Portrait

Wilfried Montagne, une vie de boxeur thaï

Le combattant est revenu d’Asie pour son jubilé français à Saint-Denis, où il a été formé, avant de repartir en Thaïlande, où il a fondé une école de boxe il y a 4 ans.
Wilfried Montagne, boxeur thaï, retourne en Thaïlande après 86 combats et 60 victoires au palmarès
Wilfried Montagne, boxeur thaï, retourne en Thaïlande après 86 combats et 60 victoires au palmarès


« Pour mon premier combat, il y avait déjà Sam Berrandou. C’est logique de finir ici. » Le jubilé de Wilfried Montagne, 38 ans, a eu lieu le 3 mars, à Delaune. Une rencontre maîtrisée face au Néerlandais Mohamed El Atmani, à qui il a montré toute l’étendue de son talent. 86 combats, 60 victoires dont 34 par KO, 3 nuls et 23 défaites. Un beau bilan, une carrière sympa, « parfois contre les meilleurs du monde », qui lui a donné goût aux voyages et aux rencontres.


« J’ai découvert la boxe thaï dans une salle du club Lumpini, à Poissy. C’était les débuts d’une époque dorée. Il y avait un engouement autour, une ambiance, une énergie. C’était en 1994, j’avais 20 ans » raconte-t-il. Six ans plus tard, durant lesquels il fréquente assidument le gymnase de Franc Moisin, il est déjà triple champion de France et d’Europe. « J’étais doué. On parle d’intelligence du corps. J’ai essayé le foot, par exemple, une catastrophe, même pour s’amuser j’ai deux pieds gauches. Mais la boxe thaï c’est mon truc. »


S’il confesse avoir peut-être eu de la chance au départ, son arrivée tonitruante sur le circuit est passée par des efforts permanents et un flirt avec ses propres limites. « Il a fallu accepter la douleur et y résister. » Son envie d’exutoire semble aujourd’hui canalisée. Il reste calme et serein, apaisé avant et après un combat. « C’est l’expérience confie-t-il, c’est dans la tête. » Un savoir-faire qu’il transmet depuis quatre ans dans le camp de boxe qu’il a fondé en Thaïlande, pays où son sport est roi.


« Par passion mais pas seulement. Quitter l’Île-de-France a été un choix mûrement réfléchi avec ma femme. On avait un peu d’argent de côté, c’était maintenant ou jamais. » Un changement de vie total. « On est en tongs toute la journée, à 1 km de la plage. On ne s’est pas focalisé sur la recherche d’une richesse financière mais plutôt sur celle d’une vie meilleure. » Son école est désormais réputée, nichée dans un cadre paradisiaque et proche du centre ville de Krabi. « Elle s’appelle Emerald Gym, car elle donne sur la mer d’Émeraude, qui est aussi la pierre de la connaissance en Islam, la 2e religion du pays. Ça a plusieurs sens. »


L’idée est toujours de monter des équipes masculines et féminines, de Thaïlandais et d’étrangers, pour les faire boxer partout dans le monde. « J’ai logiquement des contacts dans le milieu. Ce qui est plus difficile, c’est de s’intégrer dans un autre pays, une autre culture au jour le jour. Parfois je suis un peu comme un bébé de quatre ans ici » avoue-t-il. La langue, elle, n’est pas très compliquée « C’est tonal, il faut accepter de chanter en parlant, et être précis : un même mot peut avoir 5 prononciations pour autant de significations différentes. »


Quand on lui demande ce qu’il serait devenu sans la boxe thaï, il répond qu’il a suivi les cours du soir jusqu’à un niveau bac + 4. « Dans l’informatique et les réseaux de communication ». À présent, il lui reste encore deux montées sur le ring en Asie. « Au tournoi d’Isuzu, et il y aura un pick-up à gagner » précise Wilfried, dont le dernier combat diffusé à la télé thaïlandaise, s’est soldé par une victoire par KO face à adversaire réputé.


Aurélien Soucheyre