Compteurs Linky : guide complet pour votre ville
Au 31 décembre 2021, 34 millions de compteurs Linky avaient été posés sur le territoire français, soit 90% du parc d'Enedis. Un déploiement massif, lancé dès 2015, qui n'a pas manqué de soulever des questions sur les acteurs impliqués, les données collectées et le rôle des villes dans ce projet. Franchement, entre idées reçues et enjeux réels, le sujet mérite qu'on l'examine sans détour.
Qui déploie le compteur Linky et selon quel calendrier dans votre ville ?
Le compteur Linky remplace progressivement tous les anciens appareils d'une puissance inférieure ou égale à 36 kVA, ciblant les profils dits Tarif Bleu : particuliers, PME, commerçants et professions libérales. Enedis (anciennement ERDF) gère 95% du territoire national. Les 5% restants relèvent des ELD (Entreprises Locales de Distribution), dont Vialis en Alsace, qui poursuit son déploiement jusqu'en 2027.
Pour illustrer concrètement la mécanique de déploiement à l'échelle locale : Saint-Dié-des-Vosges a été la première ville vosgienne concernée, avec 10 000 compteurs à installer sur environ 6 mois. L'entreprise AGISCOM services mobilisait une dizaine de poseurs pour tenir ce rythme. Les communes ne choisissent pas le calendrier. C'est Enedis qui l'organise, et un courrier arrive chez l'habitant un mois avant l'intervention. Impossible de demander à avancer la date.
L'installation dure environ 30 minutes, avec une coupure de courant temporaire. Mais attention : le compteur n'est pas immédiatement opérationnel après la pose. Enedis doit l'activer sur le réseau, ce qui prend habituellement 30 jours, parfois entre 6 et 8 semaines selon la vitesse du déploiement dans la zone concernée.
La question du refus revient fréquemment. Légalement, il n'est pas possible de s'y opposer. Les compteurs appartiennent aux collectivités territoriales, qui en confient la gestion à Enedis via délégation de service public. L'obligation découle de l'article 29 de la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte et de l'article L.341-4 du Code de l'énergie, eux-mêmes ancrés dans les directives européennes 2006/32/CE et 2009/72/CE visant les smart grids. Les réfractaires s'exposent désormais à une sanction de 10,66€ HT tous les deux mois depuis l'entrée en vigueur du TURPE 7 en août 2025, contre une indemnité annuelle pouvant atteindre 49,80€ auparavant.
Flicage et données personnelles : ce que les partenaires d'Enedis savent vraiment de vous
C'est là que le débat devient sensible. Pendant l'épidémie de coronavirus, le maire de Nice avait suggéré d'utiliser les données de consommation Linky pour surveiller le respect du confinement. Enedis a formellement écarté cette possibilité, précisant qu'aucune collectivité locale n'avait formulé une telle demande. Cet épisode a néanmoins cristallisé les inquiétudes autour des risques de flicage via les compteurs communicants.
Concrètement, trois types de données sont collectées :
- La courbe de charge : consommation relevée toutes les heures ou toutes les demi-heures, uniquement avec accord explicite de l'usager.
- Les index quotidiens : indices de consommation relevés automatiquement entre minuit et 6 heures du matin et transmis à Enedis.
- La puissance maximale : valeur journalière disponible sur l'espace client.
Le décret du 10 mai 2018, entré en vigueur le 1er juillet 2018, encadre l'accès à ces données. Sans consentement du client, Enedis ne peut rien transmettre à un fournisseur ou partenaire tiers. Les données sont chiffrées et anonymisées à la collecte. La CNIL supervise ces recommandations.
Le compteur communique via la technologie des Courants Porteurs en Ligne (CPL) : le réseau électrique sert de support de transmission, sans émission radioélectrique. Un dispositif appelé concentrateur, situé dans le transformateur de quartier, interroge les compteurs une fois par jour, puis transmet les données par réseau de téléphonie mobile. Surtout, le compteur ne communique en CPL que 0,1% du temps : les 99,99% restants, il fonctionne exactement comme un ancien compteur.
| Type de données | Fréquence de collecte | Consentement requis |
|---|---|---|
| Index quotidiens | Chaque nuit (0h-6h) | Non |
| Puissance maximale | Quotidienne | Non |
| Courbe de charge | Toutes les 30 min ou 1h | Oui, obligatoire |
Les vrais bénéfices du compteur communicant pour les consommateurs et les villes
Selon l'ADEME, le compteur Linky permet de réaliser entre 10% et 23% d'économies d'énergie. Ce n'est pas anodin. Ces gains reposent sur la capacité de chacun à piloter sa consommation, heure par heure si nécessaire. Fini les factures estimées : la facturation au réel réduit les litiges et les mauvaises surprises en fin d'année.
Côté praticité, les changements sont nets. Lors d'un emménagement, l'électricité est disponible en moins de 24 heures, contre 5 jours ouvrés avec les anciens systèmes. Un changement de puissance coûte 3,71€ et s'effectue à distance en 24 heures. Plus besoin de déplacement d'un technicien.
Pour le réseau dans son ensemble, RTE (gestionnaire des lignes haute-tension) peut mieux anticiper les pics de consommation, favoriser l'injection d'électricité verte et dialoguer avec les industriels sur l'effacement. À l'échelle des villes, c'est la gestion énergétique de quartiers entiers qui devient plus fine, notamment grâce aux compteurs Pinky, déjà présents à Paris, Nice, Montpellier et Lyon pour les immeubles et collectivités.
Le projet a mobilisé 5 milliards d'euros d'investissement national. La CRE estime les économies générées à 1 milliard d'euros sur la période 2021-2024, puis environ 350 millions d'euros par an. La Cour des Comptes, dans son rapport de 2018, restait plus sceptique en pointant un taux d'ouverture de l'espace client de seulement 1,5%. Un chiffre qui dit beaucoup sur la marge de progrès côté appropriation par les usagers. Exploiter les données auxquelles vous avez légalement accès reste, pour l'instant, largement sous-utilisé par la plupart des ménages.
L'auteur
Rédaction de Le JSD.
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