Samedi 13 juin 2026

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André Santini défend le syndicat SEDIF

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Par Romain
5 min de lecture
André Santini défend le syndicat SEDIF

André Santini est mort dans la nuit du 1er juin 2026, laissant derrière lui une carrière politique hors norme et des zones d'ombre qui méritent d'être regardées en face. Quarante-six ans comme maire d'Issy-les-Moulineaux, des bons mots restés dans les mémoires, et des casseroles bien réelles autour du Syndicat des eaux d'Ile-de-France. Un bilan qui résiste mal à l'examen.

André Santini et le Syndicat des eaux d'Ile-de-France : un lien très lucratif

Le Syndicat des eaux d'Ile-de-France (SEDIF) n'est pas un organisme anodin. Il gère la distribution d'eau potable pour près de 4,6 millions d'habitants en Île-de-France, ce qui en fait l'un des syndicats intercommunaux les plus puissants de France. Santini y a longtemps pesé de tout son poids politique, défendant bec et ongles son maintien et ses prérogatives, quelquefois au mépris des critiques sur la gestion opaque de ses finances.

Pourquoi autant d'acharnement à défendre cette structure ? La question mérite d'être posée franchement. Le SEDIF est décrit comme extrêmement lucratif, surtout pour les élus qui en contrôlent les rouages. Les affaires associées à Santini autour de ce syndicat n'ont jamais débouché sur des condamnations définitives, mais elles ont alimenté une réputation sulfureuse que son entourage a toujours cherché à minimiser.

Pour situer le contexte financier, voici les principales caractéristiques du SEDIF qui en font un enjeu politique majeur :

  • Desserte de plusieurs millions d'habitants en Île-de-France
  • Contrats de délégation de service public représentant des montants considérables
  • Gouvernance intercommunale opaque, régulièrement critiquée par des associations de consommateurs
  • Pouvoir de décision concentré entre les mains de quelques élus influents

Santini incarnait cette forme de pouvoir local dense, enraciné, difficile à déloger. Quarante-six ans à la tête d'Issy-les-Moulineaux lui avaient donné une légitimité électorale indéniable, mais aussi une capacité à contrôler des réseaux qui dépassaient largement les frontières de sa commune des Hauts-de-Seine.

Les bons mots à l'Assemblée nationale, un humour qui masquait les controverses

Dans les couloirs de l'Assemblée nationale, Santini était une figure à part. Plusieurs fois lauréat du prix de l'humour politique, il avait le talent rare de transformer une pique en éclat de rire général. Ses formules ciblaient sans complexe ses adversaires, dont le magistrat Arpaillange, qui en fit les frais de façon mémorable. Ses jeux de mots, parfois osés, parfois franchement irrévérencieux, lui valaient une sympathie transpartisane que peu d'élus de province pouvaient revendiquer.

Ce personnage haut en couleur servait aussi, sans qu'on le dise toujours clairement, de bouclier réputationnel. Difficile de mettre en cause un homme qui fait rire, qui détend l'atmosphère, qui semble incapable de malveillance. C'est pourtant cette image soigneusement entretenue qui a longtemps éclipsé les questions sérieuses sur sa gestion syndicale et ses comportements présumés envers certaines collaboratrices.

À 85 ans, il avait annoncé vouloir se présenter une nouvelle fois aux élections municipales de 2026. Quatre-vingt-cinq ans, deux plaintes déposées, et la certitude inébranlable d'être encore l'homme de la situation. Cette persistance disait beaucoup sur sa conception du mandat électif : une possession presque patrimoniale, non une délégation temporaire de confiance citoyenne.

Élément Détail
Durée du mandat de maire 46 ans à Issy-les-Moulineaux
Âge à la candidature 2026 85 ans
Nombre de plaintes 2 (agression sexuelle, harcèlement sexuel et moral)
Date du décès Nuit du 1er juin 2026

Plaintes, exemplarité et débat démocratique : ce que sa candidature a révélé

Deux plaintes ont été déposées contre André Santini par d'anciennes collaboratrices, portant sur des faits d'agression sexuelle, de harcèlement sexuel et de harcèlement moral. Ces accusations graves ont déclenché un débat public qui dépasse largement la seule personne de l'élu isséen.

Des citoyens attachés à l'exemplarité de la vie publique ont lancé un appel demandant son retrait de la campagne municipale de 2026. Cet appel s'appuyait sur un principe de précaution démocratique : non pas remettre en cause la présomption d'innocence, mais considérer que tout élu confronté à des plaintes aussi sérieuses devrait s'effacer le temps que la justice statue. La fonction de maire n'est pas n'importe quel poste. Elle incarne l'autorité publique, représente l'ensemble des habitants, exige une confiance sans équivoque.

Franchement, cet argument tient la route. On peut défendre la présomption d'innocence et, simultanément, estimer qu'une candidature dans ce contexte est malvenue. Les deux positions ne se contredisent pas. La fiscalité locale et ses implications pour les habitants constituent déjà un sujet complexe que les élus doivent gérer avec rigueur. Ajouter une crise de légitimité à l'équation n'aide personne.

Ce débat sur l'exemplarité des responsables publics n'a rien d'anecdotique. Il interroge directement la façon dont les partis politiques et les électeurs réagissent face aux accusations graves visant des élus en exercice ou candidats. Le silence de nombreux acteurs politiques autour de la candidature de Santini pour 2026 en dit long sur les réticences à affronter ce sujet sans détour.

La mort de Santini clôt le chapitre judiciaire pour lui. Elle ne clôt pas, en revanche, la réflexion collective sur ce que les citoyens sont en droit d'attendre de ceux qui les représentent, ni sur la transparence nécessaire dans la gestion des grands syndicats intercommunaux comme le SEDIF. Ces questions restent entières, et les prochaines élections municipales seront l'occasion d'y répondre concrètement.

L'auteur

R

Romain

Rédaction de Le JSD.

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