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Verdir la ville (épisode 1) : les jardins partagés
/ Terreau social des quartiers

Un an après le permis de végétaliser, de nouvelles initiatives continuent de sortir de terre pour occuper l’espace public. Plus que des coins de verdure, ces jardins participent au « mieux vivre ensemble ».
Début avril, une vingtaine d'habitants se sont rassemblés au parc Marcel-Cachin pour le lancement du jardin collectif de la Vieille-Mer.
Début avril, une vingtaine d'habitants se sont rassemblés au parc Marcel-Cachin pour le lancement du jardin collectif de la Vieille-Mer.

Le 6 avril 2019, une vingtaine d’habitants se sont rassemblés au parc Marcel-Cachin pour le lancement du jardin collectif de la Vieille-Mer. 

« Nous aimerions créer un lieu ouvert, un poumon vert isolé des voitures, avec des zones de pique-nique, une fontaine, un verger, un potager… », énumère Alexis, membre du Conseil citoyen Joliot-Curie/Lamaze/Cosmonautes. Une enveloppe de 20 000 € a été attribuée par le Budget citoyen 2018. Des poteaux et des fleurs sont plantés, puis place à un pique-nique convivial. « Nous échangeons entre habitants pour partager des idées, tout se déroulera de manière auto-gérée. C’est aussi un prétexte pour se rencontrer », souligne Isabelle. Des graines et des plants sont aussi échangés. Chacun repartira avec de quoi embellir son propre jardin ou balcon. 

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Des lieux de partages 

Si les initiatives de jardins partagés essaiment de plus en plus, c’est notamment grâce à l’impulsion du permis de végétaliser et des financements attribués par le budget citoyen. « À la Fête des tulipes 2018, nous avons lancé le permis de végétaliser “La ville est mon jardin”, car nous avions de plus en plus de sollicitations des habitants pour occuper l’espace public », explique Delphine Truchet, responsable du pôle Environnement - Développement durable à la Ville. Pieds d’arbres, bacs sur les trottoirs, friches… Une trentaine de demandes, individuelles ou collectives, ont été accordées en 2018. « Une idée n’est bonne que si elle est partagée avec les habitants, l’espace public doit être transformé avec eux. Cela permet aussi de limiter les actes de détérioration », estime Patrick Vassallo, maire adjoint à la nature en ville.

« Les motifs qui reviennent le plus sont : l’embellissement, lutter contre les dépôts sauvages, s’approprier l’espace public, développer la convivialité… », rapporte Delphine Truchet. « Le lien social », c’est avant tout ce qui a motivé Josiane, 60 ans, à rejoindre le projet de jardin partagé situé au bas de la résidence de retraités Dionysia. Cet espacede 250 m2 a été investi en juin 2016 par l’association du Jardin du Coin qui regroupe une vingtaine de familles du quartier. « C’est un lieu intergénérationnel, les enfants ont participé à la construction des bacs, l’un d’entre eux est réservé pour l’école Victor-Hugo. Les personnes âgées de la résidence gardent un œil sur le jardin », confie-t-elle.

 


 

La verdure synonyme de bien-être

Pour Laurent, 33 ans, participant au jardin de l’Usine à gazon, à la Plaine, l’intérêt était « d’avoir un lieu de calme, de respiration, dans un quartier très urbanisé. Désormais je connais mieux les habitants de mon quartier, je suis plus attaché à mon lieu de vie ». Avec son projet le « Vers Saint-Denis Vert », Estelle de Kerliviou a décidé seule de se lancer dans la végétalisation de la rue Francisco-Asensi à la Plaine. Avec les 2 000 € du budget citoyen, quatre bacs ont été installés.

« C’est important d’avoir de la nature, cela influence notre bien-être et donc notre façon de vivre, d’agir. C’est aussi prendre le temps de se poser, vivre l’instant présent, ce qu’offre assez peu la vie citadine », remarque-t-elle. Estelle vient de créer une association (la Friche qui résiste) avec les habitants de son quartier et propose un nouveau projet, pour le deuxième Budget citoyen : la transformation en jardin partagé de la friche située à l’angle de la rue Francisco-Asensi et de l’avenue Henri-Rol-Tanguy.

Le jardin Cristino-Garcia existe lui depuis 2013. « Nous manquions d’espaces verts à la Plaine, ce jardin est une bouffée d’air frais et cela détend de travailler la terre », apprécie Florence, qui a goûté au plaisir de manger ses propres légumes. Une trentaine de membres font partie de l’association, chacun possède un bac de 2 m2 et d’autres bacs sont utilisés en commun. Haricots, tomates, herbes aromatiques, courges, fraises, salade, tulipes, bleuets… La composition du jardin est très variée. Si le potager a bien pris, « l’organisation des ateliers ouverts est chronophage. Nous avons revu nos ambitions à la baisse, car nous avons besoin d’un support tiers pour nous aider », constate Peter, le président de l’Association du jardin.

À la friche Renan, qui commence à être investie par l’association Permapolis, l’un des objectifs sera d’en faire « un démonstrateur d’agriculture urbaine, avec des ateliers pour sensibiliser les enfants », explique la coordinatrice Adélaida Uribe. Les 3 000 € du Budget citoyen ont cependant déjà été quasiment entièrement dépensés pour l’achat d’un portail. Si les idées des Dionysiens ne manquent pas, c’est parfois un nombre insuffisant de financements ou de personnes investies sur le long terme qui limitent leurs projets.

 

Des espaces éphémères

Le terrain du jardin Cristino-Garcia, appartenant à Plaine Commune, verra à terme passer le tram T8. « Nous savions que ce projet n’était pas durable, mais nous l’avons vu comme une opportunité », souligne Florence. Sur le terrain de l’Usine à gazon, utilisé depuis 2015, la problématique est similaire : « À terme, le jardin deviendra une route, c’est frustrant », regrette Laurent.

D’autres initiatives sont aussi menacées par des projets urbains, comme les jardins ouvriers du Cornillon (rebaptisés aujourd’hui jardins familiaux ou collectifs), parcelles de potagers privatives gérées par la Ligue française du coin de terre. Les jardins de proximité, gérés par l’association Territoires, ont eu plus de chance : « Situés au pied d’immeubles, ils sont intégrés au patrimoine de l’habitat social, donc pérennes », explique Salah Taibi, directeur de l’association. Le plus ancien, rue David-Siqueiros dans le quartier Allende a 18 ans. Pour Delphine Truchet, « si certaines initiatives n’ont pas une longue durée de vie, elles ne sont pas créées inutilement car elles participent à la biodiversité de la ville et produisent du lien social dans l’espace public ».

Delphine Dauvergne
 

Une rencontre-débat « On en parle ! La nature en ville à Saint-Denis », aura lieu jeudi 16 mai à 19h au 6b (6-10, quai de Seine).

Verdir la ville (épisode 2) à suivre au mois de juin : la nature se rêve aérienne.