Samedi 13 juin 2026

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Quel avenir pour la Maison Coignet ?

H
Par Harry
5 min de lecture
Quel avenir pour la Maison Coignet ?

À Saint-Denis, au 72 rue Charles-Michels, se dresse un bâtiment de 300 m² qui a changé l'histoire de la construction mondiale. Construite entre 1853 et 1855 par l'architecte Théodore Lachez, la maison de François Coignet est tout simplement la première habitation érigée en France grâce au béton aggloméré coulé dans des coffrages. Un monument fragile, longtemps négligé, dont l'avenir se joue aujourd'hui.

François Coignet et l'invention du béton économique

Né à Lyon le 10 février 1814, François Coignet hérite en 1846 de l'entreprise chimique fondée par son père. Loin de se cantonner à ce rôle, il consacre les années suivantes à une recherche acharnée : trouver un matériau de construction moins coûteux que la pierre de taille, capable d'offrir aux classes populaires des logements salubres. Un parfait fouriériste traduit en chantier.

En 1851, il installe une filiale à Saint-Denis pour conquérir le marché parisien. C'est là qu'il met au point son procédé : en remplaçant la terre du pisé par un mortier de cendres de houille mêlant chaux, cendres et scories, puis en homogénéisant l'ensemble avec de l'eau et un pilonnage intensif, il obtient ce qu'il nomme le béton aggloméré. Cette méthode rapproche les travaux de Vicat sur le mortier de mâchefer et la technique du pisé décrite par Cointereau. Franchement, c'est une synthèse de génie.

En 1854, il dépose son premier brevet de béton économique. La commission de quatorze architectes présidée par Henri Labrouste, venue visiter le chantier en novembre 1855, confirme l'intérêt du procédé. Le rapport rédigé par Émile Gilbert, publié dans Les Annales de la construction en 1857, souligne deux avantages décisifs : l'usage de matériaux de faible valeur et le recours à des manœuvriers en lieu et place d'ouvriers qualifiés.

Repères chronologiques clés de la maison Coignet
Date Événement
1853-1855 Construction de la maison Coignet à Saint-Denis
1854 Premier brevet de béton économique
12 juin 1998 Inscription aux monuments historiques
8 février 2024 Classement aux monuments historiques

Vers 1860, le procédé Coignet traverse la Manche. Des maisons construites selon cette méthode subsistent encore en Angleterre aujourd'hui. Au début des années 1860, il crée une filiale entièrement dédiée aux bétons agglomérés, qu'il ferme en 1876 pour recentrer son activité sur la chimie. Sa seconde épouse, Clarisse Coignet, marquera quant à elle les années 1870 par son engagement pour la laïcité à l'école.

Un patrimoine protégé mais fragilisé

Le site dionysien jouxte plusieurs autres bâtiments en béton Coignet, eux aussi protégés. L'immeuble du 67 rue Charles-Michels, construit en 1870 pour loger les ouvriers de l'usine, a bénéficié d'une rénovation totale achevée début 2016. La maison principale, elle, n'a pas eu cette chance.

Inscrite aux monuments historiques dès le 12 juin 1998, la maison du 72 rue Charles-Michels a ensuite été classée par décret le 8 février 2024, cette fois sans l'accord de l'entreprise propriétaire. La DRAC Île-de-France avait déclenché cette procédure d'office, consciente de l'urgence. Car le bâtiment se dégrade. Après la disparition de l'entreprise Coignet à la suite d'un rachat, l'immeuble est passé entre les mains de Saria, spécialiste du traitement des déchets organiques. Pendant une cinquantaine d'années, il a été occupé illégalement avant d'être finalement abandonné.

L'histoire américaine fait réfléchir. Le Coignet Stone Company Building à New York, ancien siège social de la succursale américaine, a été intégralement restauré en 2016 grâce au financement de la chaîne Whole Foods et à la mobilisation du quartier. Ce qui s'est fait à Brooklyn peut se faire à Saint-Denis.

Le projet Mémoire Durable : quelle vision pour la maison Coignet ?

Emmanuel Sala, arrière-arrière-petit-fils de François Coignet, a fondé il y a sept ans l'association La Maison Coignet pour défendre ce patrimoine. Autour de lui s'est construit un projet ambitieux intitulé Mémoire Durable, soutenu par la Caisse des dépôts et consignations, la Région Île-de-France et Plaine Commune. L'objectif : convertir le site en centre dédié à la recherche, l'expérimentation et l'écoconstruction.

Le programme envisagé est dense. Pour mémoire, voici les fonctions prévues dans le projet :

  1. Un espace de sensibilisation à la rénovation écologique pour les particuliers
  2. Un hébergement pour des associations locales du secteur du bâtiment
  3. Un atelier et centre de formation pour artistes de street art
  4. Un écosystème mêlant innovation, recherche et écoconception

La mobilisation académique est réelle. Pas moins de 280 élèves ingénieurs de deuxième année de l'ESTP Paris, spécialité bâtiment et bi-cursus ingénieur/architecte, ont planché sur des projets de réhabilitation. Deux propositions, La Maison du Street Art et E-Coignet, ont été sélectionnées pour représenter l'école au concours Les Génies de la Construction 2019. L'École Spéciale des Travaux Publics de Cachan a également consacré un trimestre entier à l'étude du site. L'association a par ailleurs été retenue par Rêve de scène urbaine, consortium spécialisé dans les projets urbains durables.

Le contexte joue en faveur du projet. Le quartier se restructure profondément avec le Grand Paris et les transformations héritées des Jeux Olympiques. Pour Plaine Commune, qui a édité en 2018 une brochure Focus Patrimoine consacrée à François Coignet, intégrer ce monument au récit de la mutation urbaine n'est pas une option symbolique : c'est une manière de donner du sens à la ville qui se construit. La maison Coignet, première du béton, pourrait bien devenir le laboratoire de la construction de demain.

L'auteur

H

Harry

Rédaction de Le JSD.

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