Portrait

Le portrait de la semaine Eunice Assamoi
/ Un parcours éloquent

Lauréate. Cette Dionysienne de 18 ans a remporté le concours Eloquentia lors de la grande finale qui s’est déroulée au Panthéon. Un discours d’éloquence en public qui a révélé chez elle toute sa singularité et a littéralement bluffé l’assemblée.

Écrire le portrait d’Eunice Assamoi aurait pu être simple. En vérité, dès notre premier échange téléphonique, on sait déjà que l’exercice de style s’annonce corsé, tant la personnalité d’Eunice nous coupe le souffle. D’un enthousiasme comme rarement on a ressenti par téléphone, la jeune femme de 18 ans relance notre journée par l’énergie et l’entrain qu’elle dégage à l’idée de nous rencontrer dans l’un de ses endroits fétiches, à Saint-Denis, la boulangerie Maison Honoré, Porte de Paris.

La discussion s’installe et c’est comme si nous donnions rendez-vous à une amie de longue date. Bluffante d’énergie et de générosité, Eunice nous (ra)conte sa vie. « J’ai toujours habité à Saint-Denis. Aujourd’hui je le dis avec fierté, sauf qu’il y a un an je n’en étais pas fière du tout. Quand j’ai commencé à aller sur Paris, j’ai compris qu’il y avait un vrai décalage. Que nous, jeunes de banlieues, étions tous stigmatisés et j’en avais honte. » Lorsqu’elle parle de stigmatisation, Eunice parle aussi de code, « même notre manière de parler est différente », précise-t-elle. Eunice à la voix qui porte, les mains qui miment de manière presque théâtrale son propos.

Captivante. On se dit qu’il est quand même bien étrange d’entamer la discussion en parlant de stigmatisation, de problématiques sociales et d’inégalités des chances avec celle qui a remporté haut la main la finale d’Eloquentia, le célèbre concours d’éloquence des lycéens.
 

crédit photo :


Double bac

De parents ivoirien et togolais, Eunice a grandi aux côtés d’un frère aîné « brillant » comme elle le décrit avec fierté. Elle a fait sa scolarité à Saint-Denis : collège Lurçat, lycée Suger où elle décroche un « double bac » : ES et binational franco-italien. Le plus gros déclic de son parcours scolaire a été sa première rencontre, par hasard, avec Stéphane de Freitas, le créateur d’Eloquentia, venu présenter son concours dans son bahut. « Il nous a dit que l’on peut réussir, nous, les enfants de banlieue. On peut devenir des exemples. Je n’avais jamais entendu ça ! Lorsque je suis sortie de la salle, j’étais boostée et j’ai dit une chose que jamais je n’aurais pensé dire et assumer : je veux aller à Paris 8 ! Moi qui voulais fuir Saint-Denis après le lycée ! »

Encouragée par sa prof, elle s’inscrit au concours d’entrée à Sciences Po, qu’elle peut intégrer grâce à une convention d’éducation prioritaire dont bénéficie son établissement. Elle réussit le concours d’admission, mais est recalée au concours d’admissibilité, malgré son potentiel et sa personnalité exceptionnelle remarqués par le jury. Un échec en demi-teinte qui lui laisse un goût amer jusqu’au jour où sa professeur, Madame Ikene, lui parle du concours Eloquentia. « Elle a vu en moi ce que je ne voyais pas moi-même. Je lui serais à jamais reconnaissante. C’est elle qui m’a inscrite au concours. » Sur son chemin de préparation, Eunice manque cruellement de confiance en elle. « Je ne voyais pas ce que j’avais de si particulier, et comment je pouvais rivaliser avec les autres candidats. Je n’y connaissais rien au discours d’éloquence. » « Quand j’ai rencontré Eunice pour la première fois, j’ai vu son potentiel. C’était un diamant couvert de terre », nous confie Wanis Hannachi, son coach durant toute la formation et préparation au concours Eloquentia.
 

La terre dont Wanis parle, c’est son manque de confiance en elle dû en grande partie à son handicap, au niveau du plexus brachial, qui paralyse son bras droit. Alors, lorsqu’arrive la grande finale du concours, entre Camille de Neuilly-sur-Seine et Eunice de Saint-Denis, au Panthéon le 30 novembre 2018, c’est avec les tripes, le vécu et la confiance que la Dionysienne monte sur scène. « Ce qu’il y a de touchant chez Eunice, c’est sa sincérité et sa simplicité », explique Wanis. « Je suis une fille, je viens de banlieue, je suis noire. Après cette victoire, je me suis dit c’est possible. Je peux réussir. Certes, je n’ai pas eu Sciences Po, mais j’ai eu quelque chose de plus grand : la confiance ! », conclut-elle.

Vanessa Meflah

Réactions

Ancien directeur de l'école Louis BLERIOT, j'ai eu Eunice dans ma classe en CE2. Je garde le souvenir d'une enfant pétillante, heureuse de vivre et déjà rayonnante. Je la salue et la félicite pour son parcours et cette brillante réussite au concours Eloquentia.
Merci pour cette article et la visibilité de ce petit parcours de vie que vous donnez à cette dionysienne méritante qui j'espère donnera des envies à d'autres.

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