Candidature critiquée : Eric Coquerel dénoncé
Le 29 juin 2022, la candidature d'Eric Coquerel à la présidence de la Commission des finances de l'Assemblée nationale déclenche immédiatement une vive agitation politique. Le député La France insoumise de Seine-Saint-Denis s'impose comme favori, mais sa désignation cristallise les tensions entre groupes d'opposition, incapables de s'entendre pour lui barrer la route.
Un "choix cornélien" pour les oppositions face à la candidature de Coquerel
La Commission des finances n'est pas une commission ordinaire. Elle examine tous les projets de budget avant leur passage en hémicycle et donne accès à des documents couverts par le secret fiscal. Son président dispose donc d'un pouvoir de contrôle considérable sur les finances de l'État. C'est précisément cette puissance qui rend la nomination d'Eric Coquerel si inconfortable pour certains groupes.
Le vote se tient le 30 juin 2022, à huis clos et à bulletins secrets. Au troisième tour, Coquerel obtient 21 voix, contre 11 pour Jean-Philippe Tanguy (Rassemblement national) et 9 pour Véronique Louwagie (Les Républicains). Les députés de la majorité Renaissance choisissent de s'abstenir, laissant le champ libre à l'alliance de gauche.
Pour le groupe Les Républicains, le dilemme est réel. Olivier Marleix, chef des députés LR, parle ouvertement d'un choix cornélien : pour empêcher l'élection de Coquerel, son groupe aurait dû s'allier avec le Rassemblement national, qui revendiquait ce poste grâce à ses 89 députés. Gérard Larcher, président LR du Sénat, ferme lui-même cette porte en déclarant ne pas souhaiter voir des élus de son camp soutenir le RN. Philippe Gosselin, député LR, tente alors une autre voie en appelant la majorité à voter pour Véronique Louwagie, sans succès.
La NUPES avait par ailleurs fait un choix stratégique : présenter Coquerel plutôt que Valérie Rabault, candidate du Parti socialiste et figure bien moins clivante. Marleix reproche précisément cette décision à l'alliance de gauche, estimant qu'un profil plus consensuel aurait pu désamorcer les tensions. LR et Renaissance accusent par ailleurs Coquerel de vouloir exploiter l'accès aux documents fiscaux à des fins politiques. Lui dément toute instrumentalisation.
| Candidat | Groupe | Voix obtenues (3e tour) |
|---|---|---|
| Eric Coquerel | La France insoumise / NUPES | 21 |
| Jean-Philippe Tanguy | Rassemblement national | 11 |
| Véronique Louwagie | Les Républicains | 9 |
Les accusations contre Coquerel et leurs suites judiciaires
Quelques jours après son élection, une autre polémique éclate. Sophie Tissier, activiste et ancienne proche du Parti de gauche, saisit le comité contre les violences sexuelles de LFI le 3 juillet 2022, puis dépose plainte le 4 juillet pour harcèlement sexuel et agression sexuelle à Vanves. Elle décrit des faits remontant à une soirée dansante en 2014 à Grenoble, lors des universités d'été du parti : des mains baladeuses, une drague insistante et des textos suggestifs.
Les positions divergent immédiatement. L'influenceuse Tatiana Ventôse affirme avoir été témoin des faits décrits par Sophie Tissier. En revanche, Marie-Laure Darrigade, candidate LFI aux élections européennes, infirme ces allégations. Jean-Luc Mélenchon prend publiquement la défense de Coquerel, parlant d'une mesquine réplique destinée à le salir sans cause. Le Comité de respect des principes de LFI conclut qu'il n'y a pas matière à sanctionner.
Pourtant, les témoignages s'accumulent dans les coulisses. La militante féministe Rokhaya Diallo affirme disposer de témoignages directs allant dans le même sens. Selon Mediapart, deux témoignages directs existent, dont celui de Sophie Tissier. Les journalistes Charlotte Belaïch et Olivier Pérou, au cours de leur enquête sur LFI, relèvent que Coquerel a la réputation d'avoir la main baladeuse en soirée depuis l'époque du Parti de gauche. Amandine Fouillard, autre militante féministe, indique avoir été prévenue de faire attention à lui.
Voici les principales étapes judiciaires de cette affaire :
- 13 juillet 2022 : le parquet de Paris ouvre une enquête pour harcèlement sexuel et agression sexuelle.
- 20 février 2023 : l'enquête est classée sans suite pour infraction insuffisamment caractérisée.
- Juin 2024 : Sophie Tissier dépose une nouvelle plainte avec constitution de partie civile.
Coquerel dément intégralement. Il reconnaît un flirt, pas un harcèlement.
Un parcours atypique derrière la candidature controversée
Né le 30 décembre 1958 à Courbevoie, Eric Coquerel a obtenu son baccalauréat en 1983 comme candidat libre, après un premier échec à 19 ans. Ce profil atypique n'a pas freiné une carrière politique nourrie par des décennies de militantisme : adhésion à la Ligue communiste révolutionnaire en 1983, passage par le Mouvement républicain et citoyen en 2003, puis fondation du Parti de gauche en 2008 avec Jean-Luc Mélenchon.
Avant la politique, il participe à la création du Vendée Globe en 1989 et fonde l'agence Effets Mer, qui assure notamment la communication des navigateurs Isabelle Autissier et Michel Desjoyeaux. Un parcours professionnel loin des circuits classiques.
Élu député en 2017 avec 51,72% des voix au second tour en Seine-Saint-Denis, il devient en six mois le deuxième député le plus actif selon le classement établi par Capital. Il est réélu en 2022 avec 71,68% des suffrages exprimés, puis dès le premier tour en 2024 avec 65,28% des voix sous la bannière du Nouveau Front populaire. Le 2 octobre 2025, il est reconduit pour la troisième fois à la présidence de la Commission des finances. Sa légitimité électorale reste solide malgré les critiques répétées sur le contenu et les conditions de sa candidature à cette présidence.
L'auteur
Rédaction de Le JSD.
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