Jeunes convaincus pour l'action climatique
Ils ont moins de 25 ans, ils regardent fondre les glaciers sur leurs écrans et subissent des étés de plus en plus étouffants. Pourtant, 42 % des 16-24 ans se classent dans la catégorie des climatosceptiques selon l'étude ObsCOP 2022 réalisée par EDF et Ipsos. Ce chiffre surprend, dérange, et mérite qu'on s'y arrête vraiment. Parce que comprendre qui sont les jeunes climato-convaincus, c'est d'abord comprendre ce qui pousse une partie de leur génération à douter.
Quand être convaincu du climat devient un acte militant
Jeanne, 48 ans, enseigne les SVT depuis vingt ans en banlieue d'une grande métropole. Elle côtoie des lycéens chaque jour et constate un fossé béant : le discours climatique dominant ne leur parle pas. Trop conceptuel, trop lointain, pensé pour des publics favorisés. Elle rêve d'une écologie émancipatrice, fondée sur l'accompagnement et l'incitation positive, non sur la taxe et l'interdit. Pour elle, réduire la transition à des sanctions stigmatise les individus au lieu de les embarquer dans un projet collectif.
Marc, lui, est maître-nageur et navigue depuis toujours en Baie du Mont Saint-Michel. Il observe les transformations du littoral au quotidien, reconnaît que les conséquences climatiques sont réelles, mais estime que l'humain reste fondamentalement impuissant face aux cycles naturels. Il mise tout sur l'adaptation. Pourtant, Marc a modifié ses habitudes de consommation, roule en électrique et défend un mix énergétique combinant renouvelables et nucléaire de nouvelle génération. Paradoxe ? Pas vraiment : sa conviction passe par les faits concrets, pas par les grands récits.
Ces deux portraits illustrent quelque chose d'essentiel. Les jeunes climato-convaincus ne se définissent pas par une idéologie, mais par une expérience vécue du dérèglement. D'après l'étude ObsCOP, 80 % des climatoconvaincus ont personnellement constaté des effets du changement climatique dans leur région, contre seulement 60 % des sceptiques. L'écart devient encore plus frappant sur des événements précis :
| Événement climatique | Climatosceptiques n'en ayant pas subi | Climatoconvaincus n'en ayant pas subi |
|---|---|---|
| Canicule | 66 % | 35 % |
| Sécheresse | 52 % | 27 % |
| Inondation | 18 % | 9 % |
| Assèchement d'un cours d'eau | 44 % | 19 % |
La conviction climatique se construit donc largement par le corps, par la mémoire des étés brûlants, des rivières disparues. Ce n'est pas une abstraction.
Le climatoscepticisme chez les jeunes : pourquoi ça progresse
Dire que les jeunes sont naturellement climato-convaincus est un mythe confortable. En 2019, 70 % des Français acceptaient le fait que le changement climatique est d'origine humaine. En 2022, ce chiffre est tombé à 63 %. Parmi les 30 pays testés par l'enquête, seuls cinq ont vu ce doute progresser plus fortement qu'en France. C'est une mode lourde, pas une anecdote.
Le facteur économique pèse énormément. Les ménages à bas revenus sont passés de plus de 70 % d'adhésion au consensus en 2019 à 58 % en 2022, soit une chute de 12 points. Les ouvriers sont 43 % à remettre en cause l'origine humaine du réchauffement, contre 26 % des cadres. Ce n'est pas de l'ignorance : c'est une méfiance rationnelle de ceux qui craindront les premiers les coûts de la transition, qu'il s'agisse de rénovation thermique ou de renouvellement du parc automobile.
L'idéologie politique structure aussi profondément les convictions. Sur une échelle de 0 à 10, les électeurs se situant entre 0 et 2 ne sont que 23 % à être climatosceptiques, contre 43 % chez ceux se classant entre 8 et 10. Les électeurs de Nicolas Dupont-Aignan atteignent 64 % de sceptiques, ceux d'Éric Zemmour 58 %, et les abstentionnistes 48 %. Une étude publiée en 2020 dans la revue Nature Climate Change le confirme : pour les personnes d'idéologie droitière, l'éducation ne produit que des effets faibles, voire nuls, sur l'adhésion au consensus climatique. Le climatoscepticisme n'est donc pas une question d'ignorance.
Voilà les principaux vecteurs qui alimentent le doute chez les plus jeunes :
- Une exposition massive aux réseaux sociaux, source d'information principale pour 39 % des 18-24 ans selon le Baromètre 2023 de la confiance réalisé par Kantar et La Croix
- Une nébuleuse climatosceptique active sur Twitter, représentant 30 % des comptes s'exprimant sur le sujet, analysée par le CNRS à partir de 400 millions de tweets
- Une défiance croissante envers la science : en 2020, 74 % des Français entretiennent un rapport ambigu ou négatif à la science, contre une majorité favorable en 1972
- Un traitement médiatique indigent : selon Climat Médias, seulement 3 % des reportages mensuels des JT de 20h mentionnent les changements climatiques
Construire une génération climato-convaincue : ce qui fonctionne vraiment
Jeanne le dit sans détour : on parle du climat en France, mais mal. D'une manière qui éloigne plutôt qu'elle ne fédère. La solution ne passe pas par plus d'informations abstraites, mais par une pédagogie ancrée dans le quotidien. Relier la montée des allergies printanières au dérèglement des saisons, expliquer pourquoi le coût de l'alimentation fluctue avec les sécheresses agricoles : voilà ce qui touche les lycéens qu'elle accompagne.
Les travaux menés par l'Ademe auprès des parlementaires français montrent qu'une évolution est possible : en 2003, seulement 21 % des élus reconnaissaient que les désordres climatiques sont causés par l'effet de serre. En 2020, 79 % admettaient l'origine humaine du dérèglement. Mais 44 % des élus de droite estiment encore que les scientifiques exagèrent les risques, contre 5 % à gauche. Si même les décideurs restent fractionnés, difficile d'attendre une cohérence dans les messages adressés à la jeunesse.
Frankement, le vrai levier, c'est de rendre l'écologie désirable et non punitive. Marc défend sa ville investissant dans les pistes cyclables et la végétalisation urbaine. Ce modèle concret, visible, touche davantage qu'un rapport du GIEC dont la sortie en mars 2023 n'a occupé que 0,6 % du temps d'antenne télévisée. Les jeunes climato-convaincus de demain se construiront sur des expériences vécues, des succès locaux visibles et un discours qui les respecte, pas sur des injonctions culpabilisantes venues d'en haut.
L'auteur
Rédaction de Le JSD.
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