Pascal Boniface défend son livre « L'antisémite »
Le 25 février 1956 naissait à Paris Pascal Boniface, géopolitologue aujourd'hui connu du immense public autant pour ses analyses des relations internationales que pour une controverse qui l'a suivi pendant près de deux décennies. Docteur en droit public depuis 1985, fondateur de l'IRIS en 1990, auteur de plus de 80 ouvrages, il publie en 2018 un livre intitulé L'antisémite, dans lequel il prend la parole pour se défendre face aux accusations portées contre lui depuis avril 2001. Pourquoi ce livre ? Que dit-il vraiment ? Et qui le soutient ou l'attaque ?
La note de 2001 : point de départ d'une polémique durable
Tout commence au printemps 2001. Boniface rédige une note interne à la demande de la direction du Parti socialiste sur le positionnement du PS face au conflit israélo-palestinien. Il y critique l'alignement quasi systématique du parti sur la politique israélienne, qu'il juge incompatible avec les valeurs universalistes défendues par la gauche. Il va jusqu'à comparer Jörg Haider et Ariel Sharon, se demandant publiquement pourquoi l'un serait diabolisé et l'autre traité normalement, alors que Sharon "est passé aux actes". Une formulation tranchée, volontairement provocatrice.
Cette note reste confidentielle jusqu'à l'été 2001, date à laquelle l'ambassadeur d'Israël en France, Élie Barnavi, contribue à sa divulgation. La polémique éclate immédiatement. Des voix s'élèvent pour qualifier la note d'antisémite, amalgamant critique politique et haine raciale. Boniface conteste fermement cet amalgame entre antisionisme, qui relève de l'opinion, et antisémitisme, qui constitue un délit. Il n'a jamais été condamné par la justice pour antisémitisme : c'est un fait, pas une opinion.
En 2003, il publie Est-il permis de critiquer Israël ?, ce qui ravive les tensions. L'Arche répond par un article intitulé "Est-il permis d'être antisémite ?". Alfred Grosser, lui, démissionne du conseil de surveillance de L'Express après avoir pris publiquement la défense de Boniface, estimant que celui-ci "avait raison de mettre en lumière les abus de la victimisation". La même année, sous pression et sur conseil de Pierre Moscovici, Boniface renonce à son poste au PS avant de quitter définitivement le parti, spécialement après des critiques publiques de Dominique Strauss-Kahn.
Jean-Claude Lefort, président d'honneur de l'AFPS, parle de seize années de campagne de discrédit sans base factuelle, menée par quelques individus proches du CRIF prétendant parler au nom de l'ensemble de la communauté juive française. Pour Lefort, confondre ces quelques voix avec une représentation collective constitue une fausse information nauséabonde.
Les arguments de Boniface pour se défendre des accusations d'antisémitisme
Dans L'antisémite, Boniface expose sa thèse centrale : critiquer la politique du gouvernement israélien ne constitue pas un acte antisémite. Il dénonce un mécanisme précis, celui du "chantage à l'antisémitisme", qui consiste à disqualifier toute position critique sur Israël en l'assimilant à de la haine envers les Juifs. Le Monde diplomatique accueille favorablement le livre. Le Courrier de l'Atlas estime qu'aucun ouvrage n'avait auparavant dévoilé avec autant de clarté les rouages de ce mécanisme.
Voici les principaux griefs que Boniface formule contre ses détracteurs :
- Confondre délibérément antisionisme (position politique légitime) et antisémitisme (délit pénal)
- Tenter d'assécher les financements de l'IRIS, comme l'a fait Manuel Valls en écrivant aux ministères des Affaires étrangères et de la Défense
- Provoquer un black-out médiatique sur le sujet en dissuadant journalistes et chercheurs de prendre position
- Prétendre parler au nom de l'ensemble de la communauté juive, alors que seuls quelques individus mènent ces attaques
Mohamed Sifaoui, de son côté, voit une contradiction dans la démarche de Boniface : se plaindre qu'il serait impossible de critiquer Israël en France tout en publiant un livre entier, une dizaine d'articles et en participant à une trentaine d'émissions pour faire exactement cela. L'argument mérite d'être posé honnêtement.
| Partisan de Boniface | Critique de Boniface | Argument principal |
|---|---|---|
| Jean-Claude Lefort (AFPS) | Manuel Valls | Liberté d'expression vs. pression institutionnelle |
| Alfred Grosser | Mohamed Sifaoui | Victimisation vs. contradiction dans la démarche |
| Le Monde diplomatique | Caroline Fourest | Analyse légitime vs. complaisance envers l'islam politique |
| Le Courrier de l'Atlas | Philippe Val | Dévoilement du chantage vs. escroquerie intellectuelle |
La pétition "Stop à la chasse aux sorcières", lancée en soutien à Boniface, recueille plusieurs milliers de signatures. Frédéric Haziza et Julien Dray comptent parmi ceux qu'il désigne nommément comme auteurs d'attaques scandaleuses.
Une carrière sous pression permanente : ce que révèle le parcours de Boniface
Maître de conférences à l'université Paris 13 Nord dès 1985, conseiller ministériel auprès de Jean-Pierre Chevènement puis de Pierre Joxe de 1988 à 1992, membre du Conseil consultatif pour les questions de désarmement de l'ONU de 2001 à 2005, Boniface a construit une trajectoire institutionnelle solide. Prix Castex en 1987, Prix Vauban en 2012 : son travail a été reconnu bien avant la polémique.
Pourtant, les controverses s'accumulent. En octobre 2024, sa mise en cause du maire de Saint-Ouen-sur-Seine, Karim Bouamrane, en l'accusant d'être "instrumentalisé comme un muslim d'apparence", déclenche des condamnations d'Olivier Faure, Benjamin Haddad, Claude Bartolone et Stéphane Troussel. Le maire de Dijon François Rebsamen annule les Internationales de Dijon. La maire de Nantes Johanna Rolland exclut Boniface des Géopolitiques de Nantes.
Pour Lefort, la vraie question reste celle-ci : si l'antisémitisme ne recule pas en France, pourquoi refuser des alliés sincères dans ce combat ? Boniface n'a jamais été condamné. Il a été mis sous pression, ostracisé, attaqué financièrement. Ça ressemble davantage à un bâillonnement qu'à un débat démocratique. Et ça, franchement, ça devrait interpeller tout le monde, quelle que soit sa position sur le fond.
L'auteur
Rédaction de Le JSD.
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