Samedi 13 juin 2026

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Guate Mao : visages des rues en street art

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Par Romain
5 min de lecture
Guate Mao : visages des rues en street art

Un quart d'heure. C'est le temps qu'il faut à Guaté Mao pour poser un portrait sur un mur. Derrière cette rapidité apparente se cache un travail minutieux : une journée entière de découpe de pochoirs, des années de voyage, des milliers de kilomètres parcourus du Sénégal au Vietnam. Depuis environ 2015, cet artiste français transforme les rues en galeries à ciel ouvert, sans jamais révéler son vrai visage.

Guaté Mao, l'homme aux mille visages sans identité

Le pseudo dit beaucoup. Guaté vient du Guatemala, pays qu'il affectionne profondément. Mao, c'est son prénom. Ce mélange donne une identité artistique forte à un homme qui, lui, refuse soigneusement d'en avoir une en public. Il cache son identité avec un soin quasi obsessionnel, ne souhaite pas être reconnu dans la rue, et pourtant ses œuvres, elles, sont partout.

Originaire de la région francilienne, il a découvert le street art à Montpellier, où il a vécu cinq ans avant de s'installer à Saint-Denis. Cette trajectoire n'est pas anodine : Montpellier lui a offert un terrain d'expérimentation, et Saint-Denis lui a fourni un ancrage dans une ville populaire, diverse, vivante. On retrouve encore ses pochoirs dans le quartier de l'Écusson et rue Saint-Pierre, près de la cathédrale et de la gare Saint-Roch.

Grand voyageur, il rapporte de chaque périple des photographies de rencontres. Le Sénégal, la Gambie, le Vietnam, le Tibet : autant de sources d'inspiration. L'exposition Ad Vietnam Eternam, consacrée à son travail autour de l'Asie du Sud-Est, a été présentée à Saint-Denis. Ses sujets, adultes ou enfants, portent souvent des habits traditionnels issus d'ethnies diverses des cinq continents. Le regard qu'il pose sur ses modèles, tendre et parfois empreint de mélancolie, dit tout de sa philosophie artistique.

Son message tient en quelques mots qu'il formule lui-même : les visages croisés ailleurs nous parlent ici. Pas de jugement dans ces yeux peints sur les murs. Une présence, une intrusion douce dans le quotidien des passants.

La technique du pochoir : un art de la précision et de la vitesse

Tout repose sur le pochoir multicouche. Habituellement trois couches superposées, découpées à partir de photographies. Deux ou trois pochoirs suffisent à construire un portrait complet. La découpe demande une réduite journée de travail, mais la pose, elle, ne prend qu'un quart d'heure. Cette efficacité est calculée : elle permet à Guaté Mao de peindre n'importe quand, de jour comme de nuit, avec ses pochoirs sous le bras et ses bombes dans le sac.

Ce n'est pas de l'improvisation. C'est une logistique pensée pour saisir l'opportunité dès qu'un support se présente. Une porte taguée, un mur décrépi, une poubelle, un boîtier électrique : tout lui convient. Il assume pleinement ce côté vandale, qui fait partie intégrante de sa démarche. Les lignes des visages sont souvent rehaussées de traits appuyés, les couleurs vives créent un contraste saisissant avec la grisaille urbaine.

Voici ce qui caractérise sa méthode de travail :

  • Photographies personnelles prises lors de voyages, parfois empruntées à d'autres photographes
  • Découpe minutieuse sur une journée entière pour chaque série de pochoirs
  • Pose express de quinze minutes sur n'importe quel support urbain
  • Travail en autonomie totale, de jour comme de nuit
  • Ateliers pédagogiques animés dans des collèges et lycées

Cette transmission auprès des jeunes révèle une dimension souvent oubliée de son travail : Guaté Mao ne se contente pas de peindre, il enseigne et partage sa vision.

Saint-Denis, Paris, Marseille : cartographie d'une présence urbaine

Ses œuvres couvrent un territoire précis. À Saint-Denis, c'est autour du marché et de la gare que se concentre l'essentiel, des lieux de passage où tout le monde se croise. On trouve ses portraits rue Ferdinand Gambon, rue Dezobry, rue Auguste Delaune, boulevard Jules Guesde, boulevard Carnot, rue Catulienne, rue de la République et place du Caquet. À Aubervilliers, sa présence se confirme également.

Ville Lieux notables Particularités
Saint-Denis Marché, gare, rue Gabriel Péri Concentration principale, tissu populaire
Paris Rue de Valenciennes (10e), passage Dubail, rue des Fontaines du Temple (3e) Proche gare du Nord et place de la République
Marseille Cours Julien Portraits d'enfants asiatiques, mai 2017
Montpellier Quartier de l'Écusson, rue Saint-Pierre, pont gare Saint-Roch Ville de ses débuts artistiques

En 2017, l'Office du Tourisme de Plaine Commune l'a invité dans le cadre du projet Street Art Avenue, lancé en 2016. Il a peint plusieurs piliers du viaduc du boulevard périphérique et les silos à béton de Cemex sur les rives du canal Saint-Denis. Deux œuvres marquantes : O'chau, un motif Hmong, et Kabamba. Ce projet s'étend du Stade de France au parc de La Villette, transformant le canal en corridor artistique de plusieurs kilomètres.

Quand l'art de rue redessine les quartiers en transformation

Le street art de Guaté Mao surgit souvent dans des espaces en mutation. Saint-Denis, comme d'autres communes de banlieue parisienne, connaît des transformations immobilières profondes qui modifient le visage des quartiers populaires. Ses portraits y prennent une dimension supplémentaire : ils ancrent une mémoire visuelle dans des rues vouées à changer.

Franchement, c'est ce que je trouve le plus fort dans sa démarche. Peindre un visage tibétain sur un mur de Saint-Denis, ce n'est pas du décor. C'est affirmer que l'universel habite le local, que chaque passant mérite d'être regardé par quelqu'un venu de loin. Ses portraits ne jugent pas, ne revendiquent pas bruyamment : ils observent, et c'est amplement suffisant pour bousculer.

Modeste et discret, Guaté Mao continue de parcourir les rues, pochoirs sous le bras. La prochaine façade qui interpellera votre regard, ce sera peut-être la sienne.

L'auteur

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Romain

Rédaction de Le JSD.

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