Portrait

Thierry de Lestrade : caméra libre

Lundi 16 novembre, à 20 h 50, son dernier documentaire, Justice sous tutelle, sera diffusé sur Canal +. Un film qui devrait faire du bruit tant il apparaît au cœur d’une actualité brûlante, mais dont il a eu l’idée voici deux ans. « Après Outreau, tout le monde avait dit : plus jamais ça. Nous voulions savoir ce qui avait changé dans le fonctionnement de la justice. En fait, rien. »

Thierry de Lestrade énonce sa vérité d’une voix douce et légèrement chantante, cherchant les mots justes, un léger sourire aux lèvres, le regard droit et chaleureux. La justice, il connaît, elle fait partie de son histoire puisqu’il a réussi une maîtrise de droit avant de verser dans le journalisme. Mais tout a commencé dans sa Gascogne natale, au sein d’une famille autant attachée à la terre qu’aux horizons nouveaux. Une famille où les histoires se transmettent. « J’ai eu un aïeul qui est parti chercher l’or en Amérique, dans le Colorado, en 1862 », confie-t-il. Un autre, militant communiste espagnol, fut emprisonné sous Franco.

Tout est parti aussi – surtout ? – d’une dualité originelle. Thierry a grandi avec son frère jumeau, Jean-Xavier, lui aussi devenu réalisateur de documentaires (Un coupable idéal, entre autres, c’est lui). À l’âge de 14 ans, ils reçoivent comme cadeau de leur père une caméra super 8. C’est comme cela qu’est née cette passion commune de l’image. « La caméra, c’était aussi un instrument pour voyager », dit Thierry. Il ne dit pas quitter, mais aller plus loin. Une formation au CFJ plus tard, il monte en 1987 avec son frère et un autre complice une boîte de production, Tribulations. « Nous étions inconscients » sourit-il, « mais nous avons bénéficié de l’arrivée des télés privées. » Ils tournent pour Canal, déjà, pour feu La Cinq, pour France 2 aussi. « Nous sommes allés en RDA, en Amazonie, en Afrique, aux Philippines, aux États-Unis… »

Mais au bout de quelques années, Thierry choisit de devenir indépendant, ce qu’il est toujours. « On a une plus grande liberté, c’est un luxe inouï, mais il ne faut pas être angoissé ! » Le luxe, c’est passer des mois sur un sujet choisi, comme pour La Justice des hommes, réalisé avec son frère (prix Albert-Londres 2001), La guerre contre le cancer ou, plus récemment, Mâles en péril (Prix Europa 2008) tous deux réalisés avec sa compagne, Sylvie Gilman.

Et puis il y a l’écriture. Son roman, Les passeurs d’ange, (le Seuil, 2004) qui a connu un beau succès, se déroulait en grande partie à Saint-Denis, où il vit depuis 1999 et où il avait tourné, en 2002, Madame la principale au collège Degeyter. « J’ai trouvé une ville dure, avec des solidarités fortes, une cité en mutation où l’on doit inventer en permanence, mais qui tend à perdre son identité, où des murs invisibles s’érigent entre la Plaine et le centre, entre les quartiers, entre Saint-Denis et Paris… Il y a ici une notion de laboratoire. Mais les solutions tardent à venir. On a besoin de chercheurs qui trouvent. Car les cobayes, au fond du tube à essai, trouvent le temps long… »

Benoît Lagarrigue

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