Samedi 13 juin 2026

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Contre les fermetures de classes : mobilisation

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Par Romain
6 min de lecture
Contre les fermetures de classes : mobilisation

Dans le département de l'Eure, 66 fermetures de classe sont annoncées pour la rentrée 2026 dans les écoles maternelles et élémentaires. Ce chiffre vertige, 44 postes d'enseignants à rendre contre seulement 9 en 2025, illustre une accélération brutale qui révolte parents, enseignants et élus. À l'échelle nationale, le gouvernement du ministre M. Geffray a annoncé la suppression de 4 000 postes d'enseignants. La mobilisation contre ces fermetures de classes ne relève plus du symbolique : elle est urgente.

Pourquoi autant de fermetures de classes en 2026 ?

L'argument démographique revient systématiquement dans la bouche des décideurs. La baisse du nombre d'élèves est réelle : 300 000 élèves en moins entre 2017 et 2021, puis 75 000 de moins à la seule rentrée 2021. Mais utiliser ce seul critère pour justifier des suppressions massives de postes, c'est une erreur pédagogique et politique majeure. La rentrée 2021 avait d'ailleurs créé 2 489 postes supplémentaires malgré cette baisse, preuve que d'autres choix sont possibles.

En octobre 2025, le ministre a annoncé une moyenne nationale de 21 élèves par classe, présentée comme une première historique dans l'éducation française. Sauf que cette moyenne cache des disparités énormes. À Évreux, 7 fermetures de classe sont prévues, selon le maire Guy Lefrand. L'ouest du département (Pont-Audemer, Bernay) concentre environ la moitié des suppressions.

Le cas de l'école de Dangu, près de Gisors, est parlant. 55 élèves répartis en trois classes (de la petite section au CM2) passeraient à deux classes à la rentrée, créant un quadruple niveau pédagogiquement intenable. Qui peut sérieusement croire qu'un enseignant seul peut mener de front quatre niveaux avec une qualité d'enseignement acceptable ?

La France est pourtant classée dernière dans l'Union européenne (parmi les 27) pour le nombre d'élèves par classe à l'école élémentaire et au collège. Autrement dit : on est déjà en retard, et on accélère dans la mauvaise direction.

Les conséquences concrètes pour les élèves, les enseignants et les communes

21 élèves dans une classe maternelle ou élémentaire, ce n'est pas la même chose que 26 ou 27. Ce n'est pas une question d'opinion, c'est une réalité quotidienne pour chaque enseignant. Moins d'élèves, c'est plus de temps par enfant, une meilleure détection des difficultés, un suivi individualisé rendu possible. À rebours, surcharger les classes, c'est accentuer les inégalités que l'école est censée diminuer.

Pour les communes, les répercussions sont directement budgétaires et organisationnelles. Les ATSEM (agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles) restent sous contrat communal malgré les fermetures. Les bâtiments scolaires doivent être réorganisés. Rouvrir une classe fermée demande des mois, parfois des années, face aux obstacles administratifs, budgétaires et parfois politiques. La fermer prend quelques semaines. Cette asymétrie est profondément injuste.

Du côté des enseignants, Mathilde Marnière, co-secrétaire départementale de la FSU-SNUipp, qualifie la carte scolaire d'inacceptable. Le stress est réel : un enseignant dont la classe ferme peut ne pas connaître son affectation pour la rentrée jusqu'à la veille. Ce n'est pas une situation acceptable pour des professionnels investis.

À Ancenis-Saint-Géréon (44150), les parents d'élèves des écoles Alexandre Bernard, Albert Camus et Madame de Sévigné ont lancé tribune et pétition pour défendre trois classes menacées, rejoints par les familles d'une école privée également touchée. Ce type de mobilisation transversale, publique et privée réunis, est précisément le signal que quelque chose cloche dans l'arbitrage politique.

Se mobiliser efficacement : méthodes et leviers d'action

Face à des décisions définitives annoncées au 3 avril, avec des documents de travail reçus seulement le 23 mars, moins de deux semaines s'écoulent pour agir. Ce calendrier n'est pas un hasard : il limite mécaniquement les possibilités de contestation. Voici les actions concrètes qui fonctionnent :

  1. Constituer un dossier solide à présenter au DASEN, avec l'appui des IEN, incluant l'indice de position sociale (IPS) de l'école, le nombre d'élèves suivis par le RASED ou ayant un dossier MDPH, et les projections d'effectifs futurs.
  2. Organiser des réunions publiques d'information en associant syndicats et associations de parents d'élèves, pour informer sans paniquer.
  3. Envoyer des courriers ciblés au DASEN et à la Mairie, et demander une audience auprès de la DSDEN.
  4. Se rassembler le jour du CSA-SD (comité social d'administration) avec d'autres écoles, pour peser collectivement sur les décisions.
  5. Relayer les pétitions et distribuer des tracts syndicaux à la sortie des classes pour élargir la mobilisation.

L'engagement du gouvernement depuis 2019 stipule qu'aucune fermeture d'école en milieu rural ne peut intervenir sans l'accord du maire. Cet engagement a même été étendu aux fermetures de classes à la rentrée 2020. Pourtant, l'absence de consultation préalable des maires par les services de l'Éducation nationale reste un grief récurrent des élus locaux. La rupture de confiance est profonde.

Territoire Fermetures prévues Postes supprimés
Eure (total département) 66 classes 44 postes
Évreux (ville) 7 classes Non communiqué
Dangu (près de Gisors) 1 classe (passage de 3 à 2) 1 poste

Ce que l'exemple des Vosges nous apprend sur les arbitrages possibles

Le département des Vosges offre un contre-exemple instructif. À la rentrée 2020, la moyenne y était de 20,5 élèves par classe, inférieure à la moyenne nationale de 22,2. À la rentrée 2021, malgré une baisse prévue de 512 élèves, aucun retrait d'emploi n'a eu lieu dans le département. M. Jean Hingray, député des Vosges (UC), avait d'ailleurs interpellé publiquement le ministre Jean-Michel Blanquer et la secrétaire d'État Nathalie Elimas sur les réalités du terrain, les invitant à venir constater eux-mêmes l'impact des fermetures sur les collectivités.

Ce que cela prouve : les fermetures ne sont pas une fatalité démographique. Elles résultent de choix politiques. Investir dans l'éducation plutôt que de la traiter comme une variable d'ajustement budgétaire, c'est la ligne défendue par SUD éducation et la FSU-SNUipp, qui accompagnent les équipes locales dans la construction de dossiers et la mobilisation. Jules Ferry l'écrivait déjà dans la révision pédagogique de 1896 : l'édifice scolaire se construit tant que la démocratie reste maîtresse de ses destinées. Si vous vous posez la question de la répartition de l'allocation de rentrée scolaire entre parents séparés, c'est aussi le signe que chaque décision éducative a des répercussions bien concrètes dans la vie des familles. Défendre les classes, c'est défendre bien plus qu'un chiffre sur une carte scolaire.

L'auteur

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Romain

Rédaction de Le JSD.

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