Paysage olympique : héritage et expérience sportive
Onze éditions consécutives des Jeux olympiques d'été, de Los Angeles 1984 à Paris 2024 : David Burnett a photographié chaque édition avec une constance rare. Né à Salt Lake City en 1946, ce photojournaliste américain ne chasse pas le podium triomphant. Il capte quelque chose de plus difficile à saisir : l'âme d'un lieu olympique.
Le regard d'un photographe sur le paysage olympique
Après avoir couvert la guerre du Vietnam de 1970 à 1972, puis travaillé dans plus de 80 pays, David Burnett a développé une sensibilité particulière aux espaces chargés d'histoire. La médaille d'or Robert Capa en 1973, le grand prix du World Press Photo en 1979, plusieurs distinctions de l'Overseas Press Club of America (1980, 1985, 2010) et le prix Sprague en 2018 pour l'ensemble de sa carrière : son parcours parle pour lui.
Cofondateur de l'agence Contact Press Images à New York en 1976 avec le journaliste franco-britannique Robert Pledge, Burnett a abordé les Jeux olympiques d'été avec une philosophie bien précise. Après trois éditions en format standard (Los Angeles, Séoul, Barcelone), il a basculé vers le moyen format et parfois le grand format au milieu des années 1990. Pourquoi ce choix ? Pour élargir le champ, transmettre une impression plutôt qu'un instant figé.
Ses photographies de paysages olympiques ne cherchent pas à "sauter au visage". Elles sont plus paisibles, conçues pour arrêter le regard et transmettre l'atmosphère des sites à ceux qui ne peuvent pas y assister. Jamais recadrées, elles visent à montrer ce que c'est vraiment que d'être là.
| Édition | Ville | Année |
|---|---|---|
| 1re | Los Angeles | 1984 |
| 3e | Barcelone | 1992 |
| 6e | Athènes | 2004 |
| 9e | Rio de Janeiro | 2016 |
| 11e | Paris | 2024 |
Ce qui le distingue fondamentalement, c'est la liberté. Burnett affirme n'avoir jamais subi la pression de produire l'image attendue du vainqueur qui pose en plein triomphe. Il prend du recul pour, paradoxalement, se rapprocher de l'événement et du territoire. Son affection particulière pour l'athlétisme illustre bien cette tension : il aime photographier le moment où l'athlète touche ses propres limites, ce frisson d'exploit hors norme que peu d'autres cherchent à saisir à cette échelle.
Paysages urbains olympiques : quand les Jeux transforment un territoire
Les Jeux ne laissent pas que des médailles. Ils redessinant des quartiers entiers, parfois pour des décennies. La Seine-Saint-Denis, territoire tiraillé entre dynamisme économique et difficultés sociales persistantes, en est l'exemple le plus récent pour Paris 2024. Les recherches académiques sur l'héritage des Jeux d'Athènes (2004), Pékin (2008), Londres (2012) et Rio (2016) montrent une constante : les transformations territoriales post-olympiques dépassent largement le cadre sportif.
Pour Paris 2024, l'Agence TER, agence française de paysagistes urbanistes lauréate du Grand Prix de l'Urbanisme 2018 (avec des projets à Paris, Karlsruhe, Shanghai, Barcelone et Detroit), a pris en charge la maîtrise d'œuvre des espaces publics du village des Athlètes. Au centre du dispositif : une place des athlètes articulée sur plusieurs niveaux, conçue comme lieu emblématique et structurant.
Voici les principaux projets paysagers liés aux Jeux parisiens portés par cette agence :
- La place des athlètes du village olympique, lieu central à plusieurs niveaux
- Une nouvelle entrée paysagère connectée à la station de Tram T11 et au Parc Georges Valbon
- Le Grand Chemin, boucle verte de l'Est parisien (plan guide, coordination du tracé)
- Le Parc d'Affaires d'Asnières, écoquartier de 16 hectares façonné par le paysage
Chaque projet porte une logique commune : inscrire l'héritage olympique dans le quotidien des habitants, bien après l'extinction de la flamme. Les Prairies du Canal à Illkirch, distinguées par une mention aux Green Solutions Awards, illustrent cette volonté de créer des espaces utiles, durables et habitables. Ce n'est pas de la mise en scène événementielle : c'est de l'urbanisme pensé sur le long terme.
Photographier et documenter le contenu du paysage olympique
Le Deauville Sport Images Festival, festival international de photographie et des cultures sportives, cherche depuis plusieurs années les multiples dimensions du sport à travers l'image. C'est précisément dans ce type d'espace que le travail de Burnett trouve tout son sens : pas comme reportage d'actualité, mais comme documentation sensible d'un patrimoine paysager en mouvement.
Frankement, la plupart des couvertures olympiques saturent les mêmes cadres : le geste décisif, le visage en pleurs, la médaille. Burnett fait l'inverse. Il documente ce que les tribunes ne voient pas : les perspectives architecturales, les foules en attente, la géographie silencieuse d'un site avant ou après la compétition. Sa technologie évolue avec lui, chaque édition apportant de nouveaux outils, mais la démarche reste la même depuis Atlanta ou Sydney.
Pour quiconque s'intéresse à la photographie sportive ou au paysage urbain olympique, cette approche donne une leçon précieuse : la valeur documentaire d'un territoire se construit dans la durée, non dans l'instant viral. Les 11 éditions couvertes par Burnett forment aujourd'hui un corpus visuel unique sur l'évolution des sites olympiques depuis 1984. Aucun autre photographe n'a maintenu cette continuité sur une telle amplitude.
Si vous souhaitez comprendre comment un paysage olympique se lit, se ressent et se transforme, commencez par regarder ses photographies autrement : non comme des images de sport, mais comme des portraits de territoires à un moment charnière de leur histoire.
L'auteur
Rédaction de Le JSD.
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