En ville

Turbulences sur le marché

À l’instar de la région parisienne qui a accusé au premier semestre 2008 une importante baisse de son activité, Saint-Denis ressent elle aussi les soubresauts de la crise du logement. Chez les professionnels, les états d’âmes sont partagés.

À l’image du marché du logement à Saint-Denis, Kamel Yahiaoui, directeur d’une agence immobilière Guy Hoquet, rue Gabriel-Péri, fait grise mine. « La situation s’est considérablement dégradée en un an, déplore-t-il. Hier, on recevait une vingtaine de contacts acquéreurs par jour, aujourd’hui on en compte tout au plus trois ou quatre. » Des volumes de ventes très bas qu’il n’avait jusqu’ici jamais connu. Sur l’ensemble du réseau Guy Hoquet, le chiffre d’affaires s’est effondré. Et plusieurs agences immobilières pourraient d’ici peu mettre la clé sous le paillasson. La récession, l’agent met cela sur le dos des banques qui ont coupé les crédits immobiliers aux particuliers, aggravant la baisse des transactions. « Si vous ne pouvez pas mettre 10 à 20 % d’apports personnels, les banques ne vous accordent plus aucun prêt. Elles doivent faire preuve de moins de frilosité et rouvrir les crédits, la balle est dans leur camp. » De plus, les taux d’intérêt sont à la hausse et constituent un frein supplémentaire à l’achat.

« Les propriétaires commencent à revoir leurs prix à la baisse »
Dans l’agence de Yahiaoui, la clientèle a changé. Désormais, il a affaire à des acquéreurs qui viennent de Paris, des Hauts-de-Seine ou du Val-d’Oise. La clientèle dionysienne, quant à elle, se fait plus rare. « Le prix du mètre carré à Saint-Denis s’est envolé, mais reste bon marché pour les acquéreurs issus de départements plus huppés », précise le directeur pour qui tous les indicateurs sont au rouge et qui ne croit pas à une sortie de crise immédiate. « C’est un phénomène qu’un agent immobilier ne maîtrise malheureusement pas. » Dès lors, une baisse des prix paraît inéluctable. « Face à la morosité du marché et une conjoncture déprimée, les propriétaires deviennent raisonnables, ils commencent tout juste à sortir de leur bulle spéculative et à revoir leurs prix à la baisse. »
Ludovic Lanzini, agent chez Avis Immobilier, boulevard Carnot, balaie d’un revers de la main le mot « crise ». Pour lui, le marché est plutôt « en sommeil ou au ralenti ». « L’année 2007 a été une très bonne année, 2008 est plus compliquée. Dans notre agence, la tendance à la baisse est de l’ordre de 4 % au niveau des ventes. Par rapport à l’année passée, on assiste à une année ordinaire, il ne faut pas dramatiser. » Il en fait plutôt une affaire de surface car à partir du F3, les appartements n’ont plus la cote, « trop chers ». Trois ventes sur cinq sont des studios ou des F2. Aussi reproche-t-il aux propriétaires de profiter de la conjoncture. « Ils ont un pêché de gourmandise, persuadés qu’ils sont d’avoir de l’or entre les mains. À eux d’être davantage en adéquation avec les prix du marché immobilier et de limiter la surenchère. »

« Saint-Denis a un bel avenir »
Pour d’autres, les raisons de la dépression immobilière sont à mettre sur le compte de la crise financière qui a altéré l’environnement économique plutôt que sur l’augmentation des prix qui aurait diminué la solvabilité des acquéreurs. « Et Saint-Denis n’y a bien sûr pas échappé, au premier semestre 2008, les prix ont augmenté de l’ordre de 8 % », souligne Maître Yves Fricoteaux, notaire. Qui ne peut s’empêcher de poser un regard chargé d’optimisme et de tendresse sur sa ville. « Saint-Denis est encore en cours de gestation et connaît un essor important au vu des nombreux appartements et autres logements sociaux qui sont sortis de terre ces dernières années. Et puis elle est située à deux pas de Paris et de nombreux transports en commun la desservent. » Pour lui, la correction des prix est urgente, mais moins que dans la capitale. Dans le contexte ambiant, Saint-Denis est une destination idéale pour un futur acquéreur, tant en terme de coût, que de qualité de vie. « La ville a un bel avenir, elle s’est dotée d’un environnement attractif et d’une importante activité économique. C’est en quelque sorte une terre glaise qu’on a commencé à façonner et qui reste à perfectionner. Mais on est sur la bonne voie. »
Grégoire Remund

Éclairage
La location, logée à la même enseigne
Entre la demande et l’offre, il existe une distorsion telle que le marché de la location est totalement saturé. Et face à cette pénurie endémique d’appartements, les listes d’attente s’allongent au fil des mois. D’autant plus que viennent s’y greffer « toutes les personnes qui ont échoué dans leur tentative d’acquérir et qui se rabattent dans le locatif, explique Kamel Yahiaoui, directeur d’une agence immobilière Guy Hoquet. Face à ce phénomène, les propriétaires bailleurs en profitent pour augmenter les prix. »
Malgré plusieurs dizaines d’appels par jour à l’agence pour des locations, Yahiaoui estime que les voyants sont au rouge. « Saint-Denis n’est plus si bon marché que cela. On assiste à une sélection par le haut liée au pouvoir d’achat. Ici, si beaucoup n’accèdent pas à la propriété, d’autres, toujours plus nombreux, n’accèdent pas pour autant à la location. »
Pour Ludovic Lanzini, agent chez Avis Immobilier, si le marché de la location à Saint-Denis est moins accessible à ses habitants, il est en revanche très favorable aux Parisiens. « À l’instar d’autre villes de la petite couronne, notre commune est prise d’assaut par des populations qui n’ont plus les moyens de se loger à Paris. On assiste à une hausse des prix du loyer, mais ils n’en restent malgré tout pas moins attrayants au regard de ceux proposés dans la capitale. Toutefois, il est à craindre que cette demande croissante soit susceptible un jour de réduire l’écart entre les deux villes. »
G.Re

Repère
Prix de vente
Voici, après avoir interrogé plusieurs agents immobiliers, une fourchette de prix pratiqués actuellement pour la vente d’appartements dans plusieurs quartiers de la ville. Les prix que les professionnels nous ont communiqué s’entendent évidemment au mètre carré habitable :
L’hypercentre : environ 3200 euros, avec des pointes jusqu’à 4200 euros dans certaines rues prisées de ce secteur.
Franc-Moisin/Bel-Air : entre 1800 euros et 2200 euros.
La Plaine : environ 3600 euros.
La Mutualité : autour de 2700 E.

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