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Marche blanche
/ Unis pour Luigi

Dignes dans la douleur, 400 personnes ont marché en silence samedi 22 septembre au côté de la famille de Luigi, tué par balle à l’âge de 16 ans.
Les parents du jeune Luigi étaient en tête du cortège / © Manolo Mylonas
Les parents du jeune Luigi étaient en tête du cortège / © Manolo Mylonas

Ce fut leur marche la plus longue. Se tenant par les bras, les parents de Luigi Oliveira Silva sont restés en tête de cortège. Ce samedi 22 septembre, ils ont marché pour leur fils, mort cinq jours plus tôt, suite à des échanges de coups de feu. Ils sont partis de Joliot-Curie, où ils habitent, jusqu’au lieu où a été retrouvé le corps inanimé de leur garçon de 16 ans, mortellement blessé par balle à la gorge, sur l’avenue Romain-Rolland. Jamais parcourir un kilomètre n’aura été aussi difficile. Derrière eux, plus de 400 personnes ont marché silencieusement et dignement pour rendre un dernier hommage émouvant à Luigi.

Majoritairement, la famille d’origine cap-verdienne, les amis et les habitants de Joliot se tiennent dans les premiers rangs. Viennent ensuite des Dionysiens de différents quartiers de la ville : Floréal, Saussaie, Courtille, Allende, Carrefour, Franc-Moisin, Gaston-Dourdin, Jacques-Duclos, Péri et même Romain-Rolland. Eux aussi ont été touchés par des rivalités interquartiers ces dernières années.

« Qui m’a pris mon fils ? »

À l’image du député Stéphane Peu (PCF) et de son prédécesseur Mathieu Hanotin (PS), les élus locaux, de la majorité municipale et de l’opposition, sont venus sans leur échappe tricolore, sur demande des proches. « La famille a voulu une marche silencieuse, sans prise de parole », explique Bally Bagayoko, maire adjoint en charge du quartier Joliot-Curie. L’atmosphère s’alourdit à mesure que le cortège s’approche de l’arrivée. Sur l’avenue Romain-Rolland, la foule s’arrête à distance, tandis que les deux parents et les trois sœurs de Luigi vont se recueillir sur les lieux du drame. « Qui m’a pris mon fils ? », crie sa mère. Elle s’effondre de douleur, soutenue par son mari et ses filles. La foule fait alors masse autour d’eux pour les soutenir. Jeunes comme adultes pleurent avec la famille. Les gens accrochent ensuite des roses blanches par dizaines sur une grille autour d’un T-shirt avec le portrait de Luigi. C’est un visage de gamin souriant et rayonnant. En dessous de la photo, il est écrit : « Repose en paix Luigi ».

Le cortège refait le chemin inverse pour retourner à Joliot. Un des organisateurs de la marche, Liès, un « grand » de 35 ans de la cité, remercie les habitants de Saint-Denis qui se sont mobilisés. « On sait très bien comment ça se passe ici. C’est dur. On tient le coup. Restons mobilisés. On n’est pas là pour s’écraser. On est tous des frères et sœurs. La vengeance, ça ne sert à rien. Soyez fort et peace », exprime-t-il au nom des habitants de sa cité.

Ce drame laisse une famille et un quartier en deuil. « Je n’ai pas les mots », confie Dylan, un cousin de Luigi. « C’est douloureux. Il y a de la tristesse et de la colère. Mais on doit rester unis pour sa famille », raconte Landy, jeune rappeur de 22 ans et habitant de Joliot. Il voyait régulièrement l’adolescent. « J’aimais beaucoup Luigi. Quand on avait besoin de lui, il était toujours présent. C’était franchement l’un des meilleurs petits de la cité. On trouve injuste qu’il soit mort… Cela aurait pu arriver à d’autres personnes », continue-t-il. Il espère que cette disparition provoquera une prise de conscience chez les plus jeunes : « Cela ne sert à rien de vouloir mourir pour son quartier. »

Si les circonstances restent encore à éclaircir, il est établi que Luigi a fait partie de l’expédition de Joliot à destination de Romain-Rolland, sur fond de rivalité de quartiers. Des coups de feu ont éclaté, dont des tirs de kalachnikov, tuant Luigi et blessant un autre jeune, qui est sorti d’hôpital. Contrairement à ce qui a pu être écrit dans certains médias, l’affaire n’est pas liée au trafic de drogue. Quant à Luigi, il a été soupçonné pour vol mais il n’a jamais été condamné. Selon des proches, il pouvait être « agité » mais il était un adolescent « gentil ». L’enquête a été confiée à la police judiciaire de Paris, qui n’a pas encore arrêté les personnes impliquées dans la fusillade.
 

« Comment se procurent-ils des armes »

« Quand j’étais petit, j’ai pu faire des conneries. Mais jamais, on avait idée de tirer sur quelqu’un. Aujourd’hui, les jeunes n’ont plus de limites », s’indigne Yazid, un ancien de Joliot. « Comment se fait-il que des jeunes puissent se procurer des armes ? », renchérit Nina Boumellah, membre du collectif Nos Enfants d’Abord qui avait organisé la marche contre les violences interquartiers en novembre 2017. 

« On ne peut pas rendre la vie à Luigi. Mais on espère que ce qui s’est produit n’arrivera plus jamais à d’autres enfants de Saint-Denis », continue-t-elle. Son collectif a organisé une réunion la semaine après le drame (lire @ vous en page 3). « Jamais on n’avait eu autant de jeunes », assure-t-elle. Ils ont raconté leur désarroi. « Le problème, c’est l’échec scolaire. Ces enfants pris dans les rivalités sont en difficulté à l’école, souvent déscolarisés », est-elle convaincue.

Dans son quartier à Allende, Bakary Soukouna, président de l’association Nuage, a aussi parlé avec les jeunes, choqués par la mort de Luigi : « Je leur ai dit : “regardez ce qui est arrivé. Cela aurait pu être vous.Les embrouilles, ça monte, ça monte pour atteindre un pic. Et ce pic, c’est la mort. C’est triste qu’il faille un mort pour que ça redescende. »

Aziz Oguz

Les obsèques de Luigi Oliveira Silva auront lieu ce vendredi 28 septembre d'abord à l'église Saint-Marthe des quatre chemins de Pantin (118, avenue Jean-Jaurès) à partir de 15h puis au cimetière de la même ville (164, avenue Jean-Jaurès). Ses proches se retrouveront ensuite à l'espace jeunesse de la cité Joliot-Curie (1, allée Léonard de Vinci).

Réactions

Je vais poser une question simple : parmi les 400 personnes (surtout les jeunes) qui ont participé à cette marche blanche, combien connaissent avec exactitude les noms, prénoms et adresses des assassins de Luigi ? Quand cette omerta sera levée, le chemin sera encore long ... mais une grande avancée sera réalisée. De même, quand la dizaine de famille qui bénéficie des trafics en tous genres seront expulsés des hlm ... tout sera plus simple pour retrouver un climat apaisé.