En ville

Paris 8
/ Un mouvement étudiant orienté vers une convergence des luttes

Les étudiants de Paris 8, mobilisés contre la précarité étudiante, élargissent leurs revendications pour une société plus juste et appellent à rejoindre le mouvement contre la réforme des retraites.
Au coeur de l'assemblée générale du mardi 26 novembre à Paris 8 : la précarité étudiante. © Delphine Dauvergne© Delphine Dauvergne
Au coeur de l'assemblée générale du mardi 26 novembre à Paris 8 : la précarité étudiante. © Delphine Dauvergne© Delphine Dauvergne

Encore sous le coup de l’émotion suite à la tentative d’immolation d’un étudiant lyonnais le 8 novembre, les étudiants de Paris 8 œuvrent pour réaliser le « dernier souhait » émis par Anas (1) dans la lettre qu’il a laissé : « que mes camarades continuent de lutter ». En ligne de mire, la précarité étudiante, liée à un système de bourses jugé insuffisant qui a conduit Anas à cette issue, mais aussi ce qu’il dénonce dans ses adieux : « le libéralisme qui crée des inégalités ».

Après un premier rassemblement d’une soixantaine de personnes le 12 novembre à Paris 8, plus de 250 personnes ont assisté à une première assemblée générale ce mardi 26 novembre.

LIRE AUSSI : La précarité étudiante dénoncée

Au cœur du débat, la précarité étudiante : petits boulots pour joindre les deux bouts, bourses Crous qui permettent à peine de payer un loyer, un accès à l’alimentation et à la santé difficile… « Nous sommes tous touchés par la précarité ou avons des amis qui le sont... Cela fait longtemps que les étudiants n’ont pas réussi à faire entendre leur voix, mais la jeunesse est tout de même prête à se battre, à se montrer solidaires », affirme Jane. « Face à nos détresses individuelles, il faut s’unir. La politique néo-libérale touche tous les domaines et oublie l’humain », ajoute Adel.

Les revendications votées tendent à réclamer « plus de justice sociale », que ce soit pour les études (retrait des mesures sélectives…), les conditions de vie (réquisition de logements vacant…), le salariat (un revenu pour tous, stages payés au SMIC…), ou encore le refus des réformes du chômage et des retraites. Le vote « contre la politique sociale de Macron et la chute du gouvernement » est adopté avec une ovation enthousiaste.

Comme le souligne un étudiant militant au NPA, « la précarité touche toutes les strates de la société, des étudiants aux retraités ». C’est dans ce sens, que plusieurs syndicalistes sont invités à prendre la parole sur la question des enjeux de la réforme des retraites. Les étudiants optent pour la stratégie de la convergence des luttes et programment leur prochaine AG en commun avec les personnels de l’université, qui étaient eux, une cinquantaine à se réunir dans la matinée. « Ils veulent commencer la grève dès le 4 décembre pour pouvoir préparer le 5 », rapporte Sophie, militante à Solidaires étudiant.e.s Paris 8.

LIRE AUSSI : Saint-Denis, 6e ville étudiante la plus chère de France
 

Quels modes de mobilisation ?

Assemblées générales par filière prévues pour le lundi 2 décembre, tracts, affichage, interventions dans les cours, mais aussi manifestations devant des lieux de pouvoirs ou d’écoles élitistes sont évoqués comme moyens d’actions. « Nous sommes encore trop peu en manifestation, un blocage de l’université serait contre-productif car les personnes resteraient chez elles et cela nous diviserait », argumente une oratrice.

Dans certaines universités des actions ont aussi eu lieu pour que les restos universitaires servent des repas gratuits, une tentative a eu lieu à Paris 8 mais a été avortée. « La prochaine fois, il faudra se concerter avec les membres du personnel du Crous, qui sont précaires aussi… » souligne Sophie. 

LIRE AUSSI : 2264 logements étudiants à Saint-Denis

« Pour l’instant, les mobilisés, ici, ce sont surtout des personnes déjà convaincues, il faut aller vers les autres, avec une grande journée de mobilisation et de manifestation dans toute l’université, le 4 décembre par exemple », suggère une étudiante en arts plastiques. Pour Sophie, « voir qu’il y a un début de mobilisation, que nous sommes déterminés, cela peut les motiver à nous rejoindre ».

Conscients que le mouvement étudiant n’est encore qu’une étincelle, les jeunes mobilisés espèrent faire grandir la flamme en vue du 5 décembre.

Delphine Dauvergne

  1. Le jeune homme est toujours hospitalisé dans un état grave

Réactions

Paris 8 et ses révolutionnaires en peau de lapin......