Tariq Ramadan suscite malaise : révélations choc
Le 25 mars 2026, la cour criminelle de Paris a condamné Tariq Ramadan à 18 ans de réclusion criminelle pour viols commis entre 2009 et 2016 sur trois femmes. L'islamologue suisse de 63 ans, absent du prétoire, était hospitalisé en Suisse. Un mandat d'arrêt a immédiatement été émis à son encontre, assorti d'une interdiction définitive du territoire français à l'issue de sa peine. Ce jugement marque une étape décisive dans une affaire qui a profondément ébranlé les communautés musulmanes francophones et suscité un malaise durable bien au-delà des seules institutions judiciaires.
Des condamnations en France et en Suisse qui dressent un tableau judiciaire accablant
La procédure française n'est pas isolée. Le 29 janvier, le tribunal suisse avait condamné Tariq Ramadan en appel à trois ans de prison dont un an ferme pour viol et contrainte sexuelle, après un acquittement en première instance par le tribunal correctionnel de Genève. Le Tribunal fédéral suisse a rejeté son recours formé à l'automne 2024. Il envisage désormais de saisir la Cour européenne des droits de l'homme, ultime recours d'un homme dont la stratégie judiciaire multiplie les appels pour repousser l'échéance.
En France, quatre femmes ont déposé des plaintes pour viols. La première est Henda Ayari, ex-salafiste devenue militante féministe et laïque, qui a relaté les faits dans un livre. La deuxième plaignante a souhaité conserver l'anonymat. La troisième, Mounia Rabbouj, accuse l'islamologue de neuf viols commis entre 2013 et 2014. D'autres plaintes portent sur des faits datant de 2015 et 2016, deux femmes invoquant surtout une situation d'emprise.
| Pays | Juridiction | Peine prononcée | Statut |
|---|---|---|---|
| France | Cour criminelle de Paris | 18 ans de réclusion | Mandat d'arrêt émis, jugé par défaut |
| Suisse | Tribunal cantonal (appel) | 3 ans dont 1 an ferme | Recours rejeté par le Tribunal fédéral |
Ce double volet judiciaire met en lumière une complexité procédurale majeure : la Suisse n'extrade pas ses ressortissants. Tant que Tariq Ramadan reste sur sol helvétique, le mandat d'arrêt français reste lettre morte. S'il repose un pied en France, il sera immédiatement incarcéré. Sa liberté tient donc géographiquement à une frontière.
Les SMS révélés au cours de l'instruction française ont constitué un tournant. Après avoir initialement nié tout rapport avec les plaignantes, l'islamologue a reconnu des relations sexuelles consenties avec deux d'entre elles. Dans l'un de ces messages, il écrivait lui-même : "Désolé pour ma 'violence'". Cette formulation, reprise dans la presse, a mis à mal l'argumentaire de la défense de manière spectaculaire.
Tariq Ramadan et le malaise profond qu'il suscite dans la communauté musulmane
L'incarcération de Tariq Ramadan à la prison de Fleury-Mérogis (Essonne) à partir du 2 février 2018 a provoqué un silence assourdissant dans les institutions musulmanes françaises. Plusieurs jours ont passé sans réaction officielle. Un porte-parole communautaire a finalement parlé de naufrage, affirmant qu'aucune issue judiciaire ne pourrait rendre à Ramadan le statut d'emblème du renouveau islamique qu'il revendiquait.
Ce malaise n'est pas anecdotique. Avec le soutien de l'Union des organisations islamiques de France (UOIF), Tariq Ramadan avait constitué dans les années 1990 et 2000 un réseau dense d'affidés, en captant le désarroi identitaire des jeunes musulmans des quartiers populaires. Fort de 2 millions d'abonnés sur Facebook et 600 000 sur Twitter, il incarnait pour beaucoup une figure d'autorité intellectuelle et spirituelle. La chute est d'autant plus brutale.
- Silence des institutions : l'UOIF et les principales organisations ont tardé à réagir publiquement.
- Divisions sur les réseaux sociaux : une pétition intitulée Free Tariq Ramadan a dénoncé un complot islamophobe.
- Ralliements embarrassants : le site Oumma.com a relayé l'affaire, sans véritable prise de position critique.
- Aveux indirects : beaucoup, dans le monde associatif, affirment aujourd'hui que "le monde savait déjà".
Bernard Godard, ancien référent Islam au ministère de l'Intérieur, décrit Ramadan comme un opportuniste en quête de respectabilité plutôt qu'un intellectuel sincère. À partir des années 2000, son ambition n'était plus de diriger un mouvement militant mais de se poser en guide spirituel incontournable. Caroline Fourest, essayiste et opposante lors de célèbres clashs télévisés, affirme être au courant depuis 2009 de faits graves sur sa vie privée, ce qui rend d'autant plus troublant le silence collectif qui a longtemps prévalu.
L'affaire a également éclaboussé des personnalités inattendues. L'humoriste controversé Dieudonné a témoigné en faveur de Ramadan devant le tribunal correctionnel de Genève. À Saint-Denis, la commune a dénoncé comme provocation inacceptable et indécente le fait que l'islamologue s'invite à une conférence sur les violences faites aux femmes.
Un itinéraire construit sur des soutiens puissants et des zones d'ombre persistantes
Né en Suisse où sa famille s'est installée en 1954, cinq ans après l'assassinat de son grand-père Hassan al Banna (fondateur des Frères musulmans, 1906-1949) en Égypte, Tariq Ramadan a forgé une trajectoire atypique. Diplômé en littérature et philosophie à Genève, il a poursuivi des études islamiques au Caire. Sa thèse sur les Frères musulmans, jugée hagiographique par les milieux universitaires, n'a pas convaincu le monde académique.
C'est pourtant grâce au soutien financier du Qatar qu'il a décroché en 2009 une chaire d'islamologie à l'université d'Oxford. Refoulé des États-Unis, il avait trouvé refuge au Royaume-Uni après les attentats de 2005, Tony Blair faisant alors appel à ses services. Ce parcours entre centres de pouvoir dit long sur la capacité de Ramadan à cultiver des appuis institutionnels tout en naviguant, selon ses détracteurs, avec un double discours : poli et mesuré devant les caméras, porteur d'un islam politique jugé incompatible avec les valeurs démocratiques européennes.
L'enquête a aussi révélé qu'il a versé 27 000 euros à une femme en Belgique pour acheter son silence. La troisième plaignante affirme par ailleurs avoir été agressée physiquement à Lille par deux hommes au visage dissimulé. Henda Ayari a déposé plainte pour menaces de mort reçues sur les réseaux sociaux et bénéficie d'une protection policière. Ces éléments dessinent le portrait d'un homme qui, pendant 25 ans, a circulé librement entre université, médias et joutes politiques, profitant d'une impunité que l'affaire Weinstein et le mouvement #BalanceTonPorc ont finalement érodée.
L'auteur
Rédaction de Le JSD.
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