au Burkina Faso puis au Bangladesh ont constitué son véritable déclic environnemental. Là-bas, il a vu directement les effets de la sécheresse et des inondations sur les populations locales. Pas besoin de rapport du GIEC pour en être convaincu : il l'a vécu.
De retour en France, il devient directeur des campagnes de Greenpeace France en 2002, poste qu'il occupe pendant six ans. En 2008, il quitte l'organisation pour rejoindre la liste européenne Europe Écologie conduite par Dany Cohn-Bendit. Depuis 2009, il est député européen au sein du groupe Les Verts/ALE, sans jamais avoir exercé d'autre mandat électif. C'est une trajectoire cohérente, pas une carrière opportuniste.
Membre de la commission INTA (commerce international) et suppléant de la commission ENVI (environnement), il s'est spécialisé sur deux fronts : la politique climatique et les traités de libre-échange. EELV l'a désigné candidat à la présidentielle en 2017 et 2022, et tête de liste pour les européennes de 2019. Son profil reste celui d'un militant entré en politique, plus que d'un politique devenu militant.
Un programme climatique chiffré et ambitieux
Lors de sa rencontre avec Les Entreprises pour le Climat, Jadot a présenté un plan fiscal et budgétaire précis. L'objectif affiché : porter la réduction des émissions françaises de gaz à effet de serre à 55 % d'ici 2030 par rapport à 1990, contre 40 % dans la trajectoire officielle actuelle. Pour l'Europe, il vise 65 %. Ces ambitions supposent des moyens concrets.
Son plan prévoit 25 milliards d'euros supplémentaires par an d'investissements publics pour le climat, répartis ainsi :
| Secteur | Montant annuel |
|---|---|
| Décarbonation des transports | 7,4 milliards d'euros |
| Rénovation des bâtiments | 7,0 milliards d'euros |
| Décarbonation de l'énergie | 4,7 milliards d'euros |
Pour financer ce volet climatique, intégré dans un programme global estimé à 93 milliards d'euros annuels, Jadot mise sur plusieurs leviers fiscaux. Il propose un ISF climatique sur les patrimoines supérieurs à 2 millions d'euros, avec un bonus-malus selon l'impact environnemental des actifs : ce mécanisme rapporterait 15 milliards d'euros par an selon ses estimations. Il compte aussi supprimer les niches fiscales défavorables au climat, évaluées à 18 milliards d'euros annuels, notamment celles liées au transport aérien intérieur et au gazole non-routier.
La TVA intégrerait aussi cette logique : 5,5 % pour les transports collectifs peu carbonés, 20 % pour les modes de déplacement polluants. Difficile de ne pas voir dans cette architecture fiscale une vision cohérente, même si sa faisabilité politique reste un défi réel.
Entreprises, emploi et transition : ce que Jadot suggère concrètement
Sur la question de l'emploi, Jadot assume une position claire. Il reconnaît que l'économie verte crée des emplois, mais refuse d'occulter les douleurs de la conversion. Les secteurs impactés ont besoin d'un accompagnement structuré, pas de discours rassurants.
Pour enclencher la transition dans les entreprises, il propose plusieurs mécanismes incitatifs et contraignants :
- Conditionner les marchés publics supérieurs à 90 000 euros à une trajectoire carbone compatible avec un scénario 1,5 degré
- Réserver le crédit impôt recherche aux projets respectueux de l'environnement, avec bonification pour les projets verts
- Créer un fonds de décarbonation industrielle doté de 2,5 milliards d'euros par an
- Conditionner les aides publiques aux grandes entreprises au respect de critères sociaux et environnementaux
Les Entreprises pour le Climat saluent la cohérence d'ensemble, mais pointent un angle mort : la note RSE, que Jadot cite comme modèle incitatif, ne compense pas encore suffisamment les efforts réels des entreprises engagées. C'est une critique fondée. Sur la formation, l'association propose un minimum de 20 heures de formation aux enjeux climatiques pour les dirigeants économiques et politiques. Jadot soutient cette idée.
Sa participation au programme Back to School de la Commission européenne, le 23 janvier, dans son ancien lycée Paul Claudel à Laon, organisée par le Centre EUROPE DIRECT Hauts-de-France, illustre sa volonté de sensibiliser dès le plus jeune âge. Les lycéens ont posé de variées questions, signe que la jeunesse regarde ces enjeux avec un intérêt croissant, pas avec indifférence.
Pour mesurer les progrès, Jadot défend le dépassement du PIB comme seul indicateur de richesse. Empreinte carbone, inégalités, impacts sanitaires : ces dimensions doivent entrer dans l'évaluation de la valeur créée par une entreprise ou une politique publique. Il s'inspire du Haut Conseil pour le Climat pour envisager un organisme public indépendant chargé d'évaluer les lois à l'aune de critères environnementaux, avant et après leur mise en oeuvre. C'est précisément ce type de mécanisme de contrôle qui distingue un programme sérieux d'une simple liste de promesses.
L'auteur
Rédaction de Le JSD.
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