NPA présentera sa liste aux élections municipales
Fin 2022, le Nouveau Parti anticapitaliste a vécu l'une des ruptures les plus nettes de son histoire. Le cinquième congrès a tranché sans ambiguïté : la plateforme B a recueilli 48,5% des suffrages, la plateforme C 45,3%, laissant la plateforme A à seulement 6,2%. Deux organisations distinctes sont nées de cette fracture, chacune revendiquant le nom NPA et poursuivant une stratégie radicalement différente. Pour les élections municipales de 2026, ces deux branches présentent leurs listes, et comprendre ce clivage est indispensable pour saisir la réalité du mouvement aujourd'hui.
Deux branches du NPA, deux visions des listes municipales
Le NPA, L'Anticapitaliste (NPA-A), porté par Philippe Poutou et Olivier Besancenot, a clairement orienté sa stratégie vers un rapprochement avec La France insoumise et la gauche de rassemblement. Aux législatives de 2024, il rejoignait le Nouveau Front populaire. Aux municipales de 2026, il participe ou soutient 41 listes unitaires dans des villes aussi diverses que Bordeaux, Toulouse, Nice, Marseille ou Montreuil. Ces listes associent une constellation d'organisations : LFI, PCF, Les Écologistes, Génération·s, L'Après, Place publique, et même le Parti pirate ou le Parti animaliste selon les territoires.
La liste bordelaise mérite une attention particulière. Conduite par Philippe Poutou lui-même, elle réunit des syndicalistes et des collectifs de luttes locales, sans se cantonner à une alliance purement partisane. C'est une approche assez typique du NPA-A : ancrer les listes dans les réalités sociales du terrain plutôt que dans les appareils.
En face, le NPA, Révolutionnaires (NPA-R) trace une ligne radicalement autre. Refus de toute union avec la gauche institutionnelle, listes baptisées « Ouvrières et Révolutionnaires », présence dans plus d'une vingtaine de villes. Ses porte-paroles nationaux incarnent cette identité ouvrière revendiquée : Gaël Quirante, postier licencié et syndicaliste, et Selma Labib, conductrice de bus et tête de liste à Ivry-sur-Seine. Pas de politiciens professionnels, seulement des salariés en première ligne.
La proposition d'alliance avec Lutte Ouvrière a été maintenue jusqu'au dépôt officiel des candidatures en février 2026. L'échec de ces négociations pèse sur la capacité du NPA-R à peser dans le scrutin. À ce jour, le parti n'a obtenu qu'un unique conseiller municipal, à Saint-Étienne-du-Rouvray.
Résultats électoraux et difficultés de financement : ce que l'histoire enseigne
La trajectoire électorale du NPA dessine une courbe difficile à ignorer. Aux européennes de 2009, le parti enregistrait son meilleur score : 840 713 voix, soit 4,88% des suffrages exprimés. Le politologue Pascal Perrineau jugeait pourtant cela comme un « cinglant échec » au regard des ambitions affichées. Dès 2014, la chute est vertigineuse : seulement 74 770 voix, soit 0,39% en métropole aux européennes.
Les présidentielles racontent la même histoire. Philippe Poutou : 1,15% en 2012 (411 160 voix), 1,09% en 2017, puis 0,77% en 2022 (268 904 voix), juste devant Nathalie Arthaud de Lutte Ouvrière. Les dépenses de campagne pour 2017 atteignaient 782 448 euros, une somme considérable pour une formation sans financement public.
Ce dernier point explique une partie des absences répétées du NPA dans certains scrutins. En 2019, l'impression des bulletins et professions de foi pour les européennes était estimée à un million d'euros. Avec seulement 1% d'intentions de vote dans les sondages, le parti restait loin du seuil de remboursement fixé à 3%. Résultat : pas de liste. En 2015 et 2021, même logique aux régionales.
| Scrutin | Résultat | Voix |
|---|---|---|
| Européennes 2009 | 4,88% | 840 713 |
| Présidentielle 2012 | 1,15% | 411 160 |
| Européennes 2014 | 0,39% | 74 770 |
| Présidentielle 2017 | 1,09% | 394 505 |
| Présidentielle 2022 | 0,77% | 268 904 |
Aux municipales de 2020, le NPA présentait 34 listes. À Bordeaux, la liste conduite par Poutou en alliance avec LFI décrochait trois sièges au conseil municipal. En 2021, Georges Ubbiali, candidat dans le Doubs grâce à une alliance avec le PCF, devenait le premier conseiller départemental élu sous étiquette NPA. Ces victoires ponctuelles montrent que l'alliance locale reste le majeur levier d'efficacité pour ces listes.
Comment bien présenter une liste NPA : les critères qui font la différence
Constituer et présenter une liste crédible sous bannière NPA obéit à des règles précises. Voici les critères essentiels à respecter, que vous soyez du côté du NPA-A ou du NPA-R :
- Ancrer la liste dans les luttes locales : éviter les listes purement partisanes, privilégier la présence de militants syndicaux et associatifs du territoire.
- Assumer une identité lisible : le NPA-R choisit le label « Ouvrières et Révolutionnaires », le NPA-A mise sur des alliances larges nommées sous NFP ou front de gauche local.
- Diversifier les profils : conductrice de bus, postier licencié, non-encartés, antifas selon les villes, comme à Oyonnax. L'hétérogénéité renforce la légitimité populaire.
- Anticiper le financement : sans financement public et avec le seuil de remboursement à 3%, chaque euro compte. Les campagnes doivent être calibrées sur des budgets réalistes.
- Négocier les accords en amont : le NPA-R a maintenu sa proposition d'alliance avec Lutte Ouvrière jusqu'en février 2026. Tarder ferme des portes.
Pour le NPA-A, la liste de Quimper associe Marie Lauwers, Jean-Paul Debest et la Gauche Bretonne, illustrant comment intégrer des forces régionalistes dans une démarche unitaire. À Tournissan, c'est Aline Zezima (NPA-A, position 2) qui porte la liste avec des citoyens non encartés. Ces configurations prouvent qu'il n'existe pas de modèle unique : la forme doit coller au territoire.
L'auteur
Rédaction de Le JSD.
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