Samedi 13 juin 2026

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Migrants à Meriel : la réalité de l'immigration

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Par Romain
5 min de lecture
Migrants à Meriel : la réalité de l'immigration

Le 31 mai 2025, près de 1 200 personnes ont traversé la Manche en 18 embarcations pour atteindre les côtes britanniques. Le lendemain, 1 200 autres migrants ont réussi la même traversée. Ces chiffres record ne sont pas le fruit du hasard : ils révèlent une dynamique profonde, alimentée par des décennies de politiques migratoires dont les effets concrets restent largement méconnus du grand public.

Des accords franco-britanniques aux conséquences mortelles

Depuis la signature du traité de Sandhurst en 2018, le Royaume-Uni a versé à la France plus de 625 millions de livres sterling pour renforcer les contrôles migratoires sur la côte nord-française. L'objectif affiché était simple : arrêter les départs. La réalité s'avère bien plus complexe.

Un rapport d'enquête collaborative, menée pendant un an par des chercheurs du Centre for Sociodigital Futures de l'université de Bristol et de Border Forensics, valide que cette politique, baptisée "Stop the Boats" du côté britannique, a directement contribué à une forte hausse des décès parmi les personnes migrantes. Entre 1999 et 2026, au moins 525 décès ont été enregistrés à la frontière britannique avec l'Europe, dont plus de la moitié depuis 2019. Sur cette période récente, 197 personnes sont mortes ou ont disparu dans la Manche, 129 d'entre elles entre 2023 et fin 2025.

Voici comment le financement britannique s'est progressivement constitué :

  1. Janvier 2009 : 15 millions de livres sterling pour scanners et équipements technologiques
  2. 2014-2016 : 113,66 millions de livres pour des "améliorations en matière de sécurité"
  3. Janvier 2018 : 44,5 millions via le traité de Sandhurst
  4. 2020 : 28,1 millions pour "soutenir les efforts de la France contre les petites embarcations"
  5. Juillet 2021 : 54 millions supplémentaires
  6. Mars 2023 : 476 millions sur trois ans, le programme extrêmement le plus important à ce jour

Ces fonds ont servi à équiper les forces françaises en drones, véhicules tout-terrain, hélicoptères et lunettes de vision nocturne. En 2025, 1 200 agents pouvaient être déployés quotidiennement sur les côtes, dont 730 financés directement par Londres. Pourtant, le nombre de traversées n'a pas durablement diminué : 36 800 arrivées ont été recensées en 2024, contre 13 397 au troisième trimestre 2023 seul.

Pourquoi la police française ne peut pas intervenir sur l'eau

Beaucoup s'interrogent sur ces images de policiers français présents sur les plages sans empêcher les départs. La réponse tient au cadre juridique du droit de la mer : les autorités françaises n'ont pas le droit d'interpeller des individus une fois qu'ils se trouvent sur une embarcation. Une fois à l'eau, elles n'interviennent que pour le sauvetage.

John Healey, secrétaire d'État à la défense britannique, l'a reconnu lui-même sur SkyNews : "la police française est incapable d'intervenir et d'intercepter les bateaux en eau peu profonde". Les passeurs connaissent précisément ce point faible. Ils utilisent désormais des "bateaux-taxis" qui embarquent les personnes directement depuis l'eau, contournant ainsi tout contrôle possible sur la plage.

Bruno Retailleau, ministre français de l'Intérieur, a plaidé pour un "changement de doctrine". En février 2025, Londres et Paris ont prolongé jusqu'en 2027 leur traité de coopération contre l'immigration clandestine. Mais la pression politique ne suffit pas à modifier du jour au lendemain des règles ancrées dans le droit international maritime.

Année Traversées enregistrées Décès confirmés
20208 462Non précisé séparément
202125 52646 morts et disparus
202245 7557 morts et disparus
2023~18 00017 morts
202436 80076 décès confirmés

Des embarcations surchargées : la mécanique des décès

Les canots utilisés pour traverser ont radicalement changé de format. En 2020, ils mesuraient environ 3 mètres. En 2022, la taille standard atteignait 8 mètres. En 2025, des "super-canots" de 12 mètres ont été observés. La capacité a explosé, mais la qualité des embarcations, elle, a chuté.

Selon Utopia 56, 65 personnes sont mortes à moins de 300 mètres de la plage ces deux dernières années. En septembre 2025, une moyenne de 71 passagers par embarcation était enregistrée. Un canot a transporté 112 personnes : deux sont tombées par-dessus bord et se sont noyées, trois autres ont perdu la vie écrasées sous le poids des autres passagers, et les garde-côtes français n'ont pu secourir que 49 d'entre elles avant que le canot poursuive sa route.

Angela Eagle, ministre d'État chargée de la sécurité des frontières et de l'asile, a admis en novembre 2024 que "le nombre de décès a atteint un niveau record car la pression exercée sur les réseaux de passeurs s'est accrue, les embarcations sont surchargées". Le rapport Cranston, enquête indépendante sur le naufrage du 24 novembre 2021 ayant coûté la vie à plus de 30 personnes, a conclu que ces décès auraient pu être "évités" et a dénoncé des "défaillances systémiques" au sein des garde-côtes britanniques.

Des tragédies humaines jalonnent cette chronologie. Wudase, une Érythréenne de 24 ans, est morte écrasée le 26 septembre 2023 à Blériot-Plage alors qu'environ 80 personnes tentaient de monter dans le même canot : c'était la première personne à mourir ainsi à l'intérieur d'une embarcation. Le 14 juin 2025, un jeune Soudanais a été abattu dans le camp de Loon-Plage, avec cinq autres blessés par balle.

Pour le Mixed Migration Centre, les discours sur la "perturbation du modèle économique des passeurs" ne tiennent pas compte de la dynamique fondamentale de l'offre et de la demande. Tant que les conditions qui poussent les gens à fuir existent, intercepter des bateaux ne supprime pas la migration : elle la rend seulement plus dangereuse. C'est précisément ce mécanisme que les chercheurs de l'université de Bristol ont documenté sur une année entière.

L'auteur

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Romain

Rédaction de Le JSD.

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