Lutte ouvrière sera candidate : programme 2026
Fondé officiellement le 12 juin 1968, au lendemain de Mai 68, Lutte Ouvrière reste l'une des organisations trotskistes françaises les plus constantes et les plus reconnaissables sur la scène politique. Derrière cette longévité, il y a une histoire dense, une implantation militante réelle et des ambitions électorales renouvelées, notamment pour 2027 avec la candidature annoncée de Nathalie Arthaud à la présidentielle.
Des origines ouvrières au programme révolutionnaire actuel
Tout commence bien avant 1968. Les racines de LO plongent jusqu'en 1939 avec le Groupe Barta, fondé par David Korner dit Barta, militant roumain arrivé en France en 1936. Ce groupe publie en octobre 1942 le journal La Lutte de classe, première expression écrite de cette tendance marxiste-léniniste-trotskiste. Une filiation revendiquée avec Karl Marx, Friedrich Engels, Léon Trotski et la révolution russe d'octobre 1917.
Après la scission du groupe Lutte de classe en 1949-1950, une nouvelle organisation naît : Voix ouvrière, créée le 26 novembre 1956. C'est elle que les événements de Mai 68 dissolvent, laissant place le 12 juin 1968 à Lutte Ouvrière, dont le journal hebdomadaire éponyme paraît dès le 26 juin 1968. Aujourd'hui diffusé à 12 000 exemplaires (2020), ce journal constitue le fil conducteur de l'organisation.
Sur le fond, le programme de LO articule des positions claires et sans ambiguïté :
- Interdiction des licenciements
- Salaire minimum de 2 000 euros par mois, indexé sur l'inflation réelle
- Construction de centaines de milliers de logements, pris en charge par l'État
- Contrôle démocratique par la population des décisions économiques des grandes entreprises
- Création d'un parti communiste révolutionnaire dirigé par et pour la classe ouvrière
L'organisation milite pour une révolution socialiste mondiale. Ce n'est pas de la rhétorique de vitrine : le 55e congrès de LO, tenu les 6 et 7 décembre 2025 en région parisienne, a adopté à l'unanimité deux textes d'orientation portant sur la situation internationale et la situation en France.
Résultats électoraux : entre pics historiques et déclin récent
Arlette Laguiller incarne pendant trois décennies le visage public de l'organisation. Première femme à se présenter à une élection présidentielle en France, en 1974, elle réalise son meilleur score en 2002 : 5,72% des suffrages exprimés, soit 1 630 045 voix, cinquième sur seize candidats. Un résultat qui place momentanément LO dans le cercle des forces politiques audibles.
| Élection présidentielle | Candidate | Score | Voix |
|---|---|---|---|
| 1974 | Arlette Laguiller | 2,33% | 601 519 |
| 1995 | Arlette Laguiller | 5,30% | 1 615 552 |
| 2002 | Arlette Laguiller | 5,72% | 1 630 045 |
| 2017 | Nathalie Arthaud | 0,64% | 232 384 |
| 2022 | Nathalie Arthaud | 0,56% | 197 094 |
Nathalie Arthaud, porte-parole depuis 2008, n'a pas retrouvé les scores du tournant des années 2000. Aux municipales, l'organisation présente des résultats plus nuancés. 128 listes en 2001 aboutissent à 33 élus dans 22 villes ; en 2026, avec 266 listes, LO obtient 24 conseillers municipaux et 79 440 voix soit 1,29%. Aux législatives de 2024, le parti recueille 349 047 voix, soit 1,09%.
Le pic européen reste 1999 : la liste commune avec la LCR rassemble 914 680 voix à 5,18%, avec trois sièges au Parlement européen, notamment pour Armonia Bordes, Arlette Laguiller et Chantal Cauquil au groupe GUE/NGL.
Lutte ouvrière sera candidate en 2026 et 2027 : une organisation bien ancrée
Franchement, on aurait tort de réduire LO à ses seuls résultats électoraux. L'essentiel de l'activité militante se joue ailleurs. L'organisation édite environ 500 bulletins d'entreprises : au recto, un édito national ; au verso, des informations concrètes sur les conditions de travail. En 2020, près de 500 000 travailleurs reçoivent cette presse tous les quinze jours. C'est une implantation de terrain que peu de partis de cette taille peuvent revendiquer.
La fête nationale annuelle de Pentecôte, organisée à Presles dans le Val-d'Oise (à 30 km au nord de Paris), au parc du château de Bellevue, rassemble entre 20 000 et 30 000 personnes. Le Cercle Léon Trotsky tient plusieurs fois par an des conférences à la Maison de la Mutualité, avec environ 1 000 participants à chaque fois. LO compte par ailleurs 8 000 adhérents revendiqués en 2018 et reste membre de l'Union communiste internationaliste (UCI), présente dans une douzaine de pays dont la Guadeloupe, la Martinique, Haïti, l'Italie ou l'Allemagne.
Pour les élections municipales des 15 et 22 mars 2026, l'organisation présente des listes dans quelque 250 villes. En cas d'élections législatives anticipées, elle s'est engagée à présenter des candidats partout en France. L'échéance majeure reste 2027 : Nathalie Arthaud portera le programme de la lutte des travailleurs à la présidentielle. Si les scores récents restent modestes, la constance organisationnelle de LO sur plus de huit décennies mérite d'être prise au sérieux. Comprendre ce que l'organisation dit réellement, au-delà des caricatures, c'est déjà mieux saisir les fractures sociales que la politique institutionnelle préfère souvent ignorer.
L'auteur
Rédaction de Le JSD.
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