En ville

Toujours plus de mamans en errance

À Saint-Denis, comme dans le reste du département, le nombre de mamans à la rue avec leurs bébés est en augmentation.
Les mamans en errance, un public prioritaire que le 115 a du mal à mettre à l'abri / © Luna Granada
Les mamans en errance, un public prioritaire que le 115 a du mal à mettre à l'abri / © Luna Granada

À la maternité de l’hôpital Delafontaine, on les appelle les « patientes en errance ». Lorsqu’elles viennent au centre hospitalier de Saint-Denis, ces femmes en situation de précarité et aux parcours de vie complexes, n’ont ni logement, ni couverture sociale (type CMU ou AME). Le plus souvent, elles sont hébergées par des amis ou des connaissances. « Le cas typique, c’est l’hébergeant qui accepte la patiente mais lui dit : “une fois que tu auras ton bébé, c’est trop petit ici, tu dois partir” », explique Stéphane Bounan, médecin et chef du service maternité dionysien. Ici, des patientes en errance, il en arrive aujourd’hui « 300 à 400 par an, contre 200 en 2016, précise le praticien. Leur premier contact avec la maternité, ce sont les urgences, leur suivi de grossesse est chaotique car leur préoccupation, c’est survivre. »


« En tant que médecin, on ne signe pas de sortie médicale »

En Seine-Saint-Denis, pléthore de maternités sont confrontées à ce phénomène. Le 4 septembre, un communiqué d’Interlogement 93 sur le cas des « bébés sans abris » dans le département a fait grand bruit. L’association qui regroupe plusieurs structures de lutte contre l’exclusion sociale a pointé du doigt l’augmentation du nombre de femmes qui se retrouvent à la rue ou à l’hôtel avec leurs nourrissons.

« Les maternités évitent de mettre dehors les mamans, mais parfois, malheureusement, elles y sont contraintes », avance, Bénédicte Souben, responsable de l’animation réseau de l’association. Cette contrainte, Delafontaine ne l’a pas faite sienne. Stéphane Bounan est catégorique : « En tant que médecin, on ne signe pas de sortie médicale si on n’est pas certain que ces femmes auront un toit où dormir avec leurs bébés. » Mais avec près de 4 500 naissances par an, l’hôpital de la ville est saturé. Et c’est tout le travail de l’équipe médicale qui est impacté. « Il devient compliqué de devoir bloquer 4 ou 5 lits dans une maternité de type 3 (1) pour des patientes qui ne sont pas malades, mais on n’a pas le choix », résume le médecin.

Etre à l'abri

Mercredi 12  septembre. Au service des « Grossesses à risque », au deuxième étage de la maternité, Aminata, 34 ans, allaite Mamadou, son nouveau-né. Avant d’arriver en France le 19  août, cette maman en errance originaire du Burkina Faso a habité à Hambourg (Allemagne) avec son mari « pendant quelque temps ». La jeune femme détaille timidement : « Ça ne se passait pas bien, on s’est fâché et mon mari est parti en France sans moi. C’est pour ça que je suis ici. » Aminata est désormais hébergée chez un « ami de la famille » mais ne sait pas combien de temps elle pourra rester. « À la longue, vivre chez quelqu’un, ça devient dur. »

À l’Amicale du Nid, rue Fontaine, le discours d’Aminata pourrait sonner comme un sombre refrain pour Sarah et Fatima. Dans cette association, qui accueille en journée des femmes en situation d’errance (avec ou sans enfants), ces deux mères célibataires viennent manger, échanger ou faire des démarches administratives. Elles se sont rencontrées à l’hôtel Campanile, situé près de la mairie. « Le 115 nous a mises à l’abri mais le problème c’est que là-bas, les réceptionnistes nous traitent mal », explique Sarah, enceinte de 7 mois, qui dit avoir « déjà dormi à la rue ». Son amie, qui a accouché il y a quatre mois de son deuxième enfant, fait entendre le même son de cloche. « Ils nous disent qu’ici, ça n’est pas chez nous et qu’on ne peut pas rentrer quand on veut. »

Leurs parcours – de leur arrivée en France à leurs galères pour se loger et être régularisées – les deux mamans en parlent avec parcimonie. Souriantes et volontairement blagueuses, elles espèrent « trouver un bon logement, même petit ». En 2017, 1 149 femmes (avec 1 157 enfants) en situation d’errance se sont rendues à l’Amicale du Nid (pour tout le département). Pour Marie Peillieux, responsable de l’accueil de jour, la situation s’est « vraiment accentuée » l’année dernière. Aujourd’hui « le nombre de femmes enceintes à la rue avec des bébés s’allonge. Mais ce public pourtant prioritaire, le 115 a du mal à le mettre à l’abri ».

Yslande Bossé

(1) La maternité de type 3 de l’hôpital Delafontaine est dotée d’un service de néonatologie et de réanimation pour la sécurité de la mère et de l’enfant.

Réactions

En Seine-Saint-Denis se produit un autre phénomène. Beaucoup de citoyennes élèvent seules leurs enfants, travaillent, et n'ont pas les moyens de payer une garde. Chaque jour des centaines d'enfants séquano-dionysiens se retrouvent seuls sans personne pour les surveiller.
Un rapport parlementaire, présenté le 31 mai 2018, évoque la possibilité que les clandestins, ou personnes dites en situation irrégulière, pourraient être au nombre de 400 000 pour le seul département de la Seine-Saint-Denis, soit 20 % de la population de ce département. Mais, à tout hasard, est-ce que quelqu'un aurait connaissance d'une estimation du nombre de sans-papiers, ou immigrés illégaux, uniquement pour la ville de Saint-Denis ? Ça m'intéresserait beaucoup de le savoir, merci.

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